Elle veut la mère que le père vienne, qu’il soit en elle. Elle veut pas qu’il touche à quoi que ce soit. Qu’il touche à rien le père. Qu’il mette ses mains, non. Qu’il caresse pas le père, elle désire pas ça. Elle veut juste qu’il vienne dedans et c’est tout. C’est tout ce qu’elle a décidé la mère, et qu’il touche à rien, surtout. Qu’il rentre et c’est tout. C’est tout ce qu’elle permet la mère. Elle veut pas qu’il vienne autrement. Et qu’il s’abandonne là. Qu’il dise des choses ça non. On dira rien, pense le père. On dira en soi et puis c’est tout. Et on touchera pas, surtout. On rentrera et puis après on sortira. Mais rien d’autre. Que se concentrer là-dessus et pas sortir de paroles. Pas les faire rentrer non plus. Pas de paroles, de sentiments. Pas toute la journée dedans, dans la mère. Elle veut pas de sa journée au père. De ses sentiments de journée. De ce qui le travaille en dedans elle en veut pas. Elle veut juste la rentrée, la sortie. Le silence de lui, incarné, voilà. Jamais un mot, même en lui. Pas les mots de journée, pas tout ce qui a animé le père. Ce qui l’a abimé. Elle veut pas ce qui se trame en lui, tout ce qu’il ramène de ses jours. Elle veut pas de sa défaite des quotidiens. Toute ce qui l’a remué, ses questionnements non plus elle veut pas. Qu’il les garde bien en lui, pense la mère. Mais bien sûr il viendra avec, ça c’est sûr. Et ça va la perturber. Bien sûr il va venir et sa pensée tournera autour de la sienne. Sa pensée quotidienne voudra rentrer aussi. Elle pénètrera tout en elle, surtout sa pensée. Tout le père viendra déposer ses jours dans sa pensée à elle la mère, et ça elle en veut pas. C’est pour ça qu’elle ne voulait pas qu’il la touche, qu’il rentre mais sans toucher à rien. Mais sa pensée a touché à tout, a mis ses mains partout. Sa pensée ou plutôt ses journées et toute la sueur qui va avec. Tout ce qui s’abime dans l’homme est venu en elle, dans sa pensée interne. Tout est rentré et a salit quelque chose, a empêché sa vie de venir à elle. Toutes les humeurs du père sont rentrées. Toutes les fatigues de tous les pères sont venues empêcher sa pensée. Toutes les têtes de pères. Les têtes remplies. Les têtes lavées du jour. Les têtes essorées, puis les têtes relavées. Les têtes qui ne sont pas sorties de l’eau. Toutes les têtes dans l’eau des pères. Toute la sale eau des journées de pères est rentrée en elle, dans sa pensée d’elle. Ce qu’elle sentait d’elle. Ce qu’elle avait fait, ce qu’elle avait dit, ce qu’elle avait suivi. Tout son petit cheminement. Toute cette menue divagation. Cette échappée sienne. Tous ces petits tournoiements qu’elle observait en elle ont cessé avec ces traces de journées rentrées de force. Ces traces de bottes de pères. Ces traces de bottes crottées.