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L'écrivain

Cet homme a de l’écrivain en lui. Il sent l’écrivain. Cet homme écrit avec de l’écriture qu’il a en lui. C’est comme une essence. Il est écrivain car il respire l’écriture. Cet homme est écrivain car partout en lui il rencontre l’écriture. Comme l’eau remonte d’un puits. Il puise l’écriture depuis ses tréfonds. L’écriture faite par tel ou tel. Car tel ou tel est en lui-même. C’est tel ou tel écrivain qui s’agite dans le corps de cet homme. C’est son corps mais rempli tout plein d’écrivains. Et cet homme rend hommage à l’écrivain par l’écriture. L’écrit qui sort de tous ses pores. Tous les écrivains qu’il croise dedans il les fait ressortir. Dès qu’il en croise un dedans il lui rend hommage au dehors. Il est dans sa bouche et il sent qu’il y a un écrivain. Il touche à l’écrivain de sa bouche. Sa bouche sent l’écrivain à plein nez. Dans chacun de ses organes il a ainsi un écrivain. Il rend hommage à l’écrivain de sa bouche puis à celui de sa glotte. Il a aussi un écrivain dans chacune de ses mains. Dans une main un écrivain a une coquetterie dans l’œil d’ailleurs. Il croise souvent tout ce beau monde. Il leur rend hommage en écrivant. Cet homme a un écrivain tout partout en lui qui s’agite. Où qu’il aille en lui il tombe nez à nez avec le style. C’est le style même de l’écriture se dit-il. Il a de l’écriture partout. Il en est couvert mais de l’intérieur. Sur les parois de son crâne il y a une écriture un peu singulière par exemple. Avec un écrivain très particulier qui loge dans sa cervelle. Tout comme dans son anus. Il n’a pas encore fait le tour pour connaître lequel des écrivains n’a pas reçu son hommage. Cet homme furète après l’écriture de l’écrivain. Tel un sanglier à la recherche de truffes. Notre homme a tellement d’écrivains dans le corps qu’il a fini par écrire ailleurs. Il s’est projeté vers l’extérieur. Il a externalisé son aventure comme on dit. Et son aventure c’est l’écriture. Aventure ou affaire. On n’est pas difficile. Et il a beau être dur en affaire il a failli mettre la clé sous la porte ! Il est devenu son propre sous-traitant. Toutes les écritures lui délèguent maintenant de menues charges. Et tout ça payé au lance-pierre ! On dit que c’est même lui qui envoie l’oseille. Il aurait contracté des dettes à ce qu’on prétend. Chaque écrivain lui réclame son dû. Il aurait utilisé tel ou tel mot. Ce n’est pas bien clair. Mais c’est La Glotte qui s’est plaint en premier. On lui aurait piqué le mot Trou. . Il en était le premier à être tombé dedans en tout cas. Et ça se comprend aisément ! Mais La Glotte s’est fait réprimandé par La Rate. Enguirlandé serait le mot! La Rate a poussé sa gueulante. Car c’est lui qui ratait mieux paraît-il. Avec plus de profondeur. Plus d’insistance en tout cas. Il faut dire pour sa gouverne qu’il y avait du métier ! C’est comme celui qui a dit à notre homme un jour qu’il était le plus nul. Le nul ça a déjà été fait lui criait-il aux oreilles ! Ça c’était plutôt un artiste. Il logeait vers le bas du type en question. Comme un vulgaire cor au pied. Il aimait voir les gens danser disait-il. Les gens qui marchent dans la rue. Sans le savoir ils font le pas de deux. C’est ce qu’il prétendait quand il a croisé l’homme en question. Mais il ne faisait pas de poésie! se plaignit ce dernier. Le Cor au pied faisait de la peinture pour les nuls. Nuance ! Et cette écrivaine qui logeait dans son foie et picolait plus que lui ! Ou celle qui lui corrigeait ses fautes d’orthographe. Elle voyageait en notre ami en compagnie des très vieux écrivains. Ce sont les fantômes du corps de ce pauvre homme. Qui fabriquent des malformations. Comme des boules au ventre. Des maux de crâne. Qui lui donnent des insomnies. Des maladies sommeillent ainsi dedans. On dirait des sortes de champignons ces vieux écrivains. C’est son petit côté putride à notre bonhomme. Ça suppure de partout. Comme des microbes en souche. Il en est garni et en sème inconsciemment tout partout dans son écriture. Comme toute sorte d’individus d’ailleurs. Je veux dire par là qu’il en charrie aussi leurs paroles. Il digère la parole des gens. Il s’incorpore toute la bavasserie du monde même. Il l’a prend en main si je puis dire. Et ça lui pousse comme des furoncles à ce brave homme. En plein la face ! Alors il en fait des présents. Il les offre en retour à qui veut. Comme des hommages.

France déchue