Un jeune ami qu'un temps, ma foi, je jalousai
       - J'étais alors un tigre, et toujours aux aguets -
       En libraire avisé, a vendu de mon livre
       Déjà quinze exemplaires - voilà qui me rend ivre.
       D'autant que trois lecteurs, au comble de la joie,
       Lui ont tôt fait savoir que juste était son choix.
       Pourtant, s'il pleut sur moi un déluge d'éloges,
       La noyade me guette, et je demande une arche.
       Il importe avant tout que point ne me rengorge,
       Qu'en pèlerin chenu je poursuive ma marche,
       Que, dithyrambe ou non, je fasse mon devoir
       Dans le souci constant d'apporter quelque espoir
       Aux tristes, affligés, que dégoûte le monde
       Souillé par l'injustice, où la misère abonde.
       
       Même si, chers amis, la tâche est parfois rude,
       Pour qui vit trop souvent en noire solitude.



       Annexe : "Ce que j'écris et que je trouve mauvais peut aussi procurer quelques moments d'éloignement du pire à quelque esprit blessé ou triste. Cela me suffit ou ne me suffit pas, mais sert, d'une certaine façon, et ainsi va la vie".
(Fernando Pessoa) (trouvé ce matin dans un mail)