Le punk se faisait avec ce qu’il y avait sous la main. Et sous la main du punk, il y avait le couteau. Sous la main du punk la lame et le papier. C’est comme ça que le punk se faisait. Avec les mains qui se faisaient couteau ou qui se faisaient papier. Pas une autre manière de faire et de voir. Pas une autre manière de coller à la vie. La vie collait au punk. Le punk était un manchot dans l’existence, mais la vie lui collait aux basques. Sous les basques du punk était le no futur. Pas de futur possible parce que le présent est sous cape. Le présent lui-même se dérobe à mes basques. Il n’y a pas de futur possible avec l’écriture, dit le punk. Car la vie est une aventure sauvage et inéluctable. Il n’y a qu’un présent qui se dérobe sous mes pieds et mes mains. Mes mains font le présent. Elles font et défont le présent et quand je marche dans la rue une idée me vient et il faut la détruire. L’idée de renoncer une bonne fois pour toute aux idées me vient. L’idée qu’il faudra en découdre avec la vie présente et passée. D’ailleurs, le présent n’est qu’un futur passé. C’est un passé tout frais. Un présent prêt à basculer pour la vie dans l’éternité. « No éternité ! » Aurait dû dire le punk. Seulement les punks avaient plus de respect pour l’idée que pour les vieux qui croupissaient dans la gloire. Ils préféraient s’acharner sur les ploucs de leur rang que contre la sagesse millénaire de l’Idée. Ils préféraient en somme devenir des philosophes du présent. Des philosophes contre l’éternité présente dans laquelle on n’a que ça à foutre de s’intéresser au futur. Le futur c’est bon pour les Pink Floyd, disent les punks. Le future c’est de la Hi-fi. Le futur est bourgeois. C’est un luxe. Ma main ne porte pas ce luxe. Ma main est un ciseau. Ma main est un bâton. Ma main est une fermeture au monde hautement fidèle et bourgeois de l’Idée. Car ce que ma main fait, c’est se faire carapater le monde soi disant vrai pour tendre la main à un autre monde vrai. Le vrai redécoupé. Le vrai rassemblé. Il a plus de gueule le vrai quand je lui ai arrangé le portrait, dit le punk. Il a plus de gueule, car il se défait de ses approximations du langage. Il faut montrer l’image comme elle dit vrai et foutre en l’air ce qui ment dedans. Et ce qui ment dedans c’est tout ce qui rempli mon quotidien de discours et d’images putassières qui disent une vérité éternelle chez l’homme. Celle qu’il devra toujours passer sous la trappe de sa propre formule. Sa formule qui fait de lui un être redécoupé, un patchwork punk, un brouillon d’animal marrant et circulant dans une nature en perpétuelle émeute. Un singe en perfecto manipulant les signes qui lui tombèrent un jour sur la gueule. Ou plus exactement, sous la main.

La poésie est une épingle à nourrice sur la bedaine de l’humanité.

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