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les vacances de bobi, lulu, et les pâtes à chien

Les vacances de bobi

Bobi part en vacances. Bobi aime le soleil des vacances. C’est les vacances sous le soleil cette année. Demain il pleuvra moins se dit bobi. Pour l’instant il pleut mais le soleil arrive. Il arrive avec les vacances de bobi. Bobi est heureux car il sait que ça va poindre. Le bonheur point. Au coin du bois le bonheur va surgir se dit bobi. Et le bonheur qui surgit c’est forcément le soleil. On en a besoin. On a tous besoin d’amour et de soleil. On a besoin qu’ils poignent le soleil et l’amour se dit bobi. Mais l’amour c’est bon. J’ai donné. L’amour j’ai donné mais bon maintenant à nous le soleil des vacances. Ne pensons plus à mal. Ne pensons plus à se triturer les neurones sur le sujet. On a déjà tout épuisé le sujet de l’amour se dit bobi. Bobi veut penser qu’aux vacances qui viennent. Ça vient de poindre se dit bobi. Bobi se dit c’est le bon jour qui surgit avec le soleil et point final. Le reste suivra se dit bobi. Le reste c’est l’amour et sa suite. Ils poindront quand ça voudra tout ça. Tout ce qui fait qu’on est dans le bonheur se dit bobi. Mais déjà avec le soleil ça va poindre un petit bonheur à lui tout seul. Tout seul lui et sa moto. Lui bobi fait de la moto sous le soleil avec ses copains. Il sait qu’après il va se baigner à la piscine avec sa copine. Après il va s’amuser dans le quartier avec tous ses copains et le soir il décolle avec sa famille pour aller au cap d’Agde. Et il arrive là-bas le lendemain avec sa moto. Sa copine elle vient pas au cap d’Agde. Sa copine elle a qu’à rester tant pis se dit bobi. Bobi l’amour il a donné. C’est bon j’ai donné se dit bobi sur sa bécane. Sa moto c’est l’amour de sa vie de toute façon bobi. De toute façon bobi mets toi bien ça dans le crâne. Mon pauvre bobi regarde t’as ti pas une belle moto. Bobi arrive dans la ville il se promène dedans. il va se promener dans la cap d’Adge tout seul comme un grand. Mais bobi il est jamais seul car il a la moto bobi. Sa moto c’est son amour de la vie bobi. Bobi il se promène dans la ville il va se baigner dans la mer ensuite. Bobi se dit je me promène un brin et je vais me baigner. Je me baigne un brin et je rentre faire le barbecue avec la famille. Bobi finalement se baigne jusqu’au soir puis il rentre chez la famille. Il arrive le soir avec la moto il fait une grillade avec papa maman. Il mange la saucisse bobi. Bobi de la saucisse et des merguez pour bobi. Bobi il aime la merguez avec des sauces. C’est la sauce qui fait tout dit bobi. La sauce et le pain le beurre. Le petit pain beurré à bobi. Et mettre dessus la merguez. Et puis bobi part dans la route. Bobi aime la route et filer droit après avoir mangé sa merguez sur du pain qu’on a beurré avec amour. L’amour c’est bon j’ai donné dit bobi. Maintenant je vais boire un coup et aller voir les filles.

La vivance c’est dehors, la vivance c’est quand ça respire bien dehors. C’est quand on est vivant et qu’on file. On est vivant on file sur la route dit bobi. La vivance c’est la route à travers nous avec une fille derrière ou pas. Parfois y a pas la fille derrière mais ça vit quand même. Ça vit en dedans tant pis pour la fille si elle est pas derrière nous tant pis. On en fera pas une sinécure. Mais bobi dit jamais sinécure mais plutôt fromage. La vivance c’est pas en faire un fromage. De toute façon c’est ma moto pour filer dit bobi. La vivance c’est je file sur la route tant pis si elle est pas accrochée derrière. Moi je m’accroche à la vivance tant pis si l’autre elle a pas voulu venir. Elle a pas voulu venir elle comprend rien de ce que c’est la vivance mais moi si. Elle a rien compris tant pis moi je file et tant pis c’est moi qui en prend plein. Je fais le plein de l’air tant pis la fille reste avec papa maman. Moi aussi j’ai un papa une maman ça m’empêche pas de prendre l’air. Moi aussi j’aime bien mon papa et ma maman mais j’en fais pas un fromage.

Bobi pour les intimes. Et même les autres. Personne sait comment il s’appelle vraiment le p’tit bobi. On a toujours dit bobi à propos de lui. Sans trop savoir c’est qui. Qui c’est qui s’est caché sous le patronyme bobi. Pas trop chercher dedans bobi d’ailleurs. On n’y verrait que du feu. Ou plutôt de la flotte. On y verrait des flammes et de la flotte dedans le bonhomme. D’ailleurs tout le monde est fait de flotte. Mais lui il est tout feu tout flamme à c’qui paraît. C’est pourtant pas la première impression qu’il donne. Il prend tellement son temps pour parler. Et dedans penser pareil. Il met une plombe à articuler une pensée. Le problème c’est qu’après il faut aussi parler. Il mâche les mots bobi. Il prend son temps. Ça l’amène en même temps à réfléchir. Car quand il parle il réfléchit aussi en même temps. Si on pouvait voir on verrait un type entrain de penser et parler en même temps mais ça dirait rien de ce que ça raconte au fond. Au fond ça raconte des trucs différends selon les tuyaux. Et les tuyaux ils sont comme bouchés. Faut pas pousser trop la pensée dedans. elle coule comme une petite flotte. Un fin filet d’eau qui passe dans le tuyau bouché. Et pour causer c’est pareil. Et boby pense ce qu’il va dire pendant qu’il dit autre chose dans l’autre tuyau. Et quand il a fini de dire il sait plus ce qu’il devait dire alors il improvise. C’est pour ça qu’on saura jamais ce qu’il pense le bobi. À moins de rester l’oreille collée à ce qui se dit en dedans. tu parles. Jamais les tuyaux se croisent dedans. Tu parles charles. C’est comme dans les gens. On pense qu’ils ont refaits les canalisations les gens mais macache oui. Ils ont pas encore l’eau courante les gens. Eau et gaz à tous les étages macache. En tout cas bobi se dit que lui c’est encore sans eau sans électricité dedans. à la manivelle la pensée dedans tu parles charles. C’est pas demain la veille qu’on saura ce qui se trame à l’intérieur du bonhomme. Pour l’instant il fait que cracher des mots en prenant tout son temps. Il cherche ce qu’il devait dire mais la pensée à pris les devants. Depuis sa naissance à bobi la pensée prend les devants. Comme si elle voulait s’enfuir. Passer par un autre bord. S’en aller comme la fumée. Comme une vapeur toute blanche. Et la marmite dedans qui bout plus mais qui crame. La marmite à bobi qui prend feu.

 

Lulu

Lulu elle mange plus. C’est pas une vie de manger. Manger c’est pas marrant. Ça a jamais été marrant. Lulu elle se marre plus. Elle se marre plus en mangeant parce qu’elle mange seule. Ça fait des années. Des années qu’elle est seule et qu’elle mange plus. Ou très peu. juste pour se nourrir. Mais c’est pas rigolo. C’est pas rigolo la nourriture. C’est comme la nature. Rien n’est rigolo dans la nature non plus. Lulu ça lui dit rien la nature et par conséquent la nourriture. Car la nourriture vient de la nature pas rigolote. Alors elle mange juste une petite salade mais c’est tout. Un petit yaourt mais c’est tout. Un yaourt maigre et hop, direct sur le canapé pour regarder la télé. C’est plus rigolo que la nourriture et la nature la télé. Déjà il y a plein de nourritures dedans qu’on va pas manger. On les fera manger aux enfants. On ira à Auchan. Comment ils feraient les gens s’ils avaient pas Auchan. Ils ont qu’à voir. Les gens entourés de nature et sans plus d’Auchan. Comment ils feraient les gens se dit lulu. Vraiment c’est pas marrant. Qu’est-ce qu’on se marre pas se dit Lulu sur le canapé du salon. Avant c’était la salle à manger mais j’ai changé maintenant c’est le salon. Avant aussi j’avais mis là le salon mais c’était avec les vieux meubles. On s’entoure tout le temps de vieux meubles. Qu’est-ce t’as avec toutes tes viéseries disait EGFLDPR. Qu’est-ce t’as à nous encombrer avec tous tes viéseries de mobiliers qu’il disait. Maintenant il est dans la tombe EGFLDPR. Maintenant qu’il est tout viési et tout crevé lui aussi j’en ai profité dit Lulu. J'ai changé le mobilier et j’ai mis le salon dans la salle à manger puis la salle à manger je l’ai mise dans le salon. On s’y retrouve mieux comme ça. On est face au soleil le matin ça fait du bien. On est face à l’humeur du temps. Le temps un brin capricieux du Nord se dit Lulu. Mais les gens ne connaissent pas le Nord. Ils préfèrent la nature. Ils savent pas ce qu’ils perdent. Ils ont qu’à aller se perdre dans la forêt tiens. Ils ont qu’à aller là-bas si j’y suis se dit Lulu en regardant la télé. Au moins avec la télé on n’est pas déçu des gens. Il y a des gens dans la télé mais au moins on peut se foutre de leur poire. Tous ces reportages sur les plantes et les animaux. Qu’ils aillent tous voir ailleurs. J’ai déjà assez à faire avec mon jardin. J’ai déjà suffisamment d’arbres à couper. Il faut couper les troènes et les arbres que j’ai mis au fond du jardin. Juste avant les plaques ça a poussé ce n’est pas diable possible. On n’y voit plus tellement c’est grand. Avant je pouvais voir l’autoroute maintenant je l’entends à peine. Il faut que mon petit fils vienne couper tout ça. Elle reste sur son canapé et elle regarde le jour qui passe par les fenêtres. Le jour passe partout où qu’elle est. Le beau temps et la pluie. La pluie passe partout aussi. Tous les jours passent. Les beaux jours et les mauvais. Les mauvais ciels comme les beaux. Tout passe par chez Lulu. Les avions aussi avant passaient par chez Lulu. Maintenant les avions passent plus. Aller savoir pourquoi. Peut-être on vous le dira. Mais pour l’instant on dit rien des avions. Puisqu’on a rien à dire. Puisqu’on a d’autres choses à dire que causer des avions. Les avions passent ou passent pas chez Lulu peu importe. Ce qui passe chez lulu c’est le bon air. Le bon air de la campagne. Pas pour longtemps car autour d’elle plein de lotissements. Y a tous ces lotissements avec des gens dedans. C’est pas de la faute aux gens les lotissements en fait se dit Lulu. C’est la faute au bon air. Le bon air Lulu lui en veut à mort. C’est la faute au bon air les lotissements. Où qu’elle s’y perdrait d’ailleurs. Elle y mettrait jamais les pieds Lulu dans les lotissements. Parce qu’elle s’y perdrait là-dedans. Alors que c’est tout simple. Y a juste une rue et les maisons c’est tout pareil. C’est pour ça qu’elle s’y perdrait Lulu dedans les lotissements. C’est comme à la télé. À la télé seulement on peut changer de chaîne. Tandis que qu’on peut pas changer comme ça de lotissement. Et les voisins ont tous la même gueule. Des gueules de gens de lotissements. On s’y perd à voir toutes ces gueules qui défilent. Il faudrait changer de chaîne mais ça changerait quoi. Lulu parle plus à ses voisins de toute façon. Elle les connaît trop bien. Elle connaît trop bien les générations de voisins. Donc elle leur parle plus. Elle préfère parler d’autres choses Lulu. Elle parle dans sa tête. Elle fait des mouvements avec ses lèvres. Elle fait des tourniquets avec ses bras dans le canapé. Ou bien c’est des moulinés. Lulu est pas fixée là-dessus, elle est juste indignée et on sait pas pourquoi. Personne nous expliquera la vie de Lulu. Faudra improviser. Personne sait ce qui se passe à l’intérieur de Lulu. Personne cherche à savoir non plus. C’est pour tout le monde pareil. Chacun dans son petit monde fermé à double tour. On saura jamais rien de la vie de Lulu. Sauf qu’elle parle dans sa tête et qu’elle est seule. Aujourd’hui elle a encore mangé seule. C’est pas une vie de manger tout seul. Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour plus manger seule. Il faudrait lire des livres. Mais combien de temps elle va durer Lulu avec les livres. Combien de temps ça va durer les livres dans la vie à Lulu. Ça dure qu’un temps la lecture. À un moment donné on aura plus de livre ou alors on n’en voudra plus. On voudra plus lire se dit Lulu dans sa tête. La littérature ça suffit se dit Lulu. De toute façon y a rien dans la littérature. Vous regardez la littérature à la bibliothèque. Mais y a rien sur la littérature dans les bibliothèques. C’est que des bouquins à lire. À lire bêtement. Où on s’emmerde fermement. Voilà ce qu’elle dit la littérature à Lulu. Lulu a lu mais elle veut plus. Allez vous emmerder ailleurs les livres. Elle veut plus s’emmerder avec la littérature Lulu. Elle veut se reposer. Elle veut regarder le ciel. Elle va aller tailler ses troènes. Retailler les arbres. C’est une obsession chez Lulu de tout tailler. De tout couper. Même ses arbres. Parfois elle fait pousser des arbres pour après les zigouiller peu après. Peu après elle zigouille tout Lulu. Après avoir laissé poussé. Et après elle se repose d’avoir tout zigouillé. C’est comme ça. Elle écrit pas. Elle zigouille. Et puis elle regarde la télé. La télé c’est la vérité à Lulu. La vérité n’est pas bonne à dire. La vérité est souvent cachée pense Lulu. Elle se cache dans la télé la vérité. Elle se cache plus dans la télé que dans la réalité la vérité. Car la réalité est plus éloignée de la vérité quoi qu’on pense. Car quoi qu’on pense la vérité ne sais plus où se cacher. Alors dans la télé elle se cache bien se dit Lulu. La télé c’est comme moi dans ma tête. Moi dans ma tête c’est l’émission en continue mais sans programme. Je décide pas à l’avance à quoi je vais penser. Là j’ai pensé à aller nettoyer la tombe. Les lettres sont effacées. On voit plus rien. Faudrait peinturlurer la plaque. Mais ils nous rasent avec leurs mots en lettres dorées. Faut une tombe sans rien. Nettoyée au javel et puis nous y voilà. Avec leur véritables viéseries pour vieux. Qu’ils aillent voir la vérité chez les Grecs les vieux. Qu’ils aillent goûter la nature ailleurs que chez nous. Elle est allergique aux vieux la vieille. Quand on l’a mise au mouroir c’est ce qu’elle disait Lulu. J’ai rien à foutre avec ces vieux qui bavent. Et elle regardait longuement à la fenêtre. On y voyait des troènes et des bancs sans vieux dessus. Jamais un vieux qui passe par là. Il y a pourtant un crématorium à côté. Jamais j’irais au crématoire pour vieux dit-elle. J’ai mon emplacement réservé à côté d’EGFLDPR. Autour de nous il y aura des troènes. Un grand rectangle qui entoure le voisinage et nous dessous. Dessous les fleurs fânées les cailloux et l’herbe.

 

Aujourd’hui elle ne veut pas de musique. Elle veut lire un livre sans musique. Le livre qu’elle lit est trop musical dit-elle. Il lui faut un livre muet. Ou plutôt un texte qui parle mais qui l’emporte pas. Comme un roman peut emporter. Pas n’importe quel roman. Pas n’importe quel texte chargé musicalement. Pas de ces romans à la fausse musique. Elle ne lit pas ça. Elle lit rarement des romans d’ailleurs. Elle lit plutôt des textes poétiques. Des textes qui ont à voir avec la poésie. La poésie qui emporte tout. Elle ne veut pas être emporter là. Elle lit juste un texte. Un livre est un texte dit-elle. Un livre est une masse de textes. Une masse inerte. Un mouvement sur lui-même. Un retournement sur sa propre masse. Un livre est un tas d’où sort une musique. Une petite musique qui lui reste après. Elle ne veut pas de ça. Elle va donc mater un film. Un film muet pourquoi pas. C’est plus approchant le muet que le parlant. Plus approchant mais pas complètement. Il lui manque quand même le texte. Mais le texte est trop pour elle. Elle veut lire mais dès qu’elle lit elle entend trop la musique. Et là elle ne peut pas car il ne lui faudrait que cette musique. Mais il y a d’autres musiques où elle se trouve. Des musiques qui ne sortent pas des livres qu’elle lit. Elle ne lit pas d’ailleurs. Elle dit j’écoute. Quand je lis j’écoute plus que je ne lis. Et donc si je ne peux écouter ce que je lis je préfère regarder un film ou lire un texte sans musique et sans rien. Sans rien dedans qui fasse bouger en tout cas. Sans rien qui fasse que tous mes sens sont en éveil dit-elle. C’est ça que le livre fait. Il fait son mouvement en moi. C’est moi qui vit le texte pas le livre. C’est l’écrit qui se passe du livre. L’écrit peut enfin aller dehors. Il va en moi. Il pousse dedans. C’est là qu’il trouve enfin sa musique le livre. Car c’est là qu’il sent qu’il est enfin écouté et non lu. On fait que lire au final dit-elle. Quand on regarde un film on lit aussi. C’est-à-dire qu’on fait tas. On est dans son tas lisant. Le livre lui ne rentre pas. Ne fait pas sa musique en nous dit-elle. Le livre est un film qui reste en lui et nous en nous. Sans lien entre les deux. Sans lien que le tas dans lequel sommeille toute musique. Tandis que le livre réveille la musique en moi. C’est moi qui était musical avant de faire tas dit-elle. Un gros tas sourd à toute poésie. Un corps sourd à tout mouvement et à toute danse. Un corps fermé à toute musique. Aujourd’hui je fais tas dit-elle. Je reste chez moi. Dans mon corps-tas. Je ne lis pas de texte-mouvement. Je n’écoute pas ma danse en moi. Je reste là. À entasser dedans les images. Comme des grosses pâtes à chien.

le père ancien

le père ancien qui perle en moi
le père en moi la mère serine la plaine
et le terreau tout blanc du corps taiseux
de père à moi la mère qui plaint
le peu de poids en dedans d’elle ça parle
le plein de mère en terre de bouche
et la pliure de nos rideaux sur l’horizon
comme une peinture de porte le père
à poil cachant son grand séquin la pomme
de vieille baignoire du bleu qui penche
à la pensée pleine d’odeurs avec le père au loin
et son toubac qui monte au gris des plinthes
de bois repeints d’ourlets volants les velours
lourd mon œil au-dessus des plantes la lune entre
les pins le père en maillot de corps derrière
sa verte brouette brouillerie la bête
sur les pans de murs les plans des pentes
au cordeau rembobiner le linge pendu
volant le temps qui reste en moi
comme un grenier mais encore quoi y voir
dans toutes ces mottes de terre là

 

 le père au loin la main sereine le ciel du matin
réveil sa peine au goutte à goutte le nez qui mouche
refrain dedans la main l’éther et les nuées le dé
à coudre avec son gant de toilette le père
et ses vieux nerfs dans les noisetiers les nèfles
et pommes en espalier pêchers les cerisiers tardifs
au couchant le verger au levant les doryphores
et la bèche dans le champ retournée sur la tête
tandis que le curé avec la mère il vient pour les aubes
la honte à être devant le savoir les poires avec des vers
dedans comme deux cadavres m’entourent ils dorment
sur les cailloux la pelouse et sous la haie
prennent l’air dans la cabane en acier poireautent
sur les briques rouges et le toit ondulé sous la chaleur
les paroles s’amenuisent et les souvenirs dents
pourries comme ces trous d’yeux sans les pleurs
mais l’attente bête demeure les pieds posés les bras
qui longent le rien en moi sans la bileuse manie
me perce le père sait moins ce qui nous parle
comme en deçà de moi et de mes mots rigor
mortibus la mère en son rire gelé la bouche
cousue mouchoir dessus le chagrin jusqu’aux racines
de fer blanc le banc et les transats maintenant
 pour asseoir qui au juste dessus 

 

j’ai fait ce rêve du père il erre dedans cette ruine
intime la nuit titube les soucoupes pleines
d’une ancienne pluie déjeune de pots des gravats
la terre sous l’air plombé la mère son absence
et ce foin dans la tête gros silence noué
et aucune route autour mais des carreaux
et du verre tout ça plié en dedans comme la boue
de ses pas en les trous de l’escalier et sous
la poussière à quoi bon rechercher un des corps
la stupeur seule remue vers le ciel ondulé les tôles
en bas les bâches sur l’allée le tronc du pin
charrié les gravillons son dentier et le jour entre
les plaques retombe sur la butte des asperges
petite forêt emberlificotée de tuyaux crevés manche
et perche bouffés aux vers dans le carin sa bêche au
loche logis taiseux la buanderie de rouille
et d’os en joujou périmé vivant dans l’odeur
de cendrier froid toujours le baigneur oliver
fait cligner son trou d’yeu

 

tout un peuplement avec tête de poupée bout
d’assiette et soldat allemand les bras fondus
cuillère pliée roue dentée os en plastique plume
de flèche balles à blanc du frère un vrai cimetière
dedans avec le vent aussi qui bat les arbres la pluie
sur les pavés le demi-course puis le beau temps
les cieux chargés jusqu’aux deux arbres les blés maïs
ballots et barbelés ballons frappés bidons
cognés rasette groët binette et le voisin son patois
sur le père lambine et moi dedans tournis la mère
enjambe les pots jus d’herbes la bile et là bibli
pliée dedans mémère la clope au bec trottine
d’une brasse au-dessus le père se pose obus
cuivré centons parlottes aux frères devant l’écran
ça crache canette au sol sœurette macache
et l’araignée planquée sous la télé carrelage
lentement je vois le poing dans le bide et là
marrante ma tante en dernière née des mortes
aspire le tuyau dans le cou casse les os tandis
que la belle-mère ramasse carcasse la mère
au croupion manchon mémère c’est l’aile ou bien
la cuisse pour le fils un pilon le père qui lui préfère
toujours son p’tit bout d’blanc

 

je me souviens du père au loin le plein
d’une porte en chemin vers l’horizon
des bouches rapiécées la terre en dedans
ses yeux tout blanc la sœur en boule
sur moi crachat lunettes baissées béret
sous-verre zéro sourire sur ces cris le chat
au robinet tapisseries mornes tous assis
regards absents des frères mains en croix
posées prière et puis hors la chambre lumière
du père ouvrier pinard ouvert à caromb loin
de cambrai aix-en-provence le mont ventoux
apéro puis retour lessiveuse noirs les nuages
la gare abandonnée marcher dans les égouts
vers l’usine en ruine la cave les marques
de suie dans l’escalier carrelage le tapis
sous le pied le courant d’air et caillou coincé
dans la porte les marches en béton congères
sur tous ces gens qui même depuis le vivant
esquivaient tout le parler

 

 

tu aurais mieux fait de te taire dit la mère
devant l’écriture la cuve à gaz elle penche
à la haie hostile au regard versus ma main
qui raboulotte l’oiseau sur son plomb il danse
près les baies toxiques terrasse une tuile
fortuite sur un tombeau de cailloux tourbe où
plier ainsi le temps musèle tout la penser
gavée de terre et devenue fossile en ma tête
le sang qui monte vers comment pourquoi la vie
possible à faire la morte et ces mouvements
du dehors à dedans réunions des sourires
pétris de gens aux fenêtres et dans les rues
cet allant dans les pierres aujourd’hui
les vivants comme ensevelis de souvenirs
présent crevé canton tronçonné l’autoroute
absents les voisins des pins coupés mes pas
dans l’église sans jamais y revenir remonter
juste la rue maison vendue horizon zéro haie
ni bestiaux et la pâture en lotissement mais là
encore le temps poireaute en moi

 

père au jardin le voir d’en haut photo
en noir penché ratisse un chapeau blanc
derrière lui arbre méconnu puis la ligne
des vaches vers l’abreuvoir champignons
et bouses aller aux buissons lointains
cachés bruits des camions à toute blinde
sur les plaques ajourées sauter les blés
maïs une butte et le chemin pavé l’écho
de grand-mère sur le pont redescendre
vers la chapelle du cimetière puis aller
aux sept douleurs par le canal moulin
sous l’usine sentir l’essence en flaque
tas de charbons aux marais un cheval
comme un perdu courir une clope au calvaire
le péage à vélo longer la pluie barbelés
le ruisseau clôture coupée lapins furets
lâchés le son des balles sur la grange
à jeannot toit troué petit pâté le café
chez bédu un flipper le dimanche ducasse
au terrain de tennis trouver des os la main
de poupée ma sœur devant le monument
aux morts école communale puis remonter
la rue salengro passer par les soupirails
des maisons aux fleurs tombales et saluer
les voisins disparus leur enfant tout sourire
qui chaque matin mangeait sa propre merde

  

 

et elle où sont ses phrases ses menues pensées ici
en ce cimetière où tomber sans mot dedans ni odeur
un rectangle gris écritures effacées retour enfin
canal puis abreuvoir voyette murets pâture le père
au teint de brique cuite son cendrier laiton
ses pots de poilus la mère centons canette un fil
entre la bouche ses yeux tout ronds sortis les deux
se pistent du garage à la cuisine à chacun sa danse
ses propos l’un part l’autre au silence puis derrière
les rideaux blancs épais aux fleurs tissées blanches
et la lumière qui éclate sur les vitres l'arbre
lui se frotte contre les briques les bourgeons
doux comme du tissus bourdons la haie qui part droit
sur la route et le petit arbuste à contourner
avec la tondeuse dont le couvercle est un seau
en plastique faire ainsi au mieux puis ensuite
le tendre entre ces rosiers sans rose foutus cailloux
dans la mémoire ne pas bloquer sa respiration relâcher
tout les rayons nous brûlent la face regards plissés
sourire en forme de décapsuleur et cette gentillesse
sauvage déjà trompée au bout de quelques rues

 

 

Gaëlle Théval : La poésie sur YouTube, la poésie dans la vie : les vidéoperformances de Charles Pennequin

Analyse critique de Gaëlle Théval sur le site Fabula en rapport au colloque virtuel : La littératube: une nouvelle écriture ?

!!! Charles Pennequin : poésie tapage - Colloque DE NOVEMBRE 2020 – Université Jean Moulin - Lyon 3 !!!

Annonce officielle du colloque Charles Pennequin sur le site Fabula

TAPAGE

je tape je tape. Je m'arrête pas de taper. Je tape je fais du tapage je suis en train de taper dans la nuit, c’est du tapage nocturne comme on dit, on dit que je tape nuitamment et bruyamment, mais pas tant que ça, c’est du tapage qui est un petit tapage mais qui peut faire du bruit, c’est du tapage qui demande à développer son bruit, un tapage nocturne pour faire bouger les lignes, c’est ça qu’il faut développer dans l’écrit, un saut de lignes, que les lignes soient toutes sens dessus dessous, que les lignes ne soient plus ou qu’il y ait des lignes mais que celles-ci ne désignent rien, aucune direction à prendre, le tapage est un tapage gratuit, un tapage juste pour taper et faire bouger les lignes de la parole, voilà ce qu’il faut un bon bougeage dans le parler, que tout le parler soit bousculé jusqu’à ce que ça fasse un énorme bruit dans la ligne, que le bruit se développe, qu’il fasse enfler le tapage, que tout ce qui est autour soit pris, soit roulé, soit emmené et plié, que tout l’alentour soit arraché, vidé et remplacé par le tapage, qu’il n’y ait plus que le tapage, que le tapage désigne tout, que tout soit au nom de ce tapage-là, et pas d’un autre, que ça vienne pas d’un petit tapage, un tapage rikiki qui fait rien bouger, que le tapage soit un bon tapage nocturne et que même le nocturne soit aussi le jour, qu’on ne sache plus quel mot désigner pour dire qu’il fait jour ou pour dire qu’il fait nuit, qu’on dise simplement qu’il fait tapage en ce moment, que dans ce petit coin d’existence là, tout marche au tapage,