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les enfants

Les enfants courent dans les rues. Les petites rues. Les grandes rues. Les petites ruelles. Les tout petits chemins. Les voyettes. Ils vont marcher sur les rives. Ils courent le long des pâtures. Les enfants repartent vers le centre du village. Puis ils vont vers la petite chapelle à côté du cimetière. Ils vont vers le bassin rond à vélo. Les enfants courent vers la camionette du boulanger puis ils vont à sa maison près du canal. Puis ils partent en file indienne le long de l’écluse. Les enfants courent vers les chiens et les usines abandonnées. Les enfants voient d’autres enfants enchaînés aux maisons près du canal. Les enfants voient des enfants qui ont des chaînes et sont attachés à la maison de l’écluse. Un des enfants dit que c’est normal c’est pour les empêcher de se noyer dans le canal. Les enfants vont sur un bras du canal. Ils fabriquent un radeau avec une palette. La palette s’enfonce dans l’eau. Ils se baignent dans le canal de l’Escaut et font du sous-l’eau pour passer sous les péniches. Ils vont ensuite vers les camions de charbon. Ils vont vers les tas de sable et de ciment. Ils regardent passer les remorques de betteraves et aiment sentir l’odeur de la pulpe. Les enfants jouent près de l’usine à grain. Ils vont vers l’église. Ils se cachent derrière les grands pins et lancent des bouts de briques. Les enfants vont vers les nouvelles maisons. Puis ils vont se déshabiller près de l’étang. Ils plongent dans l’eau à plusieurs et les grands se sèchent avec la serviette des petits. Les enfants courent sur les chemins pavés. Les enfants vont vers l’autre village. Ils reviennent par les champs. Ils regardent du haut du pont. Ils vont aussi voir les chevaux. Ils arrachent des hautes herbes puis ils passent dans les marais et vont sauter du haut du blockhaus. Ils se dirigent vers la petite école. Un grand boiteux les force à marcher dans le fossé. Puis ils vont vers le terrain de tennis. Les enfants déterrent des bouts d’os. Des têtes de poupées. Des peignes. Ils mangent les noix des voisins. Ils vont à la marotte aux pommes. Puis les enfants descendent des murs. Ils sont au milieu des moutons. Au milieu des vaches. Ils marchent dans la grande rue avec les animaux. Les enfants vont derrière la mairie. Ils vont voir dans la salle des fêtes. Les enfants font la fête et crient dedans puis ils ressortent. Ils crient aussi dans la ruelle où ça résonne. Ils montent sur une moto. Ils s’assoient dans une rue et s’envoient des objets pointus. Les enfants crient et saignent. Les enfants rentrent sur les terrains et jouent au foot. Ils vont dans les maisons. Ils trafiquent avec des produits de beauté et les cachent sous la baignoire. Ils font des mélanges et ils regardent certaines filles du coin de l’œil. Ils en déshabillent une dans l’usine. Ils vont se cacher derrière le foyer des éclaireurs. Ils trouvent des gros rats sous une gazinière abandonnée. Ils vont le long des arbres. Ils grimpent dedans. Ils font des cabanes. Contournent le bassin de décantation. Ils poursuivent les oies. Les canards. Ils lancent en l’air tout ce qu’ils trouvent. Les enfants trouent des grillages et poursuivent des lapins en liberté. Ils terrorisent les poules et en voient une marcher sans tête. Les enfants prennent des vélos et d’autres vont à pied. Les enfants courent dans le jardin. Montent sur des plaques. Grimpent sur des maisons. Se cachent dans des greniers ou des caves. Ils vont dans des maisons en fabrication. Ils pissent dedans. Ils vont dans les usines et pissent dedans aussi. Les enfants découvrent un grand trou. Ils vont dedans. Ils sont comme dans un souterrain. Ils sont en dessous des maisons. Ils font la course jusqu’à l’autoroute. Ils découvrent un trou dans l’autoroute. Ils vont dans un gros tuyau. Ils prennent leur vélo et vont fumer à la petite chapelle. Ils suivent les processions. Ils vont se cacher sur les buttes. Il se courent après dans les rues. Les enfants s’attrapent. Ils marchent dans les fossés. Ils tirent sur des lampadaires. Ils fabriquent des arcs avec les branches. Ils fabriquent des frondes. Ils fabriquent des nunchakus. Ils lancent des balles. Ils jouent dans les pâtures. Ils font des buts avec les manteaux. Ils font des buts avec les ballots. Les enfants ont des cachettes dans les haies. Il y a des filles qui vont voir les garçons dans les haies. Il y a des garçons qui vont voir les filles aux fenêtres des nouvelles maisons. Il y a des garçons et des filles qui se cachent derrière l’église. Il y a des enfants qui tombent de vélo. Les enfants glissent sur la glace. Dévalent les pentes. Font de la luge. Les enfants jouent aux billes sur les trottoirs. Au skate board sur la route. Aux cartes dans les tentes. Les enfants écoutent de la musique dans les cabanes. Ils vont dans les buanderies. Ils disent des secrets dans les appentis. Les enfants se parlent depuis les fenêtres. Ils mettent des grands chapeaux. Ils courent avec les chiens. Ils ont des petits vélos font des sourires et tombent. Les enfants sont soignés dans les maisons. Ils excitent les bêtes. Ils caressent des chats. Ils portent des petits chats. Ils tentent de les passer entre les tuyaux et le mur. Ils leur mette des enveloppe sur la tête. Puis ils courent sur la terre fraîchement retournée. Ils lancent des mottent de paille et de terre mêlés. Ils s’allongent sur l’herbe et regardent les nuages. Ils montent sur les balançoires. Ils cueillent des pêches. Des noix. Des cerises. Ils fabriquent des épées. Des lances. Ils jouent aux jeux olympiques. Ils regardent la télé. Ils s’assoient sur le bêton de la terrasse. Ils tournent autour des massifs. Les enfants mettent des branches à leur front. Ils montent sur des tas de ballots. Ils font les oiseaux sur des charrues. Ils vont jouer dans les fermes quand il pleut. Ils ont des pistolets à eau. Les enfants se cachent dans les étables. Les enfants ne rentrent pas à l’heure. Ils pêchent des épinoches et la nuit des écrevisses avec une lampe torche. Les enfants se racontent des histoires. Ils se font peur le soir. Ils écoutent les grands. Ils sautent dans les lits. Ils se cachent dans les chambres. Ils claquent les portes. Les enfants crient autour des voitures. Ils déclenchent des flashs avec leur appareil et font peur aux automobilistes. Ils se lancent de la terre ou des boules de neige. Ils crient plus fort qu’eux. Ils marchent dans la nuit jusqu’à l’autre village et passent effrayés devant les cimetières.

ne plus dire

Je fais des lectures

Je fais des perfs

Je fais des perfs-lectures

Ou des lectures-perfs

Je fais des poème-actions, je m'actionne

Et j'écris-tape

Je tape dans le lard de l'air, je m'escrime

À parler, je dansouille

Et me traverse et fais l'arsouille

Et me gesticule, m'éructe et me art-

icule et invective ainsi

Ma vie.

Pense à mes doigts

Pense à mes doigts qui te pressent. Pense à mes doigts qui pressent et dedans la pensée qui apaise. Ressens cette pression et dedans ce que ça dit lentement. Pense au temps très lent que véhicule les doigts. Pense au cheminement de la pensée à travers les doigts qui se posent sur toi. Pense à la main qui te presse et fait circuler les flux en toi pour t’apaiser. Pense à l’apaisement que procure mes doigts. Pense à ce qui coule en dedans et vient en toi. Pense à l’endormissement qui pense à travers eux. Pense que ça vient de loin. Pense que ça coule et chemine vers toi par la main et les doigts qui sont sur toi. Pense au long cheminement de ce qui se pense au-dedans. Pense à ces doigts qui véhiculent des flux pour t’endormir. Pense à ce que je pense et fais circuler dans mes doigts. Pense à cet endormissement très lourd. Pense qu’il vient de loin. Il a cheminé longtemps. Pense à ce sommeil qui a une longue route devant lui. Comme un marcheur qui parcours une très longue distance. Pense à ce sommeil qui te prend doucement à travers les flux que véhiculent les doigts qui se posent sur toi. Ils sont lourds. Il y a un long chemin encore à parcourir. Pense à ce sommeil comme un marcheur qui prend un petit sentier. Pense le sentier dans les mains et les doigts. Pense aux pieds du marcheur. Pense qu’il en a pour long avant d’arriver à son but. Pense que son but est un long sommeil profond et pénétrant. Pense à ce sommeil qui te pénètre doucement. Il y a ce marcheur qui est derrière une maison et face à un sentier qui longe la maison. Il en a pour longtemps avant d’arriver. Il a pris derrière la maison. Là où il y a de l’ombre. Il commence sa marche. Il prend par ce petit sentier qui longe aussi un champ de maïs. Ce ne sont pas encore de grands maïs. Il va continuer le long de la palissade et du champ de maïs puis il va arriver à une première rive. Puis il va monter un talus et marcher le long d’un champ labouré. Puis il y aura des barbelés qu’il va franchir. Il n’a pas fini de marcher. Il marche longuement et à pas lourds. Il a tout son temps. Il ne sait pas où est la fin. Il continue de marcher le long de plusieurs champs puis il arrive dans des pâtures. Ça sent la bouse de vache et les champignons. Il continue à fouler l’herbe. Les pâtures sont très grandes. On n’en voit pas le bout. Il continue de traverser plusieurs champs et plusieurs pâtures. Il descend sur une route. Elle est pavée et petite. Il la longe. Il va vers le pont. Il monte sur le pont puis il le redescend. Il repart dans un champ de blé jeune. Tout pousse doucement. Tout est jeune. La vie commence. Il continue d’avancer. Il continue sans s’arrêter. Il marche d’un pas lourd. Il n’est pas arrivé. Il va vers l’autre village. Il voit de loin un autre village encore. On n’entend rien. On arrive près de grands arbres. Il y a des arbres qui ont des troncs ouverts. Ils ont de très longues branches. Il se met dans le tronc de l’arbre. Puis il se relève. Il n’a pas le temps. Il faut repartir loin. Il faut atteindre l’horizon. Il faut marcher et prendre tous les sentiers. Tous les chemins au bord des champs. Toutes les routes. Il faut regarder la route. Il faut voir jusqu’où elle va. Il faut regarder cette longue route. Il faut marcher et regarder droit devant. Puis aussi pencher sa tête. Regarder la route. Penser à la route. Ne plus penser qu’à la route. Le mot route. Dire la route la route la route. Continuer longtemps, longtemps, longtemps. Dire la route, la route, la route. Longtemps, longtemps, longtemps. La route, la route, la route

LE PNEUQUE

LE PNEUQUE. Aujourd’hui il est facile de se faire du beurre. Aujourd’hui plus qu’hier les punks se font du beurre. Ils ne le volent même plus il se le font livrer. Une livre sterling de beurre demandent les punks aujourd’hui. Une petite livre sterling poivre et demi sel. Car les punks sont poivre et demi sel, ils l’affirment dans les journaux. Ce ne sont pas des journaux punks ce sont des journaux où on peut se faire du beurre. D’ailleurs ce sont des journaux télévisés et quoi de mieux pour un punk aujourd’hui de faire une pub sur le beurre dans la télé ? ça se tartine tout ce qui a pu se penser dans le mouvement punk, pardon : dans le mouvement beurré. Car le mouvement punk était un mouvement pour aller chercher sa p’tite bière et pour une livre tu pouvais commencer à te beurrer la tronche punkette et c’était plutôt pas des plus désagréables mais maintenant les punks poivre et demi sel préfèrent le beurre que voulez-vous ils disent, parler du beurre et se mettre un peu d’épinards sur la crête en parlant du mouvement beurre qui est le dernier mouvement avant la chute dans le ravin ils disent donc, parler du beurre c’est punk ! Ok Uk Ok ! tu aurais tout aussi bien pu, petit punk à la crête au beurre, tu aurais tout aussi bien, petit beurre crétiniais parler des pneus, faire la promotion du mouvement pneu, non ? tu aurais pu dire, par exemple, dans ta publicité à la télé : « pour un mouvement plus pneu ! » Et même, dans tu aurais pu, petit punk, parler du mouvement pneuque au lieu de faire un faux mouvement beurk ! Et même, tu aurais même pu l’orthographier « pneuk » ton mouvement (as-tu remarqué, petit punk, ou : pneuk, que dans mouvement il y a du mou et du ment ?

MOU

    VEUT

         MENT  

              PNEUK

                   Le pneuk ou pneuque (pour faire plus péquenaud ou pneuquenaud) est le mou-veut-ment du pneu

avec une crête molle pour tracer la route de vieux calebard du temps

No friture ! et vive le PNEUQUE ! disent les P

                                            N

                                           O

                                         U

                                        Q

Le pneuque bien gras roulant          U

sous les aisselles quel dé(c)lic  € !

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Papi aime Dvorak

Papi aime dvorak, disait mamie, papi son disque préféré c’est dvorak, c’est ce que disait mamie, et fallait pas la contredire là-dessus, alors que pour ma part je n’ai jamais vu papi mettre un disque de dvorak et l’écouter, à la rigueur je l’ai vu écouter un disque de dvorak, comme ça, sans vraiment y prendre garde, mais ça ne veut pas vraiment dire que papi aimait dvorak, car c’est mamie qui mettait du dvorak et qui disait que c’était pour papi, car papi aime vraiment dvorak, donc il faut mettre dvorak pour faire plaisir à papi, car c’est son disque préféré, celui de la symphonie du nouveau monde, papi il écoute que ça ! d’ailleurs à part celui-là, à part ce disque préféré là, je vois vraiment pas ce qu’aimait papi comme musique, il n’en a jamais parlé, il n’a jamais dit aimer la musique, il n’est jamais venu auprès de moi pour m’avouer j’aime tel disque, j’aime tel ou tel musicien, tel compositeur, tout comme il n’a jamais dit qu’il aimait dvorak et sa symphonie du nouveau monde, c’est pour ça que quand mamie met du dvorak, ou plutôt qu’elle me force tel jour, à partir de je ne sais quel moment qui la pousserait à cette soudaine lubie de me faire mettre le disque de dvorak sur la chaîne, c’est parce que papi est là et que ça plaît certainement à mamie de se dire que papi aime dvorak et que parmi toutes ses compositions, parmi tous les enregistrements qui existent du compositeur, c’est la symphonie du nouveau monde qu’il préfère par dessus tout, d’ailleurs lui-même, papi, il n’a jamais contredit mamie, c’est comme si ça lui était totalement indifférent, tout ce que pouvait raconter mamie, ça semblait lui passer bien au-dessus, sauf qu’en aparté, parfois il pouvait dire des choses sur elle et se lâcher, d’ailleurs c’est bien un mot à papi ça, « aparté », il aimait bien les mots, il aimait s’en servir du moment que ce mot ne servirait à rien dans la phrase ou juste pour la faire un peu reluire inutilement, il plaçait par exemple le mot aparté ou purpurin bien en évidence dans une phrase, pour qu’on soit marqué essentiellement plus par le mot que par la signification totale de la phrase, pour purpurin par exemple il aimait le placer dans une phrase quelconque, ce qui souvent faisait que l’interlocuteur face à lui s’interrogeait, du coup papi enchérissait (encore un mot de papi ça) en vidant de sa bouche un chapelet de purpurins à la suite, il répétait ainsi plusieurs fois le mot et finissait par « un baiser de mes lèvres purpurines sur ton front purpurin », ce qui faisait toujours rire tout le monde, même mamie qui riait pour ne pas causer de déplaisir à celui qui l’entendait pour la première fois. Il aimait plaisanter avec le langage papi, mais tout ça ne portait pas à conséquence, il commentait parfois longtemps après une conversation familiale, il revenait sur le sujet alors que tout le monde parlait depuis belles lurettes de quelque chose d'autre, du coup peut-être que papi est intervenu sur la question de dvorak bien après avoir passé le disque et que j’ai manqué ainsi son avis de mélomane sur la question, mais ça m’étonnerait, car je n’ai jamais entendu papi émettre un avis musical quelconque, il n’approchait d’ailleurs même jamais du tourne-disque placé dans le salon, ni mamie d’ailleurs, elle ne s’approchait pas de l’appareil et ne parlait pratiquement jamais de musique, sauf pour me faire avaler que papi aimait ce disque vinyle par dessus tout, qu’il avait une passion dévorante pour la symphonie du nouveau monde et qu’il ne fallait jamais hésiter à poser le saphir sur ce disque qui avait une pochette marron, avec pour image une vieille carte de l’amérique, une carte de l’époque de christophe colomb sans doute, mamie n’écoutait jamais de musique pour elle seule, elle me disait juste de passer dvorak mais pas pour elle et pour le reste du temps c’est moi qui décidait ce qu’on allait écouter, du coup elle écoutait tout de même un peu tout et papi, lui, c’est comme s’il n’y avait pas de musique dans l’espace et même dans son espace intérieur, comme si la musique n’avait pas droit de cité entre ses oreilles ou dans sa tête, c’est comme si tout ça c’était superflu, en tout cas ça n’était pas pour lui, il était trop préoccupé avec les conversations familiales d’il y a une heure sans doute, et Mamie du coup, question musique, elle ne parlait pas forcément que de dvorak, elle parlait aussi de police, un jour mamie a même dit, quand on m’enterra je voudrai qu’on mette du police, je me demande même si elle n’a pas ajouté : à fond, le jour de mon enterrement je veux qu’on mette police à fond, et je lui ai demandé si elle ne voulait pas qu’on mette autre chose que police durant l’enterrement elle a dit non, on mettra police et c’est tout, je ne veux rien d’autre, et surtout pas de fleurs, ni fleurs ni couronnes, juste la musique de police à fond quand je serai morte a-t-elle insisté ce jour-là.