L’ECRIT BOULE. Je ne veux pas me suicider, je veux encore savoir, encore et encore, savoir un bout que je connais pas, un tout petit bout, comme un orteil, mais dans le savoir, le savoir ongle, l’ongle du gros orteil qui est caché dans le savoir, je ne sais pas le savoir, quel savoir, pourquoi faire, pourquoi ne pas se suicider tout de suite ? je n’ai aucune réponse à la vie, toutes les vies sont des réponses mais il n’y en a aucune de bonne, car il n’y a pas de question, toutes les vies répondent à rien, toutes les vies forment une seule et même voix, et pourtant il n’y a pas de son, mais ce n’est pas la seule fois que j’ai envie de cette voix, je passe un temps fou à ne plus savoir, je reste dans le noir de cette voix, je veux sortir et du coup je me demande qu’est-ce que ça veut dire de l’écrire, une des voix me dit qu’elle écrit, une des vies me le dit gravement, ou paisiblement, pour moi c’est incompréhensible, dire qu’on écrit est impossible à penser dans la voix, comment les voix peuvent dire qu’elles écrivent, il y aurait quelque chose à penser en dedans ? il y aurait des choses à dire, autant les dire et pourquoi les écrire, les écrire ça voudrait dire qu’il y a quelque chose de caché dedans, qu’il n’y a pas que la parole dans la vie, il y a le caché, et que le caché est là dans l’écrit, et qu’écrire est une musique qui nous cache bien des choses, il faut alors écrire pour savoir où se trouve la cachette, mais on ne trouve pas la cachette, alors on refait le chemin, mais ce n’est pas le même chemin, et personne ne sait où se trouve la petite cachette qui se trouve dans la voix, c’est pour ça qu’il écrit, dans une autre vie on trouverait une autre définition, encore la mauvaise, pourquoi faut-il se mettre tout à coup en boule, quand je pense à quelqu’un qui écrit je vois quelqu’un en boule, et pourquoi faire, une des voix de la vie me dit qu’elle ne fait plus que des bruits dans sa bouche, faire des bruits dans sa bouche pour imiter les paroles, pour imiter le sérieux des paroles, pour imiter les choses graves que disent les voix dans la vie, les voix dans la vie sont graves, elles pèsent de tout leur poids sur le devenir humain, c’est très important, il faut avancer tous en rond, il faut faire le dos rond, c’est important, parler est un peu faire la boule et rouler, et en avant l’humanité, en avant les gros parleurs avec leur science à parler, pour le moment ils n’ont toujours pas trouvé l’ongle du gros orteil, c’est pour ça que ça cause encore et encore.
24 - 01 - 2011
impro du matin (chagrin)