Le dire prend la parole, quand le dire prend la parole le dire fait exploser le sens de ce qui est dit dans la parole, il y a le dire et le dit alors ? il y a le dire dit de la parole qui n’est pas le dit, le dit qui se dédit du dire, le dit-dire qui se dit en dedans de ce qu’on ne comprend pas, car on ne comprend pas en fait la parole, la parole souvent on croit la comprendre mais on ne la comprend pas, ce qu’on comprend c’est l’incompréhension, et dans compréhension on peut lire préhension, c’est l’impossible préhension des mots, c’est ça que le dire dit. Il dit je tord le parler dans tous les sens, je me fous du sens des mots, je chante, c’est-à-dire que le chant fait voler la parole en éclat, quand la voix éclate, le dire fait se tordre le parler et le fait s’envoler, c’est là qu’on dit que la parole s’envoie en l’air, mais ça ne s’envoie pas, pourquoi ça ne s’envoie pas ? parce que ça se ratatine, le dire est tout ratatiné dans la parole puis il prend son envole, mais son dire c’est de ratatiner toute vraie parole, car la toute vraie parole c’est pour ceux qui caquettent, et ceux qui caquettent sont les faibles qui parlent, et les faibles qui parlent sont ceux qui croient détenir la vérité, il n’y a pas de vérité en parole, il n’y a que caquètement, ou alors y a la torsion et l’envolée et le ratatinement quelque part dans le sens, c’est-à-dire amour du sens au point d’en faire une détestation, un non-savoir, car ce qu’on veut toujours au fond de nous c’est de rester au fond, ce n’est pas de s’envoler dans le savoir mais de se ratatiner dans l’ignorance, et c’est là qu’on parle, c’est là qu’on cherche à tout prix à vraiment parler, alors que le dire dit autre chose, le dire dit tout autre chose, que dit le dire ? il ne dit rien de la vérité, le dire dit que parler c’est aller se ratatiner hors de l’ignorance, c’est-à-dire hors du sens, c’est hors du sens que le dire dit qu’il faut aller causer, non pas pour s’envoler, ou alors s’envoler et planer, mais planer au ras du sol, au ras des pâquerettes pour tout dire, et finalement aller se ratatiner quelque part, ou nous disons, avec le dire qui dit, que la langue va enfin s’agglutiner, la langue va enfin se compresser et rouler, la langue va enfin se dérouler et s’écraser, la langue va produire un tas de figures, des figures de haut vol dans le ratatiner-parler. Mais on se ratatine souvent dans le parler sans qu’on puise dans le dire-dit ? tu as raison de parler du dire-dit comme un puits, mais c’est l’inverse du puits de science, c’est le puits du sens inversé, mais ce n’est pas l’aversion au sens, ma version serait plutôt que le sens s’annule et se redit constamment, il a toujours une carte à jouer, mais pour le ratatinement effectivement nous passons notre temps à ratatiner la vie sans avoir besoin du dire-dit, ou en faisant mine de ne pas en avoir besoin, car si on fait dans le ratatiner du dire-dit alors là il faut faire de la gonflette et pas caqueter à tort et à travers, en même temps c’est bien de caqueter dans son bazar personnel, je n’ai rien contre les gens qui bazardent leur personne dans un certain caquètement, c’est le caquètement généralisé que je mets en cause, le caquètement mondialisé, la bête noire c’est ça, c’est l’aplanissement et non le ratatinement, ça n’a rien à voir, face à l’aplanissement du parler pour plus de vrai, car l’aplanissement c’est pour que le plus-de-soi parle, et qu’il parle en disant parler vrai, c’est pour ça qu’il faut aplanir, alors que c’est le non-vrai qui vient coller sa bouche au parler, le non vrai finit toujours par venir coller sa science au parler et alors ça c’est intéressant. Pourquoi c’est intéressant ? parce que le non vrai est une forme de vrai poussé dans ses derniers retranchements. Mais j’ai l’impression d’avoir loupé un truc dans tout ce que je disais, le truc du dire-dit qui pousse. C’est ça que je voulais dire quand j’ai parlé de faire de la gonflette. Je voulais dire qu’il fallait gonfler le dire-dit, le faire doubler de volume, non pour qu’il ratatine tout le parler, si ça ratatine tout le parler du monde tant mieux mais c’est impossible, et impossible n’est pas français, donc si l’impossible n’est pas français autant ne pas en parler, du coup il faut gonfler son dire-dit du double pour simplement qu’il commence à ressembler à quelque chose, c’est-à-dire qu’on commence seulement à l’entendre, sinon le dire-dit sans gonflette n’est pas audible, tout le monde à son dire-dit pas gonglé, car on n’ose pas faire la gonflette au dire-dit, et pourquoi qu’on n’ose pas ? on n’ose pas parce que déjà même dans la rue on dit-dit que les murs nous écoutent, les murs on des oreilles et ces oreilles nous écoutent, même où y aurait pas de mur on serait écouté par des murs, en tout cas c’est ce qu’on prétend, c’est pour ça que les gens causent de traviole, quand ils causent de traviole c’est pour laisser un peu s’échapper de dire-dit dans la nature, c’est pour rigoler au naturel, quand ils commencent à délirer, c’est qu’ils veulent tendre une perche au naturel, mais le naturel ne s’attrape pas comme ça, car il ne cause pas le naturel, même si on dit qu’il revient au galop, le naturel revient avec ses grosses pattes mais nous ne savons pas pour autant le dresser, c’est quoi le naturel ? le naturel c’est quand on pense que tout coule de source, le naturel c’est qu’on croit que pour s’aimer il faut tout aimer, alors que si on aime tout on ne s’aime plus, il faut pas tout aimer, il faudrait même rien aimer du tout si on veut un tantinet s’aimer, c’est ce que font d’ailleurs les humains, les humains ils disent que ça s’aime, ça s’aime au naturel, au cent pour cent naturel ça s’aime dans l’humain, alors que c’est pas vrai, les humains parlent tout le temps du naturel pour mieux ne pas l’aimer, et ils parlent de l’amour au naturel mais ils font le constat la vie durant que pour mieux s’aimer, pour s’aimer plus, pour s’aimer plus que plus, il faut envoyer bouler l’amour, plus on aime et plus on s’aime moins, moins c’est l’amour en moi, et si je veux m’aimer faut que j’envoie bouler tout le naturel ? non, si tu veux aimer faut envoyer bouler l’amour, pas le naturel, la nature n’a d’ailleurs rien demandé et à elle on lui offre que de la haine, on n’a que ça à offrir, car on croit trop en l’amour, plus on croit en l’amour et plus on offre de la haine, c’est la logique de l’offre et de la demande, c’est ainsi, nous n’y pouvons rien, ou alors nous pouvons le chanter, nous pouvons chanter l’offre d’amour et la demande de naturel, et vice et versa, nous pouvons tout chanter à tue tête au moins ça évite de se perturber avec l’amour et la haine au naturel, il n’y a pas d’amour et de haine d’ailleurs, c’est une invention, tout ça c’est l’invention du gros boudin du parler qui mondialise les têtes,il mondialise et monopolise, on peut aussi dire, ou dit-dire qu’il démondialise à tue-tête, car c’est lui qui finit par prendre la parole, c’est lui qui fait dans le gros du dire, car le monde est démon aussi, le monde démode et monétise, mais c’est n’est pas grave, pourquoi c’est pas grave un monde immonde qui monnaye la vie comme un démon ? parce que la vie ne demande que ça, la vie gonfle sous nos pattes, et ce sont des pattes de crapaud, le crapaud gonfle en nous, c’est normal, il y avait beaucoup de jeunes autour du capitaine fendu, le capitaine fendu aime bien la jeunesse, en fait il aime l’amour, malgré ce qu’il dit il aime que ça, mais il se méfie du défi jeune, le défit jeune est une méfiance à tout égard, le défi de la jeunesse, pourquoi faut-il défier la jeunesse qui se défile se demande le capitaine fendu ? parce qu’après on s’encroute la tête, on a le cerveau tout plein de croute si on prend pas un bain de jouvance, c’est-à-dire un bain tout électrifié et rempli de doutes, on se baigne dans le doute profond et dans l’instabilité électrique, on s’enfonce dans la vie brouillonne, on nage en contradicteur de la contradiction, le capitaine fendu est une sorte de traquenard à lui tout seul, on croit passer une bonne soirée avec le capitaine fendu alors qu’on met incidemment les doigts dans la prise, on se prend un coup de jus avec le capitaine fendu, car le capitaine fendu vous regarde droit dans les yeux et vous démasque, c’est pas pour autant qu’il ne faut pas avancer masqué, il faut se masquer mais pas parce qu’il y a le capitaine fendu, il faut avancer masqué tout simplement pour ne pas être désigné, ne pas se sentir mis au piloris de soi-même, car soi-même est une sorte de piloris, soi-même a une forme de pointe, soi-même est un casque à pointe, et la pointe est rentré dans le crâne, soi-même est une croix et tout ça pour crâner, mais si on veut crâner on ferait mieux de signer que d’une croix, comme dans les films de cowboy dit le capitaine fendu, on ferait mieux de signer d’une croix que d’apposer son nom à l’art, à tout l’art j’appose mon nom, c’est la pire des erreurs ! il n’aurait jamais fallu avancer de nom, il ne faut avancer que des masques. C’est-à-dire collectivement avancer en bête, une bête à plusieurs noms, elle a des petits noms et des grands noms, elle a toute sorte de définition à sortir, elle a tout ça en réserve la bête, elle a un réservoir à caractère, demander-lui telle emprunte elle pourra vous la fournir, mais derrière tout un tas d’autres qui attendent, car ce sont des empruntes de meute, c’est une meute de noms la bête, elle n’est pas empruntée, elle empreinte tous les chemins du possible et elle fonce vers ailleurs, elle s’enfonce dans le temps la bête noire, c’est une armée, un grouillement de petits parlers, de petits dires qui s’envolent, de petits ratatinements personnels, de petits rire, l’armée noire est un rire qui grouille, un rire de gargouille l’armée noire, un tube à mille goulot, une gargotte où ça ploie sous le faire, car le faire c’est ça qui nous anime, on n’est animé que dans le faire, et pas dans l’attente, l’attente spectaculaire, l’attente culturelle et spectaculaire, tout le monde a du boulot, tout qui bosse et tout le temps, tout qui grouille et fonce dans l’époque tête baissée sans se lamenter du spectacle offert, quand je m’offre à mon amour, c’est-à-dire quand je m’offre à la bête moi je ne me lamente pas, personne se lamente quand ça bosse de toute part, nous ne faisons que nous croiser, nous croisons les moi qui bossent tout autour de nous, quand ça marche dans la rue ça bosse, quand ça croise ceux qui marchent et qui pensent, nous aussi on pense, on pense et on chante invariablement, tout ça qui chante et qui en jouit, nous passons notre vie à jouir.