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la 3ème main

ça a déjà été fait

La Vérité boule de poils

L’écrit dessine un corps. L’écrit poursuit un corps à travers la langue. À travers les phrases. À travers le parler l’écrit poursuit un corps. Le parler est dans l’écrit comme un corps qui bouge. Le corps s’agite dans l’écrit. L’écrit bouge comme un mort qui remue encore. C’est comme l’appareillage d’un mort. Le corps décolle dans l’écrit. Comme un appareil prêt à décoller l’écrit veut voir le corps bouger. Il fait bouger de l’humain en dedans. L’humain qui bouge dans ses silences. En dedans de sa vérité de silences. En dedans de ce qui ne sera jamais des phrases. Qui ne sera jamais du sens. Il veut frayer dedans grâce à l’appareillage l’écrit. Le corps devient un appareil pour l’écrit. L’écrit lui donne une autre vérité qui passe entre les lignes. Entre les sens. Entre le naturel et le non naturel. L’écrit donne dans le non-naturel du naturel. L’écrit vient épuiser la nature dans le corps. Il échafaude des plans à travers ce qui n’est que poussée. Le corps pousse dans les phrases. Sous la dictée du réel le poussé demeure muet. Le poussé du corps va dans l’écrit. Il verse dans ce qui n’est plus du réel. C’est devenu un réel comme c’est devenu une nature. La main est redevenue naturelle après son passage par l’écrit. La bouche aussi. Mais la bouche pour l’écrivain est dans la main. Tout comme pour le peintre l’œil est dans la main. La main est secondée d’yeux pour la peinture tandis que la main de l’écrivain se retrouve parmi ses bouches non naturelles. Il y a des bouches de nature et des bouches de secondes mains. Les bouches de secondes mains sont les bouches inventées en écrivant. Ces bouches-là ont plus de poids que la bouche qui pousse dans les doigts silencieux de la main et dans les organes de la voix. Les organes n’ont rien à voir avec la voix. La voix n’existe que dans l’écrit de la main sur le papier. S’il n’y a pas de papier il n’y a pas de main ni de voix. Les mains sont des voix qui tracent dans le corps non-naturel du vivant. Mais le vivant devient celui qui a secondé la main nature avec ses voix qui s’agitent dans du papier. On ne peut pas faire vivre sa seconde main en dehors de l’écrit ou du dessin. L’écrit se dessine d’après la pensée et la pensée agite aussi la peinture. Que l’on soit peintre ou écrivain c’est avant tout la pensée qui est tirée pour dresser des lignes. Nous avons dressé le corps à devenir l’appareil de nos lignes de mains. Nous ne savons plus faire autrement qu’être en sous-main de nous-mêmes dans le naturel. La vie n’est que la vie d’un corps d’appareillage qui s’organise en phrases et en lignes. Le corps est dressé par la pensée qui est venue de la main et non depuis la tête. La tête est l’organe qui résiste le plus au non-naturel. C’est pour ça que la pensée est brisée par la main. Est contrainte. Est manipulée. On manipule nos dires dès qu’on pense. Parce qu’on manipule déjà la pensée en un tournemain. On manipule la vie rien qu’en ouvrant la bouche pour dire des vérités à nos mains. Les vérités restent dedans. Les vérités sont du nerf à interpréter par les bouches et les mains. On n’a rien à faire des vérités qui viendraient naturellement dans nos têtes par les nerfs. On n’a rien à faire des vérités naturelles qui poussent comme des choux dans des organes vivants. Des vérités qu’on prendrait dans la tête et donc en dehors des bouches manipulantes et des appareillages aux doigts. La vérité est molle. C’est un corps chou et mou. Tout comme n’importe quel organe d’ailleurs. Les organes chauds mous et choux. Ça ne donne aucune technicité. Alors que la vérité dans les mains manipulées c’est de la technicité. C’est la technicité même de comment dresser les idées. Comment se faire montreur d’idées. Comme une sorte de montreur d’ours. La vérité pousse des grognements et nous devons lui mettre une muselière. La muselière de l’ours-parleur au bout de la langue. C’est la muselière qui fera la vérité même. L’écrit c’est montrer un autre ours en soi même. L’écrit est une autre façon de faire le dos rond à ce qui se dit. Car ce qui se dit se prononce avec trop d’évidence et perd toujours sa vérité. Sa vérité reste muselée. C’est comme sa virginité la vérité pour l’écrit. Il perd sa vérité comme quand un animal crache une boule de poils. L’écrit recrache ses boules dans la langue de chacun de ses doigts. Ses doigts ne sont pas déjà dans ses doigts. Ses doigts sont appareillés depuis l’extérieur de ses mains. Ses mains ne sont pas non plus dans ses mains tout comme sa voix ne lui appartient pas. C’est tout un appareillage commuté à l’écrit et qui a été monté dans un corps dit « naturel ». C’est un corps en prêt. Un corps de nature prêté dans l’exercice du vivant pour écrire. C’est-à-dire faire semblant. Le corps fait semblant de coller à la vie avec de l’écrit. L’écrit comme patère. L’écrit ou le dessin comme des patères à la vérité-boule-de-poils.

 

 

écrit après ma rencontre avec le peintre Marcel Lubac

France déchue