Le théâtre est la commercialisation de la pensée et de la poésie, le théâtre ce n’est pas interroger réellement les gens qui ne sont pas là. Ce qui ne sont pas venus au spectacle ne sont pas intérrogés, et c’est là le drame, le drame théâtral se noue dans le fait qu’il fige la représentation. Il interprète la pensée, la poésie, les actes, la vie. Interprétation = mensonge. Que font ceux qui sont rentrés voir le spectacle ? Comment sont-ils entrés ? Pourquoi il y a tous ces gens dehors ? Pourquoi les gens dehors ne sont pas rentrés ? Comment sont les gens dehors ? Sont ils pareils lorsqu’ils sont rentrés ? Pourquoi sont-ils rentrés et comment et qu’ont-ils avec eux de dehors ? Qu’ont-ils avec eux du dehors et des gens qui ne sont pas rentrés ? Ce ne sont pas du tout les questions du théâtre, ou alors ce sont des questions que nous allons traiter avec une voix spécial et un décor tout spécial, avec toute la spécialité lumineuse du théâtre et avec toute la spécificité spéciale de la représentation des corps, des gestes et des paroles spéciaux de ces corps, et que nous allons même dire « tout ça c’est du corps », c’est-à-dire un pousse-à-l’entassement, comme du « pousse au vice » ou « pousse au crime ». Tout ça c’est déjà des formules d’entassement et de mise en bière pour la vie et la pensée. Tout le théâtre renferme en lui seul ce qui est contre la vie. Car il n’interroge pas du tout ce qui ne foutra jamais les pieds dans son théâtre. Tout ce qui ne fout pas les pieds dans le théâtre est simplement la vie. Le spectacle rentre, les spectateurs rentrent, tout le monde est rentré sauf le plus important, c’est-à-dire la vie. Alors, tout théâtre devrait déjà faire avec le vide de la vie. La vie devrait être sa cible manquante, son spectateur inerte, son public impossible et toujours absent, et il devrait arrêter avec ses formules fausses, ses formules qui chassent la vie à pleine main. Il n’y a pas de vie qui passe dans le théâtre, il n’y a que des formules d’entassement à pleine main et de la technique plein la vue. Même le noir est une technique pour nous en foutre plein la vue. Il n’y a même pas besoin des dernières trouvailles du théâtre pour faire semblant de coller au contemporain, le grain de la voix nue et la lumière minimale sont déjà des techniques éprouvées pour nous en foutre plein la vue. Seulement le théâtre ne sait dire que les absents ont toujours tort, alors que c’est le contraire, c’est le théâtre qui a tort et les absents qui ont raison de s’absenter.