Jésus était dans la ville. Il faisait chaud, les rues étaient sales, il marchait sans arrêt, jésus tournait sans savoir où il allait exactement. Il n’avait rien fait de spécial aujourd’hui Jésus, il marchait depuis un moment dans cette ville au bord de la mer. Il cherchait sans doute quelque chose, il avançait tête baissée, on aurait dit qu’il était dans ses pensées. Il tournait et tournait, prenait n’importe quelle rue, pourvu qu’elle soit petite, mais il aimait aussi les grandes, il trouvait cependant que dans les grandes ce n’était pas facile de se déplacer, dans les plus petites encore moins cela dit, se disait Jésus, il n’est jamais facile de se déplacer, il y a toujours des marchands, des déplacements autres, des encombrements de toutes sortes, quels genres d’encombrements ? ça n’importait pas, Jésus ne regardait rien, il était dans sa tête comme on dit, il ne levait jamais les yeux au ciel, il s’en foutait du ciel, quel temps il fait, où est-ce qu’on va, ça ne l’importait pas, il ne regardait jamais l’architecture non plus, pourquoi se soucier des immeubles ? se demandait Jésus. Moi je suis un bougeant, je suis un marcheur, et pas un marchand, les marchands sont maintenant des sédentaires, ils ont leur place, ce sont des assis, moi je continue à rentrer dans l’air, je marche sans savoir, je me fie des lois. Jésus aurait voulu tout renouveler, car tout était à redéfinir, il fallait changer tout ça, toute cette ville, il pensait Jésus, qu’en tournant sans cesse dans cette ville, il finirait par changer quelque chose au bruit de la ville, ou alors à ses odeurs, à ses manières de parler, de se déplacer, il changerait la lumière ou la nuit de la ville, il ne sait pas ce qu’il changerait en premier, mais lui déjà il avait changé, ça allait beaucoup mieux, son docteur lui avait dit qu’il fallait faire de la marche, alors il ne s’était pas fait prier ! allons-y, marchons, advienne que pourra ! jésus croit en sa bonne étoile. Il croit, c’est tout. C’est-à-dire qu’il marche.

Je suis bien dit jésus, l'euphorie le gagne , ce n'est pas bon cependant, il faut se garder d’être euphorique, il faut raison garder, a chaque fois que je suis euphorique ça me retombe dessus, tout le corps l'âme, tout me retombe en travers, je suis après comme un zombie d'avoir trop jouit librement de mon état, je suis dans la rue je suis libre, je suis dans un état libre mais il me faut ne pas être totalement euphorique et calmer mon enthousiasme, le risque d'insurrection est plutôt moyen ces jours-ci, ma propre insurrection déjà, je veux dire : ma volonté de dépassement, ma révolte, il faut plutôt voir les choses au rabais malgré l'enthousiasme qui nous gagne dit Jésus, le risque d'insurrection tend même à fléchir, alors que je suis apparemment totalement révolté contre moi même, mais il faut raison garder, car la chute est à venir, nous n'avons bien souvent que des promesses de chutes, dit Jésus. L'euphorie, c'est sentir tous les possibles du corps et de l'âme. Toute la possibilité et se mêler à l'air ambiant. Être une ambiance, plutôt qu'un fait. L'euphorie doit rester anodine, pour passer inaperçu face a moi même et cette volonté indécrottable de s'abattre, en chute libre dans les commentaires de tous, les fameux élans communs.

Tout à coup il eu cette phrase qui lui vint à la suite, une petite phrase qui le poursuivait et qu'il construisait patiemment dans la tête et cela le fit rougir de honte. Il avait suffit uniquement de cette petite phrase qui ne sorti même pas de son esprit, mais qu'il avait élaboré avec acharnement pendant un bon petit moment et qui ressemblait à un aphorisme, pour lui gâcher la journée. Car à cause d'elle, il se rendit compte, tout jésus qu'il était, qu'il ne dépassait guère les opinions malheureuses de ses contemporains : "Cet homme était perclus de croyance, en tout cas il était perclus de quelque chose, on le subodorait, et ça empestait le fennec à la ronde".