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brouillon pour la conférence de samedi 16 mars à Château-Gontier sur Charles Péguy (festival Circonférences)

J’ai commencé à lire Péguy il y a longtemps, j’ai commencé par la prose, car j’ai toujours pensé que Péguy c’était par la prose qu’il fallait le comprendre, c’est par la prose qu’il faut lire Péguy et ainsi comprendre son rythme, sa phrase, son entêtement, son ressassement poétique et de pensée, sa pensée tracée et parlée, car c’est par la prose qu’il parle le mieux Péguy, ça sort comme un geyser et en même temps ça bloque, les phrases bloquent, les mots bloquent, son parler fait sans cesse des retours arrière, sa phrase grossit en se multipliant, c’est ainsi que ça travaille dans Péguy, car Péguy c’est du mot à mot, ça creuse dans le mot même, ça pénêtre dedans et ça joue avec, chaque phrase de péguy est ainsi un ouvrage à retravailler chaque mot, à en peser le sens, on sent que Péguy prend dans ses mains chaque mot comme une ouvrière prenait dans ses mains un tissu, et Péguy cherche le sens caché du mot, il cherche l’ombre même de ce mot, il en pense tous ses signifiants, il tient le mot dans sa main comme le fait un travailleur manuel, car Péguy est un manuel de la grammaire, un manuel du langage, Péguy est un ouvrier poète, un prolétaire du signifiant, il lui faut soupeser chaque mot et en même temps il tourne autour, il creuse toutes les significations et c’est ainsi que la phrase de Péguy est retournée dans tous les sens et qu’elle progresse lentement, ce n’est pas une affaire de style, car je crois que Péguy a au fond horreur du style, c’est surtout qu’il ne veut pas tromper sa pensée, il ne veut pas non plus abuser de son lecteur, il est précautionneux, il est même très près de ses mots Péguy, comme un paysan serait près de ses sous, il ne veut rien gaspiller Péguy et puis il veut se faire comprendre au plus juste, c’est pour cela qu’il remet sa phrase sur la table de travail, c’est pour cela qu’il veut que chaque mot de chaque phrase sonne, que ça sonne juste et que l’on passe à la suivante, cette phrase suivante qui utilisera peu de mots nouveaux, car il faut être économe et il ne faut pas abuser le lecteur, il faut lui montrer aussi qu’il n’y a pas d’autre issue que celle de traduire sa pensée par la parole la plus juste, mais jamais la phrase n’est suffisamment juste et ça Péguy le sait, le lecteur lui, souvent, a sans doute cru que la phrase coulait avec justesse, qu’il n’y avait pas besoin de la tourner plusieurs fois dans la bouche, qu’il n’y avait pas de nécessité à la retourner pour voir s’il n’y avait pas un défaut, et Péguy toujours y trouvera un défaut, car il sait qu’il y a quelque chose qui ne colle pas entre la langue du poète et le langage, avec le langage on ne peut aboutir à la vérité, avec le langage on peut à chaque phrase faire sonner des vérités mais ces vérités sont multiples, elles se contredisent même, elles s’entortillent les vérités dans chaque phrase, car la vérité même c’est que le langage ment, la vérité c’est la mentirie même du langage dirait Péguy, et Péguy au fon de lui le sait, lorsqu’il parle de politique, ou lorsqu’il parle de philosophie, lorsqu’il évoque ses souvenirs de dreyfusard, lorsqu’il parle de ses amis Halévy, Sorel, Benda, lorsqu’il évoque sa longue amitié avec Jaurès, lorsqu’il déploie sa colère contre ce même Jaurès ou contre les gouvernements qui se sont succédés tels le gouvernement de Combes, lorsqu’il s’acharne sur les combistes, ou sur les modernes, les hussards de la République, tous ces gens qui l’ont formés, lorsqu’il parle du poète tel Victor Hugo même, ce grand amour pour le poète que Charles Péguy, même à cet endroit là ou à l’endroit de Bergson, il ne peut pas écrire sans dérouter tout lecteur, sans mettre le lecteur dans un certain embarras et cet embarras qu’a le lecteur c’est qu’il n’en finira jamais avec la prose de Péguy ! le lecteur va s’embourber, le lecteur ne va jamais en finir et en même temps le lecteur va comprendre qu’il va devoir tout lire de Péguy, pour essayer un temps soi peu de comprendre, mais ce qu’il faut comprendre au fond chez Péguy, et ça Deleuze l’a bien vu, c’est qu’il remplit sa phrase, il l’a remplit par le centre, c’est toujours au centre qu’il faudrait lire Péguy, c’est toujours en cherchant le mitan, le milieu de chaque phrase, c’est toujours dans cette recherche qu’il faudrait procéder, avec cette idée en tête, l’idée obsessinnelle qu’il faudra lire Péguy comme on cherche des poux dans la raie des cheveux, ici on cherche ce qui s’est produit depuis que Péguy a énoncé quelque chose, on peut très bien ne plus savoir ce qui a animé Péguy au début de sa recherche, car ce qu’il faut voir c’est que l’on peut suivre Péguy au milieu même, au centre même d’un livre on prend la conversation à bras le corps, n’importe laquelle, celle avec les mystiques, celle avec les âges, car Péguy a des conversations avec les âges, Péguy il faut le lire comme quelqu’un qui a connu tous les âges, quelqu’un qui descend du monde antique, comme il descend aussi de l’âge chrétien, et un Péguy qui converse aussi avec l’âge perdu, l’âge communiste qui tarde à venir et Péguy qui converse avec son époque, avec ses modernes qui ont confisqué l’époque pour faire une république capitaliste, Péguy sait mieux que tout le monde ce que veut dire l’argent pour les modernes, pour les laïcs, pour les républicains qui se disent laïcs et socialistes, déjà au tout début du XXème siècle il dénoncera la volonté de contrôler l’art, que l’art soit sous la mainmise d’un parti, il dénonce déjà ce qu’on appellera plus tard le réaliste socialiste, il dénonce déjà ceux qui veulent taire la pluralité des pensées au sein d’un parti, il dénonce déjà, avec ses amis des cahiers, de la situation faite aux juifs, car les cahiers de la Quinzaine sont au fond très préoccupés par toutes les situations nouvelles que le monde moderne apporte. Charles Péguy est un situationniste, Péguy est avec aussi ses amis, un situ avant l’heure et ce n’est pas étonnant que quelqu’un comme Alain Badiou dit de lui, qu’aujourd’hui Péguy remonte. Péguy n’est pas chrétien comme on a pu le dire, mais Péguy se veut être un de ces hommes qui n’ont pas bougé depuis plusieurs siècle, donc il faut comprendre que Charles Péguy est un homme qui a connu le monde chrétien. Lorsque Péguy parle de la femme du monde paysan, la paysanne qui n’a pas changé depuis le monde antique, il faut lire ce qu’il dit déjà de lui-même : lui aussi Péguy, est un poète antique, un penseur antédiluvien, lui aussi Péguy est un homme qui a vu le changement dans sa vie en vingt ans alors que des hommes comme lui n’avaient pas changé depuis des siècles, et lorsqu’il parle de Lazare, Bernard Lazare, le Lazare de J’accuse, car c’est lui Lazare qui a écrit deux ans avant Zola J’accuse, ce Lazare là c’est de lui qu’il parle, de cet homme vieux de plusieurs siècles et qui a encore sous lui le feu de tout un peuple, il a sous lui ce feu qui toujours s’anime, le feu ancestral et toujours vivace de son peuple : − « Je vois encore sur moi, dit-il, son regard de myope, si intelligent et ensemble si bon, d’une si invincible, si intelligent, si éclairée, si éclairante, si lumineuse douceur, d’une si inlassable, si renseignée, si éclairée, si désabusée, si incurable bonté. Parce qu’un homme porte un binocle bien planté sur un nez gras barrant, vitrant deux bons gros yeux de myope, le moderne ne sait pas reconnaître, il ne sait pas voir le regarde, le feu allumé il y a cinquante siècles. Mais moi je l’ai approché. Seul j’ai vécu dans son intimité et dans sa confidence. »... « Pas un muscle, pas un nerf qui ne fût tendu pour une mission secrète, perpétuellement vibré pour la mission. Jamais homme ne se tint à ce point chef de sa race et de son peuple, responsable pour sa race et pour son peuple, un être perpétuellement tendu. Une arrière-tension, une sous-tension inexpiable. Pas un sentiment, pas une pensée, pas l’ombre d’une passion qui ne fût tendue, qui ne fût commandée par un commandement vieux de cinquante siècle, par le commandement tombé il y a cinquante siècle ; tout une race, tout un monde sur les épaules lourdes ; un coeur dévoré de feu, du feu de sa race, consumé du feu de son peuple ; le feu au cœur, une tête ardente, et le charbon ardent sur la lèvre prophète ». Et là je corrigerai, pour Péguy : la lèvre prolétaire, les lèvres mêmes, pleines et péguiennes, la langue, donc, plébéienne du poétarien, celui chargé de l’humanité, des animaux même, le poète à la langue pleine de plèbe et d’animaux, le poète et son feu qui volera tout, résumera tout, les parfums, les couleurs et les sons, Rimbaud puis Péguy, qui lui aussi veut accrocher la langue et tirer, un Péguy plus terre à terre, mais qui a aussi lu Fourier et ses analogies, un Péguy moins péguien que fourien, car il y a les fouriéristes et les fouriens, les fouriens ont rien des fouriéristes, les fouriens ce serait comme dire les péguiens au lieu de dire les péguistes, car il y a une forte réaction péguiste que l'on connait, une réaction péguiste dont on connait tous ces membres et qui mangent au ratelier de la philo paternaliste, une forte réaction qui s'affirme péguiste et qui pourrait même se vanter d'être fouriériste, en tout cas nous faire croire en son progressisme alors qu'il ne s'agit que d'un mouvement réactionnaire, car la réaction veut trouver du sens partout, la réaction est dans les mots mêmes et en ce moment nous pouvons être soulagés et dire : ouf !, car pour le moment elle ni dans les fouriens ni dans les péguiens, ouf ! pour le moment la réaction se trouve partout ailleurs, du moment que le langage qui est sans cesse en quête de sens suive son petit penchant naturel, et tous ceux qui s’engagent dans le petit penchant naturel du langage font du langagement, c’est-à-dire qu’ils désirent un langage porte flambeau du sens, ils veulent d’un langage qui révèle des vérités alors que les vérités ne sont pas dans le langagement, car à la vérité le langagement nous ment, le langagement nous ment car il est un discours qui même s’il se dit de gauche, est un discours qui cherche le maître, et ceux qui veulent du discours maître cherchent le bâton, le bâton c’est le langagement qui est un maître-discours dont les fouriens se passent allègrement, car les fouriens savent bien qu’on ne peut utiliser le langagement pour faire des discours, c’est-à-dire actionner la pensée et lui donner un sens, faire que ce sens conduise vers les idées, les fouriens sont des artaldiens comme ils sont tout aussi péguiens, c’est-à-dire qu’ils pensent le réel au moyen des aphorismes et de la poésie, Artaud dit bien que les idées ne sont rien, que les institutions ne sont rien et que les passions retardent, vue que la pensée est sociétale et veut nécessairement fabriquer du sens et au bout du sens la justice sociétale, au bout du sens la barbarie sociétale et occidentale, et au bout du sens les camps de concentration, car même de gauche les utilitaristes de la langue nous conduisent au sens par le mensonge, les utilitaristes de la langue de gauche utilisent le sens pour parler de la révolution alors que le sens est le vecteur des crispations de leurs futures réaction, on le voit bien avec tous ces livres qui nous racontent combien il est nécessaire de se débarrasser des poètes soi disant accoquinés au pouvoir et aux artistes soi disant accoquinés à l’argent, en réalité c’est un discours purement réactionnaire car moraliste, tout discours demande le maître et cherche le bâton, tout langagement fait des appels du pied au futur maître qui a lui-même écrit ce discours, l’heure est aux petits maîtres et non aux fouriens, aux péguiens, aux artistes et aux poètes qui eux ont le dégout du langage, car le dégout du langagement c’est à cela que nous nous portons, nous sommes portés à nous dégouter de belles formules, de nouveaux mots de pseudo scientifiques de l’internet, tout le monde relaye les informations et les nouveaux mots, le parler dégoute alors que la planète devrait être librement et constamment parcourue par de grandes bandes composées principalement d’enfants, de fous, de prolétaire sans arme, une terre principalement parcourue de jeunes hommes et de jeunes femmes accompagnés d’adultes, des enfants et des jeunes, des jeunes et des hommes d’âge mûr passionnés d’aventure.

 

Il faut relire Péguy pour savoir à quel point il est illisible, à quel point il faut remonter ses écrit, sa pensée, comme une vague illisible et pourtant si actuelle, il faut lire cet actuel qui sourd chez Péguy, lorsqu’il parle du socialisme, de l’art, du racisme et de l’antisémitisme, lorsqu’il parle des situations, des mystiques, il faut surmonter sa mystique et la parler pour aujourd’hui, il faut traduire ses textes pour maintenant car ça nous dit tout ce qui gronde en nous et que nous ne voyons pas, ne sentons pas ailleurs. Il faut se battre dans l’écrit de Péguy, car avec Péguy on réapprend à chacun de ses livres à lire. Péguy est illisible car même ceux qui l’ont lu de près n’ont pas lu certaines choses de lui, des choses qu’on a lu nulle part. La bonté et la patience, nous ne l’avons pas aussi bien lue que chez Péguy. La pensée politique de Péguy est rayonnante de culture, de savoir, et le savoir de Péguy est un savoir ancestrale. Sa logique : une logique de bœuf, d’un bœuf qui avance sans attendre, une logique qui force sa venue, têtue et forcenée, une pensée de bœuf qui arrache l’herbe, la terre, qui défait le sol pour nous expliquer le mouvement mécanique, le mouvement organique et le repos cosmique. Tel est Charles Péguy l’illisible et non l’inlisible. Car l’inlisible provoque la fuite totale de l’écrit, et la parole est figée aujourd’hui, comme morte, car c’est une écriture pour un lectorat choisi, alors qu’on ne devrait pas choisir son lectorat, on devrait écrire comme si nous étions les seuls à comprendre de quoi ça cause. Il ‘y a pas de lecteurs : il n’y a que des travailleurs, d’horribles travailleurs, des qui ouvragent, c’est-à-dire qui ouvrent avec la rage les bouquins. L’époque réclame des ventres creux de l’écrit. L’époque réclame des enragés contre l’atonie de l’inlisible. L’époque réclame que l’on relise Charles Péguy.

TALK TALK (travail en cours)

talk talk c’était sans doute mon groupe préféré avec ce type mark hollis qui ressemble de loin à john lennon mais un john lennon encore plus cool et discret que l’autre qui ne manquait jamais de faire des déclarations tonitruantes mais cependant une sorte de john lennon des années 80 avec le côté artiste engagé en moins j’aime tout de talk talk même les tubes surtout le tube such a shame quand je mets ça à la maison les gens commencent à fuir et pourtant ils ont tort on ne devrait jamais fuir devant such a shame car c’est un très beau morceau que talk talk pourrait rejouer maintenant en le dépouillant de ses oripaux newaveux débiles tout ces instruments clinquants ces synthétiseurs qui font les débuts horribles de tous ces groupes des années quatre-vingt sush a shame c’est un foutu morceau car il est triste je n’ai pas lu toutes les paroles car on s’en fout un peu des paroles dans le rock est-ce que quelqu’un s’est déjà amusé à lire les paroles de strawberry field forever il faut pas aimer le rock si on passe son temps à traduire les paroles autant retourner à son latin d’église cependant à l’église on chantait le latin et on s’en foutait de la compréhension et c’est ça qu’ils comprennent pas tous ceux qui ne veulent rien savoir à la musique pop-rock ils pigent pas que les paroles ça n’a aucun intérêt et pourtant talk talk avec son such a shame on peut à peine éviter le sens c’est ça la force de talk talk c’est sa mélancolie sa profonde tristesse et sa colère sa gentillesse débile des campagnes anglaises une sorte de truc assexué ouvert à tout et qui fait juste que chanter mais comme on est en mille neuf cent quatre vingt-quatre il faut chanter sur des synthés débiles avec un son moche mais peu importe ce qui importe c’est que such a shame parle de la loose aussi bien qu’un titre de john lennon genre i’am the walrus ce sont les plus belles chansons de john lennon avec the beatles i’m the walrus et strawberry field forever avec aussi ses chansons sur sa mère dear prudence car quand il chante sur sa mère il parle du trou qu’il a en lui et qui le fait crever à petit feu pauvre johnny c’est ça qui fait toute la différence avec les autres groupes c’est que malgré la tartine de framboise à la crème il y a aussi du drame du senti et même de la méchanceté et c’est ce lien qu’il y a entre mark hollis et john lennon car john lennon n’est pas un tendre il a l’art de la formule quand il dit que le rock français c’est un peu comme le vin anglais c’est une formule géniale qu’aucun français moyen ne peut comprendre un petit français vengeur avec sa petite guitare de français moyen plein de vengeance il ne peut voir que lennon est distingué quand il dit ça car il a l’art de la formule qui assassine il a aussi le sens du rythme et en france on n’a pas le sens du rythme on a parfois l’art de la formule mais c’est lourd c’est victor hugo qui sonne la charge héroïque des grosses formules c’est la langue formulée française à haut régime aucun rythme là-dedans aucune hauteur de vue aucun mépris transformé en rire méchant c’est grand et emmerdant l’art français c’est pour ça qu’il ne faut pas chercher à savoir si john lennon a raison de dire que le rock camembert c’est de la piquette en france on cherche toujours à savoir qui à tort et qui a raison c’est ça qui fait le naufrage de la nation française c’est même pas une nation c’est un bouillon le bouillon français pourrait-on plutôt l’appeler et si on se dit français aujourd’hui c’est qu’on va pas tarder à prendre le bouillon d’onze heure car il y a tant et tant de contradictions dans le bouillon de la parole franco française c’est pour ça qu’on y a jamais rien entendu au rock sauf à une certaine période comme la cold wave le punk et la cold wave on pouvait se permettre de parler français dans le parler rock’n’roll mais avec the beatles il ne faut pas savoir si c’est mieux que tel groupe français car c’est tout bonnement mieux que le reste même du rock anglais et pour quelles raison me diriez-vous que the beatles c’est mieux que le reste du rock anglais parce que the beatles est the seul groupe à avoir autant inspiré les meutriers helter skelter du gentil en apparence mc-cartney et piggies du non moins affable et tout mignon georges harisson et les formules assassines de john lennon à propos de jésus christ c’est ça qui inspire au meurtre et là-dessus personne même talk talk n’arrive à la cheville de the beatles ce ne sont pas the rolling stones avec leur pauvres hells angels qui peuvent rivaliser car the beatles ont aussi généré une musique bizarre que personne dans le rock n’était capable de faire ça allait bien plus loin que la bande à lou reed et ça s’appelait tout simplement révolution la neuvième sans doute pour faire référence à la surdité de beethoven ce morceau est un grand morceau et john lennon a ainsi continué avec yoko ono le travail de sape du rock’n’roll et ils ont eu raison car en soixante-huit le rock se mourrait c’en était fini place aux hippies au flower-power à la californie à l’amour molasson et aux drogues le monde croulait alors qu’il pensait être révolutionnaire de toute façon nous sommes contre les révolutionnaires et il est quasi sûr qu’à cette époque nous étions déjà contre ceux qui se déclarent révolutionnaires et qui ne font pas la révolution car la révolution c’est autre chose que le fait d’être révolutionnaire toutes les révolutions nous échappent nous sommes arrivés dans un monde multi récidiviste en terme de révolution depuis que nous avons su que la terre tournait sur elle-même puis autour du soleil puis que le soleil était un petit astre perdu dans l’espace puis que cet espace était expansif et qu’on l’appelait l’univers puis que cet univers pourrait cacher de multiples univers comme un mille feuille et nous dedans cet univers chiffonné alors pour la révolution vous pourrez repasser après la révolution des idées avec platon la révolution de la croyance avec jésus la révolution copernicienne la révolution newtonienne la révolution darwinienne la révolution freudienne la révolution marxienne et puis la révolution lacanienne et enfin la révolution elvisienne et lennonienne nous avons aussi avant tout cela subi des révolutions dont nous n’avons même pas idée et ça continuera de plus belle car nous participons à la marche en avant et au changement mais avant tout pour nous-mêmes et par conséquent ça concerne les autres car tous les autres prennent appuis sur les révolutionnaires alors qu’ils devraient ne pas s’appuyer et se détacher d’eux même c’est ce qu’a fait mark hollis qui s’est détaché du top cinquante au fur et à mesure si vous voulez être un révolutionnaire faites déjà trembler vos organes lançait mark hollis à son public médusé talk talk est le meilleur groupe de ces années-là dans le style new wave il reste indépassable tout comme les joyeux divisés qui restent éternels avec ce dernier morceau de la face b du 2eme album closer qui est une ode à la guerre quatorze une ode au froid comme toujours mais cette fois une ode au front aux poilus qui ont froid dans leurs tranchées une ode au départ dans les trains une ode à l’armée où on quitte les siens pour rejoindre la mort sur le front cette fois joy division a rejoint son modèle qui est apollinaire on peut coller plein de poèmes d’apollinaire sur la musique de joy division et notamment les poèmes de la nuit rhénane ou lorelei ou les calligrammes et ce n’est pas étonnant que le chanteur ai choisi de mettre ce dernier titre dans le disque et qu’il s’est suicidé ensuite car c’est une ode au suicide mais pas que pour lui pour toute la jeunesse toute la jeunesse doit en finir avec elle-même partir en fumée mais talk talk lui n’en est pas là il est plus hasardeux foutraque il ne se fit pas à une église n’épouse aucun comportement il est en cela plus révolutionnaire il suffit pour ça d’écouter les disques un par un qui conduisent le groupe de la new wave non pas à la no wave mais au post-rock c’en est fini après talk talk du rock car the beatles avaient raté leur coup lou reed aussi avait manqué son coup ils avaient eux-mêmes fait en sorte que le rock devienne intelligent c’était la pire erreur à faire le rock intelligent c’est ça qui a fait qu’après on a eu des groupes comme père ubu et cabaret voltaire et d’autres encore plus obscurs mais on peut dire qu’ils avaient du mal à rivaliser avec the dream syndicate qui est un proto groupe à la velvet underground qui a perverti le rock avant que le rock ne pervertisse à son tour l’art en entier en voulant devenir lettré cultivé intelligent et distingué mais sans l’art du rythme c’est pour cela qu’il y a eu l’épisode punk et après l’épisode punk il ne restait plus que des synthétiseurs avec des types en cravate derrière comme aujourd’hui on a des musiciens avec leur laptop c’est les mêmes à part qu’ils n’ont même plus de goût pour la formule ils n’ont plus aucun style aucune joie c’est joy division pour l’éternité alors que talk talk était dans les années 90 la seule porte de sortie pour le rock qui n’était pas un retour au jazz ni à la musique improvisée c’était plutôt quelque chose qui se joue avec la sensation le retour à l’odorat pour une génération entière et ça n’a guère durer car mark hollis en avait marre déjà dans ses premiers clips il suffit de les mater sur youtube on peut constater que mark hollis se demande déjà ce qu’il fout dans ces années quatre-vingt il aurait pu finir alcoolique il aurait pu attaquer la matinée à l’alcool blanc exprès pour se détruire parce qu’il est trop génial d’ailleurs il est une sorte de syd barrett sans les volts et les médocs il n’a pas besoin d’être un alcoolo il chante il fait son petit job de chanteur comme le faisait billie holyday d’ailleurs un jour il reprendra ses standards car en fait il s’est trompé de génération mark hollis avec son talk talk qui devrait causer aux années quarante mark hollis aurait dû être né esclave c’est tout le drame des chanteurs de rock c’est-à-dire des blancs hier les rockers reprenaient le blues aujourd’hui les blancs reprennent la musique gnaouas mais c’est du pareil au même ils courent après la justesse le véridique le pur et le brut parce qu’ils n’ont rien pour plaire les blancs ils dominent la situation mais à part ça ils ne sont pas foutus de danser comme dans les videos de soul train car à part talk talk on pourrait citer tous les musiciens de la motown par exemple c’est quand même bien plus fort et moins cérébral que neu et can les musiciens de kool and the gang au début des seventies et c’est pour ça qu’on ne peut pas s’attendre à une révolution avec les blancs car ils ne savent pas rigoler dans leur musique il ne savent pas baver siffler crier et danser ils ne savent pas jouir le rock révolutionnaire blanc a toujours été peine-à-jouir sauf quand il a été incarné par des groupes comme celui de jac berrocal car très vite il a fait un trou pour laisser place à l’errance jac berrocal s’est mis à courir dans les steppes et à crier dans les trous des parois et jean-françois pauvros a commencé à chercher la mémoire dans les murs en tapant avec le manche de sa guitare à l’instar de lacan qui parlait aux murs bien sûr talk talk c’est aussi une musique très cérébral mais ça annonce la fin du cérébral pour autre chose tout ce débordement de musique techno electro forcément ça a donné soit le revival rock horrible où tous les chanteurs chantent pareil en anglais et où tous les musiciens sont mille fois plus virtuoses que jimi hendrix ou keith richards ou qui cognent plus fort et sont plus lettrés que john bonahm mais aussi d’un ennui prodigieux avec leur musique sang-de-navet et là sans doute talk talk y est pour quelque chose tous les blancs intelligents cultivés se sont mis en france à aimer la chanson française et le rock sang-de-navet inspiré par le dernier bashung qui ne faisaient plus de jeux de mots ou des groupes folk américains ou encore pire des altermondialistes avec leur world musique des envahisseurs grunge à lunettes style sonic youth qui connaissent tout du spoken word de la contre culture qui ont influencé tous les artistes dont les exigences culinaires dépassent ce qu’ils peuvent produire sur une scène car ce qui tue l’art musical poétique et littéraire c’est le revival la nostalgie le doucereux la patine molle de la mode la sensiblerie et du coup nous n’avons affaire qu’à des artistes à la recherche de la justesse et de la singularité dans un monde dénué de sincérité dans l’art contemporain ce n’est pas la même chose car même le clinquant n’est pas nostalgique et il vaut mieux confier aux artistes le soin de puiser dans la mémoire poétique et musicale du temps passé puisque l’art est souvent plus rock et aventureux cela à a voir sans doute avec la morale la musique est souvent plus morale que l’art contemporain un jour nous nous sommes promenés en voiture avec the ex dans le magnéto-cassette et nous disions chercher un batteur c’est ce que nous improvisions sur la cassette que nous avions mise dans le dictaphone tandis que dans l’auto radio on entendait the ex nous disions que nous avions besoin d’un batteur qui ne savait pas battre à l’époque nous cherchions un batteur qui cherchait avant tout son intimité nous enfoncions la cassette dans le lecteur et nous improvisions en direct dans la bagnole avec ce groupe en appui ce fut une très bonne collaboration cependant nous avons senti qu’il ne fallait pas aller plus loin car l’inconvénient avec les musiciens c’est qu’il faudrait toujours aller plus loin comme avec les danseurs il faudrait toujours perfectionner son pas de deux il faudrait toujours poser la voix sur des matériaux plus perfectionnés il faudrait toujours répéter et répéter avec des chorégraphes et des acteurs et des musiciens écolos qui mangent bio pour jouer toujours plus juste dans théâtres et des salles noircies pour ne pas voir le public alors qu’on peut très bien ignorer le noir des salles la lumière et le public qui va avec on peut très bien s’en foutre de la justesse et de l’écoute on peut très bien ignorer le son et le sens et les collaborations et revenir au brouillon seul car seul le brouillon ça n’a rien à voir avec l’improvisation puisque l’improvisation est en haut de la chaîne hifi alimentaire de la musique occidentale blanche tandis que le brouillon renvoie immanquablement aux incohérents aux fous à des tribus d’enfants et à la disparition totale et définitive du spectacle

je n’ai jamais compris pourquoi les rockers se taisaient à la fin et non pas au début. Au début ils sont bavards avec leurs tubes et à la fin ils se taisent dans des albums pas très inspirés. pourquoi ce silence doit être la finalité de toute carrière, et même de toute œuvre. car même le rock fait œuvre, pensait mark hollis. le rock fait œuvre dans le fait que nous nous sommes plutôt mal engagés dans nos vies. le rock c’est la vie qui s’engage mal sur les chemins de l’expérience. nous avions les anciens rockers qui nous montraient le chemin mais il était miné. le rock se faisait sur les planches pourries de la marchandisation et il fallait donc faire mine de le quitter. soit on quitte le rock soit on s’enfonce plus profondément dedans. soit on devient une star usée et sur la pente inexorable du déclin soit on relativise et on meurt incompris. relativiser ce n’est pas devenir un vieux sage obsolète, mais de devenir obsédé, mais pour cela il faut relativiser sur la vie et ses expériences. le rock donne l’impression qu’il y a des élus. trop peu de gens iront sur scène même munis d’une guitare. il faut donc redescendre sur terre et jouer le bon vieux blues du prolétaire anéanti par la marche en avant du monde. le bon vieux monde qui te ratiboise la couenne. c’est ce que pensait mark hollis tandis qu’il improvisait. il disait on ne peut pas jouer deux fois la même chose, l’improvisation est un moment unique. l’improvisation devrait être le moment où on rejoue tout, même ce qu’on a cru gagner sur scène. on ne gagne rien à reproduire sa vie sur une scène disait mark hollis. il faut à chaque fois rejouer au dés sa vivance avec la musique. la musique c’est des heures d’impros dont on ne gardera que quelques secondes. un mouvement inédit. et je n’aime pas les mouvements disait mark hollis. je n’aime pas ce qui bouge. j’aime ce qui plante et s’entasse. j’aime ce qui s’enfonce dans le commun. j’aime m’abattre sur le sol avec un devoir à rendre, tel un paysan sonore. j’aime la grammaire la plus sommaire. l’écriture musicale sans orthographe. j’aime me pendre dedans et ne plus bouger d’un iota. écouter le son, exprimer mes silences. je retourne à l’innocence des frondaisons, je trouve ma félicité dans les pensées les plus démunies, je voudrais faire danser les amibes, être la star du plancton, l’idole des plus sommaires bactéries. je voudrais vivre comme elles, sous la roche, les sols calcaires ou la peau d’un autre, sans que ça respire. ne plus à me coltiner ni à l’air ni à l’eau. être enfin léger malgré la lourde apesanteur d’une basse. basse de basalte et de lave, les néons m’accablent et me tuent. Le rock ne devrait jamais devenir intelligent.

nous sommes de ceux qui aimons le bruit, disait mark hollis. c’est à partir du bruit que nous avons créé. et je ne dis pas le son, précise le chanteur, car le son fait penser à quelque chose de plus apprivoisé. nous, c’est plutôt le bruit qui nous a attiré. c’est le son brutal des villes, des usines. c’est le bruit qui sonne à travers nous et à travers nous les vivants. et tous les vivants quels qu’ils soient. c’est à partir du bruit donc, qui est synonyme de destruction du vivant, que nous nous sommes complus. et c’est dans cette destruction encore à l’œuvre que nous nous complaisons encore, dit-il. bien que certains déclarent haut et fort que c’est pour dénoncer le bruit que nous en fabriquons. d’ailleurs la plupart de ces productions ne peuvent rivaliser avec le bruit humain global. le bruit de la production humaine globale. nous ne pouvons prétendre à faire mieux que ce qui se fait déjà dans sa globalité. mais c’est notre goût pour ça qui fait la différence. c’est notre attention au bruit environnant. c’est notre passion pour tout ce qui est brutal, métallique. notre amour pour tout ce qui fait la désorganisation naturelle des choses. pour tout ce qui bousille grandeur nature. c’est ça qui fait la différence avec le faiseur de bruit lamda. certains sont effrayés par cette passion qui leur prend aux tripes. ils prétendent alors que le bruit qu’ils font c’est pour dénoncer l’horreur, mais au fond c’est totalement faux, car au fond du fond ils rêvent tous de se produire dans les métallurgies de la mort et les autres grandes usines qui polluent le monde entier, ils rêvent du monde nucléarisé total, car ce n’est pas que ça qui les intéressent, mais bien la couleur nouvelle que ça donne à l’environnement. l’esprit que ça imprime à toute la société humaine. et cet esprit c’était le vacarme. le vacarme inhumain des machines qui continue, malgré tout, de nous entourer aujourd’hui, le vacarme qui étouffe chacune de nos neurones. malgré tous les beaux discours, l’humain n’a jamais autant fait de bruit. car il jouit dans les déflagrations et les explosions. il jouit plus que jamais de la guerre quotidienne faite à la nature et à lui-même. et du coup il produit de l’art. car l’art c’est jouir dans l’impensable. l’art c’est se fondre dans ce qui est presque inhumain et le bruit fait écho à ce qui est inaudible en fin de compte. et ce qui est inaudible encore maintenant c’est la passion seule pour le bruit. la violence c’est inaudible pour les contemplateurs de l’art mort, pour ceux qui ne veulent pas de l’impensable ni même de l’impensé. pour celui ou celle qui feint toujours de ne pas jouir du bruit de la vie présente. et la vie présente n’est qu’inhumaine pour les humains. il n’y a pas d’autre vie possible puisque la vie pour l’inconscient humain n’est pas dans la nature. bien sûr, il contemple et aime la nature, l’humain, mais pour son art mort. c’est une passion hypocrite. c’est pour se faire croire qu’il est proche de la nature, alors qu’au fond il a quitté le naturel depuis qu’il parle, depuis qu’il s’agite et depuis qu’il pense. et la nature qu’est-ce que c’est sinon quelque chose de trop rare pour être si naturel ? la nature n’est naturel que part chez nous, disait mark hollis. mais la nature ce devrait être uniquement le caillou ou le feu. la nature ça ne devrait être que l’explosif. c’est ce qui détonne mais sans bruit. ce sont les grands chambardements de l’espace mais qui se fond sans bruit. car au fond la nature c’est aussi le bruit, puisque c’est très rare. donc on peut avancer qu’au fond l’humain cherche sa nature perdue au fond du bruit. le bruit c’est l’invention de la nature par l’homme, et c’est ce que l’homme invente pour son art. il fait de l’art avec ses usines comme avec toutes ses inventions électroniques, puisqu’il veut réinventer un naturel qui donnerait du grain à moudre à l’univers entier. la nature dans laquelle il a poussé ne l’intéresse pas, car cette nature est trop insignifiante pour lui. il lui faut rivaliser avec l’espace entier. il ne lui faut pas une nature qui correspond en quantité à ce qu’on appelle l’antimatière, car au fond pour lui l’humain, la nature est une sorte d’antimatière qui l’envahit. une antimatière cette nature qui lui pourrit la vie. car il est né autant de cette antimatière que des explosions d’étoiles, et pour le moment il pense qu’il a encore besoin de cette antimatière si matérielle près de lui. par nostalgie pour les premiers hommes sans doute. mais son art même montre en grande partie qu’il veut sortir du cocon de la nature pour rejoindre le fond cosmique et ses bruits d’avant le déluge. pour rejoindre la matière sombre et l’énergie noire. son art futur ne se trouvera que dans la poésie éruptive. la poésie en rupture avec le monde. le monde caduque et soi disant naturel. car l’humain ne désire que rejoindre le vide sidéral et la grande soupe des rayonnements, les ondes primordiales et l’antimatière de l’univers dans les plus grands lointains possibles.

j'en ai marre des vieux. violeux. les violences. j'en ai marre de la viole violée des vieux. violence j'en ai. marre des je. des violés. je viole des vieux. violeux. j'en ai et ça me marre. ça vie en marrance pour du mieux. mais c'est vide car j'en ai marné de l'envieux. j'en ai des vieux sons violents. sont vieux moirés. sons des violences vieilles en les marres j'ai. j'en ai vu de la vieille ou du vieux tous marnés. j'en ai marne des vieillardes. les hardes de vieux violées. je prends les voiles j’ai vu oui. j’envie du vieux vu dans les yeux noyés morts. les voyeurs à marner j’en ai. se mourant vieux et moutonnant. j'en vu et des moumoutes à jeunes envieux. mamours en vents. violent ma marne en joie. les vieux me violent en j'ai. j'en ai plein l'nez des vieux dans les yeux. je vois des vieux yeux et tout le bleu d'égo binant. bilan du je voulu. goulu le jeune à genoux des vieux. gens veules. dans les sons bleus mal aux cieux des moi. jouer veux. oui. moi-je dans du vieux gens violent. des jeux mieux j'en ai aimé. les vieilles sales eaux et salauds d'vieux ravalés. de l'os allé des envolées j'en ai les mares d'yeux nœud. j'envie les vulves à vider je. D’ici j’en vis du ci-gît où ça n'vient. car moi nuit nouée nœud oui. j'en ai var des mieux je. Je veux ne j'aime les vieux. jeune où ça vit c'est la viande en ville. Les vieilles peaux dans un ramassé de vivant. j'aime vieillir. j'ai ma vieille en moi je me vois. Je vois moi le vouloir me voir en veuve joyeuse de je.

 

il arrivait au dernier moment

il avait choisi ce moment-là précisément

ce moment qui était précisément le dernier des moments

on n’avait jusqu’alors inventé un si bon moment

un moment bien au fait du présent

un présent si neuf et lui dedans

on n’avait jamais vu pareil présent si nouveau

et si plein

et lui qui s’y trouvait dedans

quelle chance

on ne pouvait trouver pareil veine de naître dans un moment si chanceux

car rempli de promesses

si plein de bonnes choses à vivre

et lui qui arrivait là

car il l’avait choisi

il était bien tombé

mais c’est lui-même qui s’était glissé dedans

dans ce plein et si nouveau présent

ce présent si étonnant et lui qui arrivait dedans

lui qui voyait ce présent comme un présent jamais atteint

un présent jamais donné ni atteint

un présent jamais possible

toujours reporté

parce que tout semblait vieux dans les anciens présents

tout semblait à chaque fois manquer la cible du nouveau.

en pensant à Eric Duyckaerts

Le poète est tombé dans l’escalier, il est tombé dehors puis dans l’escalier, ce n’est pas le premier escalier que prend le poète, il en a pris plein et il est tombé plein de fois dedans, comme il est tombé aussi dehors, il est tombé à plat au dehors comme au dedans, il est tombé plein de fois comme ça, en s’étalant, le poète s’est étalé sur le sol ou sur les marches, il a glissé, il a dérapé, il s’est regardé tomber tout droit, personne ne pouvait jamais le retenir, car il tombait toujours au moment où on ne faisait plus attention à lui, dès que les gens avaient le dos tourné il tombait, dès que les gens tournaient leur regard ailleurs, il en profitait pour tomber sur le sol, ce n’est même pas lui qui tombait, c’était eux, c’était les gens en lui qui tombaient, ils tombaient de lui car c’est lui qui ne les soutenait plus, il avait déjà du mal à les soutenir mais quand les gens ne le regardaient plus le poète voulait se débarrasser d’eux alors il tombait à plat sur le sol ou dans l’escalier, dès que quelqu’un détournait son regard, il suffisait qu’il y en ait qu’un qui ne le regarde plus et hop ! le poète en profitait pour faire patatras, il faisait patatras et alors tout le monde se rassemblait pour le ramasser, il fallait toujours être à plusieurs pour le ramasser et pour le soutenir, mais en vérité ce que ne savaient pas les gens c’est que c’est lui, le poète, qui soutenait tous ces gens, il n’en pouvait plus de tout soutenir alors dès qu’il pouvait se dérober aux regards il se carapatait vers le sol, dès que plus personne ne prêtait attention à lui il faisait patatras, c’était le poète du patatras, c’est comme ça qu’on l’appelait car dès qu’il arrivait quelque part on savait qu’à un moment donné il ferait patatras et que quelqu’un serait là pour le soulever, souvent il y avait des amis à lui qui le soutenait, parfois il pouvait parcourir des kilomètres en étant soutenu par des amis proches, mais dès que ses amis faisaient faux bond alors il réalisait un vrai bond sur le sol, mais ce n’est pas vraiment lui qui pratiquait cette glissade mais la vie, c’était la vie même qui voulait la glissade, car le poète soutenait aussi la vie à longueur de temps, il la soutenait plus que n’importe qui et donc ça n’était parfois plus supportable de soutenir à ce point la vie en lui, il lui fallait tomber comme une marionnette, comme s’il était devenu un pantin et à un pantin on ne demande pas d’être vivant, à un pantin on ne demande pas de vivre continuellement, c’est pour ça que souvent le poète voulait jouer au pantin qui ne soutient plus rien même pas la vie, car la vie pouvait vivre ailleurs hors de lui, elle pouvait prendre son envol et laisser le poète se ratatiner où bon lui semble, c’est ça qu’il voulait parfois le poète, laisser entrer le ratatinement en lui, le ratatinement de tous les autres mais aussi de la vie même.

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les ciels de Villeneuve d'Ascq

Lou Ravi se rappelle des ciels de Villeneuve d’Ascq de quand il était petit. Il voudrait revoir ces ciels là mais il pense qu’il ne le reverra jamais. Ce sont les ciels de l’enfance à Villeneuve d’Ascq qu’il voudrait revoir et il pense que ce n’est plus possible aujourd’hui, même en traînant dans Villeneuve d’Ascq il ne les verra pas, d’ailleurs quand il était à Villeneuve d’Ascq il ne les voyait jamais, il se demande même s’il a déjà vu un ciel de Villeneuve d’Ascq , un ciel bien moderne de Villeneuve d’Ascq , il se demande s’il a bien vu le ciel quand il y était Lou Ravi, il se demande se qu’il pouvait voir d’ailleurs à Villeneuve d’Ascq , dans ce présent villeneuvien il ne voyait rien, il voyait ni les ciels ni vraiment les maisons, ou alors il voyait le gris des maisons mais même ce gris-là ce n’était pas le gris de l’enfance, c’était un gris tout moderne et même un gris après le moderne, car il se souvient bien du gris moderne de l’époque de son enfance, un gris bien neuf, un gris flambant neuf, un gris qui en imposait à la vue, tandis que là c’est un gris qui n’impose rien, du coup on ne le voit pas, on baigne dans le gris sans même le voir, il faudrait vraiment ouvrir grand les yeux mais ce sont les yeux même qui sont noyés, même grand ouverts les yeux ne voient rien car ils sont noyés par la vision du gris post-moderne, ce n’est même pas un gris post-moderne, c’est un gris post-mortem, c’est après la mort de la vie de Villeneuve d’Ascq pense Lou Ravi, sa femme dit de toute façon la mort c’est quand le corps se retrouve tout seul, le corps est mort alors il est abandonné par la vie, la vie est partie alors on n’a plus rien à espérer, il vaudrait mieux vivre autrement a sans doute pensé la mort alors elle est partie voir ailleurs si j’y suis pense le corps, ce n’est même pas le corps qui pense, ce sont les vivants qui l’entourent, mais les vivants ont aussi quelque chose de mort en eux, ils ont la mort et ce qui est vivant c’est quelque chose qui palpite, ce n’est même pas vivant, ça fait juste des palpitations dedans, comme un reflet, comme quelque chose qui tinte au loin, c’est ça la vie pour les vivant, c’est quelque chose dont on voit le reflet et ce reflet c’est dans les souvenirs qu’on le sent, pourtant il faudrait se débarrasser des souvenirs, car les souvenirs ne me feront pas approcher des ciels en fait, c’est autre chose qui s’agitera vraiment et je ne sais pas ce que c’est, il faudrait inventer la machine à remonter le temps pour voir ces ciels de Villeneuve d’Ascq , voir comme on les sent dans les hauteurs de l’air, comment ils nous entourent sans nous noyer dans le gris après la modernité, c’est vrai qu’à cette époque la modernité se mariait bien avec les ciels et le gris des bâtiments, les bâtiments avaient la pêche à Villeneuve d’Ascq et pas que les bâtiments, toutes les infrastructures tels les rocades et les parking, ils étaient totalement moderne et dedans on pouvait sentir le son moderne qui pouvait sortir, il sortait depuis les parking comme depuis les bâtiments modernes, il sortait des facultés, ils sortaient du Crous tous ces sons et on les voyait monter dans le haut des ciels, on voyait alors les ciels et on se mettait dedans, on sentait que les ciels ça leur faisait du bien un peu de modernité, on sentait le gris des ciels ragaillardis à la vue du bêton, tout ce bêton qui en imposait aux gens, tous ces gens qui étaient heureux car les appartements étaient neufs et la vie était cool, les gens pourraient presque se croire en Amérique à Villeneuve d’Ascq , bientôt on serait comme les joueurs de tennis à la télé ou comme les groupes de rock, on croiserait des gens qui pourraient jouer dans des films intellectuels à Villeneuve d’Ascq , tout le monde paraissait intelligent dans cette vie moderne, même les peintres en bâtiment ressemblaient à des baba cools, Lou Ravi pensait que tout le monde sortait d’un film américain moderne, avec des bagnoles et des tronches américaines et des simplicités, des sourires, à chaque fois que Lou Ravi voyait des noirs sortir du crous il pensait à des films américains où les acteurs sont cools, il pensait à des intellectuels qu’on voit dans les films, il pensait à tous ces étudiants qui ressemblaient à Simon et Garfunkel, il les voyait et c’était bon pour lui et pour la vie d’ici à Villeneuve d’Ascq , cette vie avec ces grands ciels qu’on voyait depuis les duplex à Pont-de-bois ou au Triolo, la vie moderne, la vie intellectuelle et luxueuse du Triolo et du Pont-de-bois avec tous ces intellectuels souriants qui vont à Auchan V2, tous ces gens qui remplissent leur caddie sous des ciels bleus et gris, des ciels qui montent très haut et qu’on voit de loin, comme si on était sur la lune, comme si les duplex étaient partis sur la lune pour voir les ciels de Villeneuve d’Ascq.