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Gaëlle Théval : La poésie sur YouTube, la poésie dans la vie : les vidéoperformances de Charles Pennequin

Analyse critique de Gaëlle Théval sur le site Fabula en rapport au colloque virtuel : La littératube: une nouvelle écriture ?

!!! Charles Pennequin : poésie tapage - Colloque du 23-24 avril 2020 – Université Jean Moulin - Lyon 3 !!!

Annonce officielle du colloque Charles Pennequin sur le site Fabula

tout est rock!

Pour moi, tous les artistes, les plus grands, ont toujours été des rockers. Pour moi les plus grands penseurs, les grands artistes, les plus grands poètes ou musiciens, les grands compositeurs, les plus grands inventeurs, les plus grands mélomanes et les plus grands amoureux aussi, ce sont tous des rockers. Je les pense comme des grands rockers qui ont pris des chemins différents. Au départ c’était des rockers, puis les siècles venants, on les a pris pour des penseurs, des inventeurs, des grands scientifiques. Comme Newton, par exemple. Newton est avant tout un rocker au jeu super inventif, mais le temps ne lui a pas donné raison. Marie Curie aussi est une rockeuse. Marie Curie c’est la cold-wave de l’atome ! Et dans la peinture par exemple, Piero Della Francesca c’est un punk au tout début, puis on pense que non, c’est juste un peintre. Idem pour le Caravage : c’était avant tout un idéaliste et un obsédé de rock’n’roll, mais à l’époque on le prend pour un fou. D’ailleurs les fous sont aussi de grands rockers. Les grands hommes politiques. Les grands hommes politiques sont des fous réincarnés et au départ Gengis Kahn est un super guitariste avant d’être un envahisseur. Néron et César, même combat (rock !), ils étaient dans un groupe avant de vouloir brûler Rome ou de franchir le Rubicon. Tout comme Napoléon, il était avant tout une star du rock et ses groupies étaient les grognards ! Et Jeanne Darc, c’est Joy Division durant la guerre de Cent-ans. Tout est rock’n’roll dans l’histoire, même Michelet est super rock, mais lui c’est un putain de critique-rock ! il vous taillait un costard pour l’hiver The Michelet ! Il faut jamais oublier que tout était rock avant qu’il y ait des séparations dans les genres ; regardons de près la vie de Platon et on verra bien qu’il a été inspiré par le plus grand des rockers qui s’est suicidé avant même de clouter son nom sur un blouson de cuir. Socrate, c’est Sid Vicious mêlé à Syd Barrett puissance mille ! Et ainsi toute la philo des temps les plus reculés, c’est digne de toute la discographie de Can. J’ai toujours pensé ça, car quand on voit les futuristes, c’est la No Wave avant l’heure. La poésie-action et les actionnistes viennois, c’est du black-metal ou alors je comprends plus rien. Et Fluxus ? Ils sont toujours dans le game, même s’ils font plus d’albums. Et tous les peintres c’est pareil, les cubistes c’est les Pixies et Nirvana réunis, et plus j’y pense et plus Support-surface me fait penser à un Trust intello, Trust antisocial et zéro compromission ! Et BMPT, les allemands de Einstürzende Neubauten. Mais tout ça bien avant ceux qui prétendent faire du rock, au final. Le rock’n’roll, c’est avant même qu’on fasse du rock. Le rock c’est bien avant les humains de tout façon. Le rock’n’roll c’est la vie même. Car c’est la vie même qui est rock’n’roll et rien d’autre. The Life avec dedans The Nature, c’est ça le rock pur. Les combos plantes et les combos animaux, c’est eux les plus grands rockers de l’univers, avec les pierres.

Et oui : Les pierres, ce sont les grandes oubliées de l’histoire du rock !

TAPAGE

je tape je tape. Je m'arrête pas de taper. Je tape je fais du tapage je suis en train de taper dans la nuit, c’est du tapage nocturne comme on dit, on dit que je tape nuitamment et bruyamment, mais pas tant que ça, c’est du tapage qui est un petit tapage mais qui peut faire du bruit, c’est du tapage qui demande à développer son bruit, un tapage nocturne pour faire bouger les lignes, c’est ça qu’il faut développer dans l’écrit, un saut de lignes, que les lignes soient toutes sens dessus dessous, que les lignes ne soient plus ou qu’il y ait des lignes mais que celles-ci ne désignent rien, aucune direction à prendre, le tapage est un tapage gratuit, un tapage juste pour taper et faire bouger les lignes de la parole, voilà ce qu’il faut un bon bougeage dans le parler, que tout le parler soit bousculé jusqu’à ce que ça fasse un énorme bruit dans la ligne, que le bruit se développe, qu’il fasse enfler le tapage, que tout ce qui est autour soit pris, soit roulé, soit emmené et plié, que tout l’alentour soit arraché, vidé et remplacé par le tapage, qu’il n’y ait plus que le tapage, que le tapage désigne tout, que tout soit au nom de ce tapage-là, et pas d’un autre, que ça vienne pas d’un petit tapage, un tapage rikiki qui fait rien bouger, que le tapage soit un bon tapage nocturne et que même le nocturne soit aussi le jour, qu’on ne sache plus quel mot désigner pour dire qu’il fait jour ou pour dire qu’il fait nuit, qu’on dise simplement qu’il fait tapage en ce moment, que dans ce petit coin d’existence là, tout marche au tapage,

en pensant à Eric Duyckaerts

Le poète est tombé dans l’escalier, il est tombé dehors puis dans l’escalier, ce n’est pas le premier escalier que prend le poète, il en a pris plein et il est tombé plein de fois dedans, comme il est tombé aussi dehors, il est tombé à plat au dehors comme au dedans, il est tombé plein de fois comme ça, en s’étalant, le poète s’est étalé sur le sol ou sur les marches, il a glissé, il a dérapé, il s’est regardé tomber tout droit, personne ne pouvait jamais le retenir, car il tombait toujours au moment où on ne faisait plus attention à lui, dès que les gens avaient le dos tourné il tombait, dès que les gens tournaient leur regard ailleurs, il en profitait pour tomber sur le sol, ce n’est même pas lui qui tombait, c’était eux, c’était les gens en lui qui tombaient, ils tombaient de lui car c’est lui qui ne les soutenait plus, il avait déjà du mal à les soutenir mais quand les gens ne le regardaient plus le poète voulait se débarrasser d’eux alors il tombait à plat sur le sol ou dans l’escalier, dès que quelqu’un détournait son regard, il suffisait qu’il y en ait qu’un qui ne le regarde plus et hop ! le poète en profitait pour faire patatras, il faisait patatras et alors tout le monde se rassemblait pour le ramasser, il fallait toujours être à plusieurs pour le ramasser et pour le soutenir, mais en vérité ce que ne savaient pas les gens c’est que c’est lui, le poète, qui soutenait tous ces gens, il n’en pouvait plus de tout soutenir alors dès qu’il pouvait se dérober aux regards il se carapatait vers le sol, dès que plus personne ne prêtait attention à lui il faisait patatras, c’était le poète du patatras, c’est comme ça qu’on l’appelait car dès qu’il arrivait quelque part on savait qu’à un moment donné il ferait patatras et que quelqu’un serait là pour le soulever, souvent il y avait des amis à lui qui le soutenait, parfois il pouvait parcourir des kilomètres en étant soutenu par des amis proches, mais dès que ses amis faisaient faux bond alors il réalisait un vrai bond sur le sol, mais ce n’est pas vraiment lui qui pratiquait cette glissade mais la vie, c’était la vie même qui voulait la glissade, car le poète soutenait aussi la vie à longueur de temps, il la soutenait plus que n’importe qui et donc ça n’était parfois plus supportable de soutenir à ce point la vie en lui, il lui fallait tomber comme une marionnette, comme s’il était devenu un pantin et à un pantin on ne demande pas d’être vivant, à un pantin on ne demande pas de vivre continuellement, c’est pour ça que souvent le poète voulait jouer au pantin qui ne soutient plus rien même pas la vie, car la vie pouvait vivre ailleurs hors de lui, elle pouvait prendre son envol et laisser le poète se ratatiner où bon lui semble, c’est ça qu’il voulait parfois le poète, laisser entrer le ratatinement en lui, le ratatinement de tous les autres mais aussi de la vie même.