Lou Ravi monte sur les plaques. Ce sont des plaques ajourées qui entourent le jardin. Lou Ravi monte dessus et marche tout autour du jardin. Lou Ravi surplombe les pommiers nains. Lou Ravi voit la forêt d’asperge et passe près du pêcher. Lou Ravi saute dans le champ du voisin ; c’est un fermier et c’est l’année où il plante du maïs. Lou Ravi se cache dans le champ et puis poursuit sa route vers le talus. Là, il y a un autre champ. C’est du blé qui arrive à maturité. Lou Ravi longe le jardin du voisin. Le soleil se découvre. Il y a un avion qui passe ; la base aérienne n’est pas trop loin et parfois on les voit voler en rase-motte le long des pâtures. Lou Ravi continue sa progression, jusqu’à descendre la rive. Il y a là un champ encore non cultivé. La terre est fraîchement retournée et Lou Ravi entend un claquement de fusil au loin. Son oncle est parti avec son chien. Lou Ravi va peut-être voir des chasseurs, mais en général ils sont de l’autre côté. Lou Ravi monte sur les premiers barbelés. Sa sœur me regarde à travers la fenêtre, elle sait que Lou Ravi se dirige vers les deux arbres ; sa fenêtre surplombe la campagne et elle peut ainsi me surveiller au loin. Lou Ravi est dans la première pâture, il y quelques vaches paisibles qui le regardent. Lou Ravi va peut-être croiser sa tante dans les parages, car elle est sortie pour les champignons. Le ciel est maintenant bien bleu, Lou Ravi le voit monter depuis l’autoroute. Les deux arbres sont plus très loin. Lou Ravi va aller jusque l’autoroute et se faufiler en dessous, dans un trou d’évacuation. C’est là qu’on passe en général pour aller au village voisin. Le soleil est de plus en plus chaud. Lou Ravi se faufile dans ce trou sous l’autoroute. Il entend le bruit sourd des voitures. Ma sœur sort de sa chambre et descendre de l’escalier, elle sait que Lou Ravi va se faufiler dans le trou de l’autoroute. Elle va courir le long du chemin pavé. Elle va courir sur le chemin. Elle va croiser grand-mère. Elle va entendre l’écho du village voisin. Elle va monter sur la rive et atteindre les deux seuls arbres de cette campagne toute plate. Elle va courir dans les champs de blé. La luzerne. Les pâtures. peut-être va-t-elle devoir passer entre les trous des vieux barbelés, puis courir vers l’autoroute, mais Lou Ravi sera déjà de l’autre côté, à chercher des champignons avec les grands-parents et avec tante Marthe. Lou Ravi sera déjà avec zorro, le chien de l’oncle jean. Il chassera la perdrix. Lou Ravi sera déjà parti en reconnaissance, loin du trou de l’autoroute.

 

Nous voulons du chaud. Que l’on crève de chaud. Qu’il n’y ait plus que ça. La chaleur. Que ça nous prenne bien au corps. Que la chaleur nous enveloppe. Que la chaleur nous protège. Nous avons toujours voulu ça et de plus en plus. Plus ça viendra et plus on aura chaud. Plus ça viendra et plus la volonté d’avoir chaud s’étalera partout. Plus ça viendra et plus la chaleur nous couvrira toute part. C’est nous qui le voulons. Nous et nous seuls. Nous voulons vivre où ça chauffe. Où ça bouillonne. C’est notre volonté. Personne ne peut contredire cela. C’est une volonté commune de bouillonner. Que tout le monde ait tout le temps chaud. Chaud à en crever même. Que la chaleur soit éreintante. Étouffante. Que la chaleur nous écrase. Que l’on soit tous à cuire dans notre coin. Que chacun veuille ça au plus profond de lui. Ce n’est d’ailleurs plus un secret pour personne. Que ça nous chauffe de près. Que ça vienne sur tout le corps. Qu’on soit rompu à l’exercice de la chaleur intense. Que cette excessive chaleur nous grise. Jusqu’à l’épuisement. Mais tant pis. Le monde l’aura voulu. Nous voulons cuire. Nous voulons la cuisson des corps. Que ça nous brûle au dehors et aussi en dedans. Que tout ne soit plus que chair cuite. Que l’espace même soit notre four commun. Qu’on ne soit plus que dans cette brûlure permanente à ne plus respirer. Que ça nous crame littéralement et pour des générations. Que l’on ne soit plus que des générations de têtes brûlées. Et pas seulement les têtes. Pas seulement les corps. Pas seulement notre être ou notre âme. Que tout l’environ nous ressemble. Qu’il  soit aussi dans la même fournaise. Que tout soit enveloppé et ne fasse plus qu’un. Que tout soit rendu à nous-même et que nous soyons l’épicentre de la cendre.