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dieu au doigt (et pas à l'oeil)

Dieu n’est pas une vérité vivante, pour que la vérité soit vivante il ne faut pas de dieu, c’est pour ça que le concept de dieu n’est pas possible, parce qu’il n’est pas dans la vérité vraie, dieu, la vérité vraie qui fait vivre, qui fait avancer, car la vérité qui fait avancer progresse dans le mensonge, dans l’erreur, dieu ne peut pas être dans l’erreur, et l’erreur c’est le vivant, donc dieu n’es pas une vérité vraie qui vit, elle peut faire vivre la vérité vraie mais dans ce cas il faut des subterfuge, il faut des manières, il nous faut des choses qui rendent tout maniéré, il nous faut frayer avec la fausseté pour voir dieu, tout au moins pour le penser, et le penser c’est le représenter, on ne peut se projeter que dans la fausseté du voir, dans quelque chose qui éclate, car on veut faire éclater dieu mais dieu c’est le vide, dieu c’est l’absence, alors comment représenter l’absence, il nous faut nous remplir, c’est alors qu’on va trouver dieu en s’aidant des signes, en s’aidant des formes, en s’aidant des couleurs, il nous faut montrer dieu à nos yeux et à nos langues, alors que dieu n’est pas là, dieu n’a pas de visage, dieux n’a pas de langue, dieu a fuit par le vide, il nous a quitté dieu, il n’a fait que se quitter lui-même, avec dieu on n’est quitte que pour ne rien trouver, on cherche mais on ne trouve pas et si on dit qu’on ne cherche pas mais qu’on trouve, on ment, car il y a toujours la recherche dans dieu, il y a la trouvaille mais il faut nécessairement la recherche, il faut chercher dieu dans les détails, c’est pour cela qu’on y pense et qu’on agit, on ne pourrait trouver dieu sans y penser un peu, sans chercher dans les formes, les signes et les couleurs un petit peu, on cherche et même on se perd, on perd dieu, on ne trouve rien que la perte, la perte d’avoir cru trouver dieu, on ne trouve rien que dieu mais un dieu perdu, c’est pour cela que la recherche est plus nécessaire que la trouvaille, car même une recherche très rapide, même une recherche à la vitesse de la lumière nous fera plus sentir le goût de dieu que la trouvaille, car la trouvaille sera un agencement momentané de comment avoir perçu dieu, mais on ne l’a perçu que dans la recherche de lui, dans la fuite aussi, car plus nous fuyons dieu et plus nous le cherchons, et même plus nous le trouvons, ou plus exactement nous le trouvaillons, car la trouvaille est pas loin du travail, c’est le travail en creux, c’est le travail dans la quette creuse, le travail dans l’oubli du travail, le travail qui a troué toute envie de travailler, et la recherche c’est ce qui est le plus important dans le trouvaillage, c’est comme un cheminement, c’est comme si on avait fait le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, on n’en finit pas de crapahuter dans le paysage, on marche vers l’horizon inatteignable de la trouvaillette, et il ne faut donc jamais se séparer de la recherche, c’est-à-dire du brouillon, car le brouillon nous rapproche plus de la vérité que la vérité elle-même, la vérité qui est la trouvaillette, la vérité qui est un avenir bouché, comme quand on rentre dans un port alors qu’on voudrait être encore sur l’océan, qu’on voudrait encore naviguer dans la perte, qu’on voudrait s’oublier dans vastitude, qu’on voudrait ne plus rien sentir, ne plus rien voir, qu’on voudrait juste toucher au plus près, être au plus près du toucher, mais que le toucher est la dernière chose à laquelle on pense, on ne pense jamais à toucher dieu mais à le voir, on pense que voir c’est mieux parce qu’on a inventé des yeux, mais dieu n’a pas inventé nos yeux, ou alors il nous a fait une farce, il nous a fait une sale blague dieu, le regard c’est ce qui fait qu’on a encore plus manquer dieu, manquer dieu en croyant lui obéir, obéir au doigt et l’œil de la vue, il faut désobéir à dieu-la-vue et revenir à nos seuls doigts, seuls les doigts font le parcours de la recherche, ils cherchent l’image en touchant la vérité, comme une vieille peinture, comme on parcourt une vieille croûte, on parcourt la croûte en cherchant dieu, ou plutôt en prenant à rebours la recherche, en refaisant le chemin de la croûte, comme sur une terre aveugle, on cherche dieu avec nos mains, on le cherche sans plus le voir, car il n’est pas important de voir dieu, il est important de savoir, savoir que voir se fait sans la vue, que la vue est là pour nous rappeler qu’il y a un monde sans la vue et peut-être même sans dieu, que la vue est aussi ailleurs, tout comme dieu, que la vue est dans les signes que l’on touche, que la vue et les formes et même les couleurs sont dans le toucher, que les alignements existent par le toucher , que les marges aussi, que les remplissages on sent qu’on peut les toucher, qu’on peut toucher les mots même dans tout ce noir, qu’on peut toucher une vérité dans des phrases qu’on remplit, mais pas toutes, car dieu n’est pas dans toutes les phrases, mais qu’on peut toucher tout ça pour aller quelque part, en tâtonnant, jusqu’à ne plus croire en dieu, car de toute façon nous n’avons jamais cru en dieu, juste pour démarrer notre tâtonnements, c’est juste une clé dieu pour rouler le paysage, rouler la terre, rouler la vérité, avec nos doigts qui sont des sortes d’yeux, des tâtonnements d’yeux qu’on a au bout des doigts, car on n’a d’yeux que dans nos doigts, nos doigts comme des antennes aveugles, des antennes pour progresser comme des escargots, on tend nos membres au bout des doigts, on avance très lentement, on n’a d’yeux que sur le doigt, comme l’escargot lui porte sa maison sur le dos.

La voix, c'est notre accident

j'ai tous ces frères qui parlent comme moi, le même accent, les tremblements dans la voix, ces bizarres intonations qu'on possède, pour montrer qu'on ne possède pas, même ma soeur à cette voix qui redoute l'air tout autour, qui met du temps pour avancer, comme un âne qu'on voudrait sortir de l'enclos. Rien à faire le baudet est réticent, il ne veut rien fréquenter, ne pas user sa salive dans le monde courant. Rester à l'intérieur de sa propre voix, ses vacillements. Ces mêmes façons de s'écrouler à chaque moment où on avance une idée, et puis des silences trop long qui font croire qu'on réfléchit alors que parler nous a déjà démoli la cervelle.

casemate

Corps d'habitudes (notes pour l’Écriventure)

Notes sur l’Écriventure

Per-Jakez, le narrateur dit à la naissance du personnage, que c’est comme l’explorateur, alors qu’en réalité il s’agit de l’écrivain breton. Il y a ainsi une perte de mots, de désignation correcte, à l’opposé de ces mots que l’on désigne tout au long du livre il y en a aussi pas mal qui se perde dans la bataille du langage.

Per-Jakez c’est avec ce personnage qu’on passe à un autre niveau, ou un autre moment véritablement dans le livre. Per-Jakez, puis Lou Ravi, incarnent différentes choses, Pez-Jakez bien sûr c’est la Bretagne, mais aussi les familles du Nord le monde ouvrier, mais aussi les rêves en tant que flic que peut faire le personnage (quelqu’un dans la gendarmerie était surnommé ainsi). Per-Jakez c’est lui qui reprend l’enquête à son compte.

Ce qui convient c’est aussi d’épuiser le langage par moment, d’aller à sa perte, de partir de Per-Jakez, de ses souvenirs, de son enfance et puis de parcourir le langage sans plus réfléchir.

C’est comme ça que j’écris mes textes, sans savoir quelle direction prendre, être avalé par la parole, ne plus savoir si ce que je dis est réellement correct, réellement censé, si ce que je dis conduit à l’éloignement de la fin, c’est ça qui importe : s’éloigner de la fin du texte. Je lutte contre la fin du texte, l’écriture c’est ça, c’est trouver le moyen de continuer, de poursuivre la lutte contre la fin du texte.

Et donc en fait il ne faut pas se tromper de chemin, on prend de bonnes ou mauvaises options. Parfois il m’arrive de prendre une mauvaise route et c’en est fini de l’écriture, je suis dans une impasse, il y a des congères, la route est bloquée et j’ai du mal à faire demi-tour. Ça ne sert à rien, le texte est bon pour les oubliettes.

Ce qu’il faut c’est ne pas se souvenir de l’écriture, écrire loin de son corps, son corps nourri aux habitudes de la vie, de la vie du quotidien, son corps du quotidien, son corps qui n’a plus d’oreilles, qui n’a plus de cœur, n’a plus le souffle de l’écrit dedans

Et donc parfois je ne me souviens pas, quand je reviens au texte, je me souviens pas d’avoir écrit tel ou tel bloc de texte, et même je ne le comprends pas, parfois, c’est pour ça que parfois je le découpe non plus en prose mais en vers. Mais ce n’est pas du vers libre, c’est de la prose découpée pour mieux piger ce que j’y dis ! Chaque mot, chaque répétition même, sont importants, tout ça dit quelque chose avec le souffle dedans qui dit aussi.

Car ce que j’y dis, je l’ai dit avec un autre corps, pas celui avec lequel je le lis maintenant

Ce corps totalement bouché, ce corps de cérumen qui m’empêche vraiment de m’envoler dans la logique pure du texte, dans sa pensée interne, celle qui le tient debout, c’est comme l’équilibre interne, l’oreille interne qui maintient la station debout sans tomber. Il faut lire avec le corps debout, vivant, dans son écriture.

C’est pour cela que la performance est importante, car le corps fait passer toute l’épreuve au texte. Le corps comprend le texte. Le corps est sa logique. La bouche ponctue le texte mieux qu’avec les doigts. C’est toute une machinerie l’écriture et le final c’est le livre, mais c’est aussi une publication à l’oral, un travail vers l’oralité.

Il a plusieurs publication le texte, mais bien sûr sa principale c’est l’aventure livresque. C’est là où l’autre, le lecteur, peut trouver sa lecture, sa parole dedans, se faire entraîner par un texte mais y trouver son rythme à soi. Moi je pense qu’un vrai et bon lecteur peut trouver sa voie propre dans mes livres (sans m’avoir entendu).

Ce qui est important aussi c’est le brouillon.

C’est l’apprentissage par le brouillon, le non savoir qui se développe par l’apprentissage, le divertissage, pas le divertissement mais les divers possibilités, tisser les possibles, aller ici ou là ne jamais se maintenir comme le font les poètes

Les poètes font durer la poésie mais loin du brouillon, de l’inconnaissance, de la jeunesse

Ils veulent enfoncer le trait (dans la ligne)

Et ils finissent à s’enfoncer dans des fauteuils

Ils demeurent assis dans leur connaissance de la poésie

La poésie ça devrait être : Je touche à tout, je produits tout,

C’est comme quand apparaît une écriture, un style, une vue de l’autre

C’est comme un enfant qui dessine, c’est ça qu’il faut à la poésie et non des maîtres

Des savoirs sachant

Le poète doit être opposé à la poésie, il doit fonder sa colère, bâtir sa rage sur les restes fumants de la littérature.

On a des maîtres, on a des morales, on a des serruriers de la poésie

ils ouvrent toutes les portes mais elles ont déjà été ouvertes

C’est des spécialistes de la morale en fait, alors que la poésie c’est le rire, mais pas le rire de je rigole, c’est le rire de la phrase, de comment échapper à elle, comment détourner la conversation, le parler, comment faire la girouette avec la langue, la tourner, faire la toupie, trouver des jeux mais pas pour adultes, pour groupes d’adultes qui s’ennuient et font des stages, des ateliers, des groupes de retraités les poètes.

Et qui veulent créer

Le problème c’est la création, les centres de création, les discours de ces centres de création qui font en fait devenir le langage absolument pas drôle, pas inventif, pas explosif, la langue qui ferait exploser les verrous en fait, l’écriture qui serait comme un détournement, une attaque, une agression du lecteur, comme Artaud et ses glossolalies, des choses qui se dressent de la page, des couteaux qu’on pointe vers les yeux du lecteur.