Nous voulons du chaud, que l’on crève de chaud, qu’il n’y ait plus que ça, la chaleur, que ça nous prenne bien au corps, que la chaleur nous enveloppe, que la chaleur nous protège, nous avons toujours voulu ça et de plus en plus, plus ça viendra et plus on aura chaud, plus ça viendra et plus la volonté d’avoir chaud s’étalera partout, plus ça viendra et plus la chaleur nous couvrira toute part, c’est nous qui le voulons, nous et nous seuls, nous voulons vivre où ça chauffe, où ça bouillonne, c’est notre volonté, personne ne peut contredire cela, c’est une volonté commune de bouillonner, que tout le monde ait tout le temps chaud, chaud à en crever même, que la chaleur soit éreintante, étouffante, que la chaleur nous écrase, que l’on soit tous à cuire dans notre coin, que chacun veuille ça au plus profond de lui, ce n’est d’ailleurs plus un secret pour personne, que ça nous chauffe de près, que ça vienne sur tout le corps, qu’on soit rompu à l’exercice de la chaleur intense, que cette excessive chaleur nous grise, jusqu’à l’épuisement, mais tant pis, le monde l’aura voulu, nous voulons cuire, nous voulons la cuisson des corps, que ça nous brûle au dehors et aussi en dedans, que tout ne soit plus que chair cuite, que l’espace même soit notre four commun, qu’on ne soit plus que dans cette brûlure permanente à ne plus respirer, que ça nous crame littéralement et pour des générations, que l’on ne soit plus que des générations de têtes brûlées, et pas seulement les têtes, pas seulement les corps, pas seulement notre être ou notre âme, que tout l’environ nous ressemble, qu’il soit aussi dans la même fournaise, que tout soit enveloppé et ne fasse plus qu’un, que tout soit rendu à nous même et que nous soyons l’épicentre de la cendre.