les mots n'ont aucun intérêt

les mots ont été faits

et refaits

par les prétendants, les prétentieux

à l'écriture

c'est pour ça que les jeunes

ne croient plus

en la littérature

au pouvoir des mots

parce que pour eux

il vaut mieux brûler

brûler

plutôt que d'avoir des mots

parce que les mots

on leur a dit

toutes les écritures

tous les écrivains

avec leur écriture

ça leur a dit

toute la littérature

qui s'étale comme ça

pour ennuyer le monde

tout ceux qui prétendent en être

tous les prétendus

et les prétendants

toute la prétention littéraire

qui utilise les bons mots

le bons style, leur a dit

 

c'est pour ça que les jeunes

ne croient plus

aux mots

ils ne pensent pas que ça leur parle

alors qu'on pourrait leur dire

qu'il faut soulever

que les mots soulèvent

que les jeunes peuvent se soulever

par les mots

 

oui les mots ça soulève

l'art soulève

est soulevant

l'art et dedans les mots

l'image avec dedans des mots, oui

le geste avec dedans toute sorte

de soulèvement

ça soulève

 

ce sont des êtres

en mal de vivre

ce sont des êtres

qui vivent

mais mal

ce ne sont pas

des bien vivants

ce sont

des mal vivants

 

comme moi

 

moi aussi

je vis mal

je suis mal à vivre

à être

dans la vie

la vie

des bien vivants

et c'est ça qui m'a fait du bien

le bien d'être mal

le bien mis à mal

le bien qui se trouve

au tréfonds du mal

le mal à être

 

j'ai été deux jours après

un mardi passé avec ces fous du vivant

et du mal de vivre

deux jours après eux

dans une école d'art

et je me suis ennuyé pour être poli

 

oui je me suis fait chier

comme un rat mort

 

art des rats morts

art des gens

confinés dans

la posture

et les tics

qu'on leur cultive

dès le début des études

dès le début de l'art des morts

 

pas de danger

qu'avec les jeunes déboussolés d'Arras

que ça arrive

eux ils n'ont pas tout à perdre

ils sont déjà perdus

et n'ont plus qu'à apprendre

qu'ils ont tout à perdre

et ça c'est pas une mince affaire

savoir qu'on a tout à perdre

alors qu'on est déjà perdu

perdu pour soi-même

mais pas assez bien

bien perdu pas assez bien

en dehors des tics et des trucs

et postures

car trop perdu dedans

tout ce que la société du travail

de la communication

de la consommation

toute la société qui rend triste

et leur inculque

qu'il faut se courber

faire des courbettes à la vacuité

 

rien d'autre leur a été donné que la désolation d'être

dans une société qui peut tout leur offrir

mais leur confisque surtout l'envie d'être

un humain

un être humain en conscience

un être cultivé

instruit

imaginatif

et joyeux

libér

 

un jeune libre

de lui-même

 

il n'a rien de tout ça le jeune humain d'Arras

juste une goutte d'eau

dans un océan de bêtise

il a eu

pour se rincer l'oeil

sur la vie qui lui est due

et pas se regarder

dans le miroir déformé de la société

qui le renvoie à sa nullité

et sur les bancs de l'échec assuré

 

son échec c'est le nôtre

c'est le mien

c'est mon échec dont il est question dans ce travail

l'échec et la chance

de pouvoir faire quelque chose

par le biais de leur vie

mais l'échec tout de même

par le constat que ce biais là

n'ait pas assez pris la tangente

pas encore assez

pas encore assez de soulèvement

et qui sait si ça soulèvera un jour

 

un jour

chez l'un ou l'une

qui sait

s'il y aura une chance

un jour

de soulèvement

suite à notre échec ?