il disait, nous sommes la pire
ou la moins douée des générations
depuis deux cents ans
et certains n'ont toujours rien renié


la performance c’est la chance
de revoir sa copie du vivant

j’ai des parties sensibles, pas touche
il faut pas tout dire tout avaler
moi j’avale moins depuis ce temps-là

il disait j’avale tout
ce que vous n’avalez plus

il disait aussi mon docteur m’a dit
que je souffrais d’impatience

il disait créer un bureau des pleurs,
on y viendrait pour se poser des questions
uniquement des questions

quel est mon rapport aux mots
la seule chose qu’on peut faire durer c’est le ratage
sauriez-vous représenter en quelques traits
l’amour de l’humanité
(soyez brefs)

la toussaint approche
cette sentence vous parait-elle sexy

j’ai souvent essayer de regarder mes yeux
j’ai pas souvent le temps de me regarder en fait
en fait j’ai le temps
mais je me fous pas mal de mes yeux
je suis en train de dire des conneries
je passe mon temps à ça
à regarder mes yeux
je voudrais voir l’autre en dedans
voir comme ça pense là-dedans
à travers l’autre
comment il voit mon moi
comment il me sent
comment il est à me regarder
je veux dire est-ce qu’il est bien
quand ça me regarde
vaux mieux pas me voir
vaut mieux en attraper la jaunisse
non je déconne
ça aussi c’est être cul et chemise
je veux dire le constat de sa connerie
qu’on enterre en formule consacrée
alors que je me suis jamais regardé en face
que j’ai pas pu rester dedans
qu’il a fallu laisser place à l’autre
que l’autre a mis tout son chambardement habituel
que c’est son habituel même
qui me fout en chambard

il disait aussi écrire
est un travail bête
être écrivain devrait toujours avoir
le même sens que peintre
travailler la matière
foncer et danser dedans
ne pas réfléchir composer
des oeuvres belles
et s’abîmer dedans creuser
ne plus savoir rien
que cette matière de mots
dans laquelle on s’est perdu

je n’ai pas besoin d’un qui me pense
et d’un qui me parle
j’ai besoin de réaliser maladroitement
mon cri et la pensée qui tourne avec
(j’aimerais cependant avoir une voix de fille)

l’intelligence est mêlée secrètement
à la connerie

tout cela me ferait une publicité monstre, seulement
c’était la ruine
la ruine expérimentale

il a disparu dans le langage de tous

stéphane :
tu vas tout droit
tu prends la deuxième à droite après le feu
tu laisses le pâté de maison à gauche
mais juste après tu prends la ruelle
tu arrives sur un boulevard
et juste après le premier café
tu sonnes pour qu’on t’ouvre

arno :
tu descends quelques mètres
tu as un coiffeur qui fait l’angle
tu poursuis ta route
tu as un feu puis un deuxième
tu prends cette rue qui est en travaux
tu longes sur la gauche
il y a un distributeur qui est là
et le bar juste à côté


christian :
tu sors de la ville
tu prends toute direction
ensuite tu prends autres directions
après tu arrives sur une belle route
longée par des platanes
il y a du vert partout
tu descends la route du village
et au centre tu prends à gauche
et tu rentres sous le porche

cécile :
tu arrives sous le pont du métro
tu prends à gauche, comme les bus
tu continues tout droit
il y a des feux, des marchands de pizzas
tu t’arrêtes pas
puis tu as ED à gauche
c’est juste après
la première à gauche
mais faut faire le tour
à cause du sens unique

leur chien prend à lui seul la moitié de la cuisine
en plus il gueule autant que ses maîtres

voici le train qu’a pris un jour un inconnu et devant vous
vous avez le wagon où il s’endormit jusqu’à l’arrivée

il avait un faible pour la marque canard wc

observation sur la planète les premiers jours :
un bébé avec un casque debout et tremblant
comme de la gélatine sur deux bâtons de sucettes

d’après une simple photo
offrez-vous un portait réalisé par un artiste
choisissez la couleur, le format et le support
laissez agir la magie une dizaine de jours
et offrez-vous un cadeau original et unique

les chiens ça lèche la merde par terre
et après tu leur bises les babines

dans la série je l’ai fait comment
à partir d’un poème d’amour
fabriquer une sirène d’alarme

il va falloir que tu saches tenir ton crayon, mon garçon

étant rendu à lundi
avec des reports de minutes
il se fabrique une tête
avec les restes d’un chien

il disait écrire un jour un livre
qui s’appellerait Retard sur tout

l’auteur : espace uniquement réservé
à notre clientèle consommant nos produits

pendant que l’oeuvre vit, que fait l’auteur ?
l’auteur n’est pas dans l’oeuvre l’auteur
est une pièce rapportée à l’oeuvre

sans étiquetage ce colis pourrait être considéré
comme abandonné

nous sommes arrêtés dans nos problèmes
nous sommes nos problèmes nos problèmes
s’agitent parce que nous sommes
arrêtés dedans
les problèmes s’agitent les problèmes
vont dans les réflexions qui vont
dans les pensées qui s’égarent
dans l’écriture qui fixe le tout
en merde sèche
mais provoque aussi une fuite
que limitait la réflexion
qui perdait l’acte
de penser l’écriture
perd la pensée
mais dans sa richesse
effective

l’écrit donne
d’autres mains à la pensée
l’écriture est une pensée autre
une pensée façonnée
un patronage
mais qui déconne

l’écrit fait déconner la pensée

ma parole est ce minus qui me dit Terminus
tout le monde descend

seule une race à la dérive et
au bord de l’asphyxie
a des choses à dire

on a affaire à des machines
et on est des emmerdés de naissance

à neuf ans il disait le cerveau
c’est démodé

je ressemble à rien sans langue

j’ai jamais regardé la télévision vraiment
j’ai jamais vu la vraie émission
je me suis jamais vu en face
en face de ce trou télé
j’ai jamais vu qu’une face de cul
qu’un trou pensé où je m’suis vu
un trou où je m’enfonce
j’ai jamais vu quelque chose émettre de là-dedans
émettre un son
j’ai jamais pu j’ai toujours cru
à une fiction en face
en face du trou de questions dans lequel
je suis j’ai toujours cru
être en moi mais moi
j’ai jamais pu penser en mots
penser les moi en mots
ou bien l’inverse
il a toujours fallu que j’attende
que j’attende d’être devant
devant la vraie émission
qui viendrait tout éteindre

on fabrique des noeuds
des noeuds
des noeuds
des noeuds
on est tout en noeuds
il n’y a pas de discussion
pas de choses
à avancer
sans un réseau de noeuds

titre de livre possible Insulte
au cerveau

je suis vivant
je connais parfaitement le contenu de mon coeur
je suis bien informé
j’embrasse mon être de partout
je suis partout en moi
présent
je me réponds présent
(dès le berceau je parle
comme un vieillard)


je suis le seul maître à bord après moi
il disait, ma langue est lourde
je rampe
je suis comme un lombric
je suis sur terre, avec la langue en trop
je ne sais pas vraiment où je suis
c’est encore loin de soi ?
car on est encore plus seul
au dehors qu’au-dedans
on avance en mort
en le mort du dehors
on se force à être
on est que le mort de l’autre
celui qui avance en vraie vie
celui qui se croise en l’être
qui croise le fer de l’existence

en dedans de lui-même
restez une journée entière
dans un cimetière à lire les plaques
sortez enfin dans la ville
regardez les noms sur les boîtes aux lettres


j'ai des cheveux
mais ça c'est un mauvais exemple
parce que c'est des beaux cheveux
tout au moins c'était
maintenant que je crève plus besoin de poils
mais ça tient encore
bon an mal an
une tignasse pour passer inaperçu
avant je ne passais pas inaperçu
j'avais une belle coiffure
une coiffure de nénette
une vraie poule
maintenant toute déplumée
comme tout-un-chacun
ça va vite
on va lent dans le vite
on fait comme si de rien n'était
mais les autres vous rattrapent
avec leur infâme moyenne
moi j'étais au-dessus
juste juste
mais un peu au-dessus
mais je me croyais toujours en dessous
au-dessous de tout
je ne voulais pas défrayer

je ne voulais pas dépareiller

tout faire pareil

je voulais plus être dans le même

maintenant faut laisser tout ça crever

plus être dans le même

on voudrait détonner

ou faire pétard mouillé

c'est pareil

ça détonne de pas détonner aujourd'hui