le père ancien qui perle en moi

le père en moi la mère serine la plaine

et le terreau tout blanc du corps taiseux

de père à moi la mère qui plaint

le peu de poids en dedans d’elle ça parle

le plein de mère en terre de bouche

et la pliure de nos rideaux sur l’horizon

comme une peinture de porte le père

à poil cachant son grand séquin la pomme

de vieille baignoire du bleu qui penche

à la pensée pleine d’odeurs avec le père au loin

et son toubac qui monte au gris des plinthes

de bois repeints d’ourlets volants les velours

lourd mon œil au-dessus des plinthes la lune entre

les pins le père en maillot de corps derrière

sa verte brouette brouillerie la bête

sur les pans de murs les plans des pentes

au cordeau rembobiner le linge pendu

volant le temps qui reste en moi

comme un grenier mais qu’est-ce qu’y voir

encore dans toutes ces mottes de terre là

 

 

 

 

le père au loin la main sereine le ciel du matin réveil

sa peine au goutte à goutte le nez qui mouche refrain

dedans la main l’éther et les nuées le dé à coudre

avec son gant de toilette le père et ses vieux nerfs

dans les noisetiers les nèfles et pommes en espalier

pêchers les cerisiers tardifs au couchant le verger

au levant les doryphores et la bèche dans le champ

retournée sur la tête tandis que le curé avec

la mère il vient pour les aubes la honte à être

devant le savoir les poires avec des vers dedans

comme deux cadavres m’entourent ils dorment

sur les cailloux la pelouse et sous la haie

prennent l’air dans la cabane en acier poireautent

sur les briques rouges et le toit ondulé sous la chaleur

les paroles s’amenuisent et les souvenirs dents

pourries comme ces trous d’yeux sans les pleurs

mais l’attente bête demeure les pieds posés les bras

qui longent le rien en moi sans la bileuse manie

me perce le père sait moins ce qui nous parle

comme en deçà de moi et de mes mots rigor

mortibus la mère en son rire gelé la bouche

cousue mouchoir dessus le chagrin jusqu’aux racines

de fer blanc le banc et les transats maintenant

pour asseoir qui dessus ?

 

 

   

j’ai fait ce rêve du père il erre dedans cette ruine

intime la nuit titube les soucoupes pleines

d’une ancienne pluie déjeune de pots des gravats

la terre sous l’air plombé la mère son absence

et ce foin dans la tête gros silence noué

et aucune route autour mais des carreaux

et du verre tout ça plié en dedans comme la boue

de ses pas en les trous de l’escalier et sous

la poussière à quoi bon rechercher un des corps

la stupeur seule remue vers le ciel ondulé les tôles

en bas les bâches sur l’allée le tronc du pin

charrié les gravillons son dentier et le jour entre

les plaques retombe sur la butte des asperges

petite forêt emberlificotée de tuyaux crevés manche

et perche bouffés aux vers dans le carin sa bêche au

loche logis taiseux la buanderie de rouille

et d’os en joujou périmé vivant dans l’odeur

de cendrier froid toujours le baigneur oliver

fait cligner son trou d’yeu

 

  

  

tout un peuplement avec tête de poupée bout

d’assiette et soldat allemand les bras fondus

cuillère pliée roue dentée os en plastique plume

de flèche balles à blanc du frère un vrai cimetière

dedans avec le vent aussi qui bat les arbres la pluie

sur les pavés le demi-course puis le beau temps

les cieux chargés jusqu’aux deux arbres les blés maïs

ballots et barbelés ballons frappés bidons

cognés rasette groët binette et le voisin son patois

sur le père lambine et moi dedans tournis la mère

enjambe les pots jus d’herbes la bile et là bibli

pliée dedans mémère la clope au bec trottine

d’une brasse au-dessus le père se pose obus

cuivré centons parlottes aux frères devant l’écran

ça crache canette au sol sœurette macache

et l’araignée planquée sous la télé carrelage

lentement je vois le poing dans le bide et là

marrante ma tante en dernière née des mortes

aspire le tuyau dans le cou casse les os tandis

que la belle-mère ramasse carcasse la mère

au croupion manchon mémère c’est l’aile ou bien

la cuisse pour le fils un pilon le père qui lui préfère

toujours son p’tit bout d’blanc

  

 

  

 

je me souviens du père au loin le plein

d’une porte en chemin vers l’horizon

des bouches rapiécées la terre en dedans

ses yeux tout blanc la sœur en boule

sur moi crachat lunettes baissées béret

sous-verre zéro sourire sur ces cris le chat

au robinet tapisseries mornes tous assis

regards absents des frères mains en croix

posées prière et puis hors la chambre lumière

du père ouvrier pinard ouvert à caromb loin

de cambrai aix en provence le mont ventoux

apéro puis retour lessiveuse noirs les nuages

la gare abandonnée marcher dans les égouts

vers l’usine en ruine la cave les marques

de suie dans l’escalier carrelage le tapis

sous le pied le courant d’air et caillou coincé

dans la porte les marches en béton congères

sur tous ces gens qui même depuis le vivant

esquivaient tout le parler

 

 

 

et ce cimetière où tomber sans mot dedans ni odeur

un rectangle gris écritures effacées retour enfin

canal puis abreuvoir voyette murets pâture le père

le teint de brique cuite et son cendrier laiton

ses pots de poilus la mère centons canette un fil

entre la bouche ses yeux tout ronds sortis les deux

se pistent du garage à la cuisine à chacun sa danse

ses propos l’un part l’autre au silence puis derrière

les rideaux blancs épais aux fleurs tissées blanches

et la lumière qui éclate sur les vitres l'arbre

lui se frotte contre les briques les bourgeons

doux comme du tissus bourdons la haie qui part droit

sur la route et le petit arbuste à contourner

avec la tondeuse dont le couvercle est un seau

en plastique faire ainsi au mieux puis ensuite

le tendre entre ces rosiers sans rose foutus cailloux

dans la mémoire ne pas bloquer sa respiration relâcher

tout les rayons nous brûlent la face regards plissés

sourire en forme de décapsuleur et cette gentillesse

sauvage déjà trompée au bout de quelques rues