Le mouvement ne s’arrête pas, ne se repose pas, le mouvement du monde, il ne s’appesantit pas sur lui-même, ne s’épanche pas, il n’est pas à se regarder pour se voir bouger le monde, il n’est pas chargé de lui-même le monde, il continue de plus belle, il ne peut s’empêcher de continuer sans une minute d’arrêt, sans faire une pause, sans se dire je fais une pause le monde, le monde ne se regarde pas faire la pause pour continuer de plus belle, car il continue de plus belle sans même s’arrêter, sans se décharger de ses affaires, il se décharge en allant, sans même se dire je m’arrête puis je continue de plus belle, je fais une petite pause puis je mets la main dessus, je mets la main à la pâte, je retrousse mes manches pour avancer de plus belle, le monde n’a pas besoin de se faire ces réflexions, le monde ne réfléchit pas, ne se voit pas dans le miroir en train d’avancer, le monde ne se regarde pas aller de plus belle, le monde ne voit même pas son mouvement, il est mouvement le monde, il est mouvement-monde, et le mouvement-monde c’est d’aller de plus belle, toujours aller de l’avant, même si l’avant est un arrière, même si cette avancée à un goût d’arriéré, même si cette continuation en coûte à la véritable avancée, le vrai mouvement d’aller de l’avant, mais on ne sait pas ce que c’est que le vrai mouvement, le vrai mouvement c’est la ligne à suivre, même si cette ligne fait un sacré retour arrière, même si cette ligne va à l’opposé de l’avant, même si cette ligne contredit le mouvement-monde, le mouvement-monde c’est aussi sa contradiction, le mouvement-monde rétrécit dans son mouvement-monde même, puis il grossit, c’est comme ça qu’il fait la pause le mouvement-monde, en pensant aller de l’avant tout en reculant, en exerçant un mouvement de recul en faisant croire à tous qu’il va plus loin, qu’il avance comme toujours, d’ailleurs il avance comme toujours, il est sur une ligne permanente le mouvement-monde, il continue son avancée dans la reculade généralisée, cependant il n’y a jamais de repos même dans la reculade généralisée, c’est même là qu’il y a le moins de repos dans la reculade, car c’est comme quelqu’un qui se braque, tous ses sens sont en éveil au mouvement-monde, ou c’est comme un cheval qui fait une ruade, il fait sa ruade le mouvement-monde qui recule, il se dresse et tous ses muscles sont tendus, ses muscles et ses sens, ses sentiments et ses passions, tout est tendu dans le mouvement-monde lorsqu’il fait sa ruade.

 

Il est inquiet le mouvement-monde, c’est son feu son inquiétude, c’est sa machinerie, son plan intérieur, sa fabrication interne marche à l’inquiétude, ça brûle en dedans et ça donne du mouvement, plus c’est inquiet plus ça accélère, ça ne se repose pas, on ne peut pas se reposer de vivre, on est vivant dans le feu interne, on brûle tout pour avancer, on ne peut se reposer de vivre, de vieillir, de s’user, c’est même un mouvement qui va à l’usure, qui attend, qui guète son usure, sa fatigue, qui pousse la vie jusque ses derniers retranchements, qui attend la fin qui ne vient pas, c’est ça le mouvement, c’est d’aller vers la fin du mouvement, comme quelque chose qui démange, qui gratte de plus en plus, un feu qu’on ne peut éteindre, qui nous enveloppe, une inquiétude permanente, qui ne peut aucunement s’arrêter, qui ne peut qu’enfler, une ligne perpétuelle, continuelle, un mouvement continue qui cherche le temporaire, qui ne veut pas durer, qui ne dure pas car le mouvement va d’un être à l’autre, cette ligne va d’un point à l’autre, comme un fil qui tombe d’un point à un autre, un fil qui se dresse pour se lancer, un fil de pêche qu’on lance, on le lance toujours désespérément, le mouvement se lance par hoquets, se crée dans les dérapages, les chutes, le mouvement tombe sur l’un ou sur l’autre au p’tit bonheur, il s’use au p’tit bonheur, il vieillit au p’tit bonheur, il meurt aussi au p’tit bonheur puis renaît, encore une fois au p’tit bonheur, il se dresse pour mieux s’effondrer, c’est un ratatinenent au p’tit bonheur le mouvement-monde, il perd pied pour mieux trouver son équilibre, il allonge son propre vide qui est une sorte de grappin, il nous met le grappin dessus le mouvement-monde, grâce à sa nullité, elle nous dévore sa nullité, nous dissout en s’effondrant, elle nous abolit en s’édifiant la nullité du mouvement-monde qui roule dans nos dedans.