Chais plus. Me souviens de rien. Me souviens que j'avais pas trop le souvenir d'avoir su. J'ai plus le souvenir que j'aurais su quelque chose à part que je me souviens plus. Je me souviens que je devrais au moins me souvenir. Mais à part ça je me souviens de rien. J’émets l’hypothèse qui faudrait que je me souvienne d’autre chose. C’est même pas moi qui émet l’hypothèse. C’est le souvenir qui se souvient de rien. Le souvenir qui dit j’ai rien dans ma besace. J'aurais pu au moins me souvenir d'autre chose que le grand trou de mémoire. Avec le trou de mémoire on va pas aller bien loin. Ou alors dans un trou qui n’a rien à dire. Un trou qu’on mémorise pour savoir que ça va rien nous apprendre. Avec le grand trou mémorisé on peut que dire que c'est peau de balle si on veut en savoir un peu plus. Personne saura grand chose de c't'affaire qui nous ronge les sangs. A moins que ça fait que rien ronger. Ou alors ronger une autre partie du bout qu'on a oublié. On aurait ainsi oublié d'émettre tout un bout de nous dans cette histoire. C'est notre histoire et pourtant on n'est pas sûr à cent pour cent d'y avoir stationné. On y a peut être fait un bout de chemin dedans. A moins qu'on ait fait fausse route. On a rebroussé chemin depuis qu'on a pensé qu'un autre y était aussi fourré. Dans quelle galère on était venu se mettre si c'était pas notre histoire. Il va falloir tirer ça au clair. Avec nous-mêmes et puis avec cet autre. Il était avec nous à ce moment là. Vautré là. Par terre. Il dormait par terre. A même le sol. Et nous on en faisait autant. On avait pris place sur ce sol. A moins que ca soit pas nous. Qu'on soit pas dans notre place. Que ca soit un autre et qu'il se souvienne mieux que nous par conséquent. On peut pas mieux se souvenir quand on est nous. Seulement faut savoir se souvenir qu'on est nous à ce moment là et pas un autre. Sinon ça fait mauvais effet. Si c'est pas nous qui étions là. En lieu et place de soi. Et si c'était quelqu'un d'autre qui aurait tout vu. On dit qu'on nous a vu et qu'on était bel et bien là. En lieu et place de ça. Et l'autre tout à côté et tout aussi vautré. On était là les deux à roupiller. On ronflait qui parait. On nous entendait de loin. Et tellement fort qui fallait éteindre la musique. Tellement fortiche à respirer que plus personne mouftait. On retenait son souffle aux environs. On attendait la suite. Mais quelle suite on pouvait donner à un déclin pareil. On pouvait pas donner suite à tous ces racontars car on n'était pas là. Ou à peine. Malgré les bruits qu'on faisait. C'était des bruits extra corporels. Nous on n'était plus que dans les extras à cette heure là. Les extrapolations c'est tout ce qu'on peut vous offrir. On s'extrapole tout le temps d'ailleurs dès qui s'agit de parler de nous. Vous connaissez quelqu'un qui parle de nous sans extrapoler un peu de matière à lui. Il nous colle un peu de lui-même en nous et le tour est joué. On n'a plus qu'à admettre qu'il nous a bien eu a nous avoir extrait de lui même. L'humain s'épaule quand il s'extrapole. J'aurais pas dû parlé de ça ici. Ça fait toujours mauvais effet. Utiliser un mot pareil pour parler de nous. Parler d'un humain ici. On sait déjà pas si ca en fait vraiment partie. Si c'est un homme comme dirait la chanson. A moins que ça soit un racontar. Une blague de Cafougnette. Un qui cafouille ici bas en tout cas. Un qu'on dit qu'il est à l'heure actuelle tout extrapolé. Selon les dires des témoins. Il y avait beaucoup de témoins à cette fête qu'il avait donné. Il avait donné cette fête en l'honneur d'un disparu. En tout cas maintenant on sait qu'il a pris ses cliques et ses claques. Qu'il a pris la poudre d'escampette. Il est pas comme les deux autres à roupiller au ras. Au ras d'on ne sait quoi d'ailleurs. Sans doute pas de quelque chose dont il faudrait faire état. Cet autre donc. Qui fut fêté à sa juste mesure par tous les autres convives. Il a accompagné nos deux camarades d'infortune. C'est comme ça qu'on dit. Autant se spécialiser de suite. Ou plutôt se familiariser avec les formules de circonstance. Cet autre avait donc produit son effet. Je crois me souvenir que je m'en rappelle un brin. Avant de finir dans les oubliettes à moi-même. Je sais qu'on dit de. mais moi je dis a. Je dis à moi comme pour m'appeler au secours. A la rescousse que je me dis. J'ai toujours été ainsi avec moi. Il a toujours fallu sortir des sentiers battus avec ma personne. Sinon je n'étais qu'en deux positions. Comme tous ces autres d’ailleurs. Les autres ici sont en positions nuit. Ils sont en position nuit ou en position jour. C’est selon. Ils sont pour ou ils sont contre. Y a pas toujours beaucoup de boutons avec les autres. C'est comme avec moi. Avec moi c'est souvent sur on ou bien sur off. Si t'es on c'est tout bon. Si t'es off tant pis pour la catastrophe. En tout cas tu peux pas trop te planter. Un bouton = un bonhomme. T'appuie sur on et on est là. Tu switches sur le off et on n'est plus là. Ou plus trop. Presque pas là. Dans mes souvenirs. C'est pas du matériel précis. Et puis on n'est pas réglé comme une horloge. Même si on est sur on on n'est pas forcement très éloigné du off non plus. A deux pas du off même sur on qu'on est. Car on n'est pas qu'un concept non plus. Déjà on à du mal à se souvenir de la veille. Ou qu'on était. Qui qu'on voyait. A qui qu'on s'adressait. Et quelles formules furent employées. A quel moment ça a switché. Et qui a quitté la table en premier. Ça on s'en souvient. Y en a un qui s'est précipité d'un coup. Il a profité d'une brèche. Un moment de répits comme on dit. Parce qu'on a beau être amis on a nos angles de tirs. Chacun son perdreau comme sa chacune. Et on veut jamais rien lâcher. Donc là on se serait fait plumer d’après les dires. Un tout petit moment de off et hop. Disparue la bestiole. Envolée. Il fallait qu'elle se couche. Elle a prétexté d'une prétention à se prédestiner vers des temps plus laborieux. Et que ces temps s'approchait à grand pas. Et qui fallait donc qu'elle se piaute. Sans autre forme de procès. Nous ne nous lui en avons guère tenu rigueur. Nous étions très peu rigoristes à cette heure avancée. On avait déjà été en piste toute la journée. Tout le jour durant à se pister soi-même pour éviter la faute. Le faux pas. La fausse humeur. Le faux calembour. Car même si on n'est qu'un calembour essayons tout de même de rester digne de ça. Soyons vrais. En position on. Car on était à fond sur on cette soirée. Maintenant qu'une bulle de souvenir daigne éclater aux frontispices de ma cervelle. C'est d'ailleurs par ces mots que je suis entré en matière. J'avais peu de choses à avancer mais je tenais tout l'auditoire. Personne ne pouvait deviner que je n'avais rien dans mon jeu. Je bluffais l'assistance avec une métaphore d'Achille Talon. S'en suivirent quelques distributions de taloches verbales à l'égard de quelques comparses égarés dans nos conversations. Ce fut un moment où je semblais briller de mille feux. A moins que ça ne soit que de quelques braises. Les gens semblaient en prendre pour leur grade. Ils aiment bien se faire traiter les gens. Déjà les traiter de gens. C'est une bonne entrée en matière. On devrait d'ailleurs les traiter de matière. T'aurais pas vu matière. Passe moi le sel matière. A quelle heure va encore se pointer matière. Qu'est ce qui fout matière à rentrer à pas d'heure. Matière me porte sur les nerfs en ce moment. Matière me court sur le haricot. Matière est pas fier de lui ces temps-ci. Matière et machin font bonne figure à c’qui parait. Y a matière qui passe à la télé. Matière est numéro un au hit parade. Tout serait matière et tout irait de soi. De par le monde la matière circulerait on ne peut mieux. Elle circule déjà au mieux. C'est ce qu'on voulait me faire entrer dans le crâne à cette heure-là. Qui n'y avait plus que matière à matérialiser mais qui fallait se soucier de l'autre. C'est les mangeurs de feuilles qui disaient ça. Les chasseurs cueilleurs qui n’aiment plus chasser. Manger moins de viande vous grossirez. Regardez donc matière. Matière a profité ces temps-ci. Avec toute cette luminosité matière a doublé de volume. On était dans le jardin nous les matières et y avait nos frères autour. Tout au moins des parents éloignés. Des plantes pour la goutte. Des feuilles pour les verrues. Est-ce que tu portes bien la verrue matière. Est-ce que t'as vu verrue en ce moment et comment i va. Est-ce que verrue elle te porte aux nues. Ou est-ce que ca te porte au nez rien qu’à la vue de verrue. On avait ainsi des discussions écologico-médicinales toute la soirée si je m'en souviens bien. On a aussi parlé des exo plantes. Des exo vies et aussi des passions qui vivaient sur d'autres planètes. Les exo passionnés. Mais il parait qu'aussi ça vit ici aussi. Que la passion ça se vit et pas que dans les lacs volcaniques. La passion ne se dérange pas six pieds sous terre messieurs dames. Mais à la vue de tous. Au grand air les mouvements passionnés. Ça nous est conseillé. On peut vivre sa passion en dessous des cent degrés Celsius il parait. A moins qu'on soit en centigrade. On sait jamais dans quelle mesure parler. Dans quelle mesure faut qu'on se cause nous autres. Il faudrait pas qui ait de mesure. Faudrait pouvoir quitter le plancher des vaches avec l'autre. Pas de pesanteur. Que tout ca décolle un bon coup. Que ca fuse à mort dans les latitudes. Que ça nous chauffe et nous explose au bec. Que ca nous pète un bon coup au nez avec l'autre. Car c'est à ça que la conversation nous menait depuis le début. C'est à l'exo autre qu’on se destinait. Aux exozautres si je puis me permettre. Car ils sont des tas a parler ici bas. Et ça cause de tout et de rien les exozautres. C'est comme ça qu'on est fait. Car moi aussi je suis un exo-moi. Y a pas plus exo porté sur la chose d'ailleurs. Le communiqué. La chose commune qui fait qu’on communie ainsi autour des tables. C’est ainsi qu’on causait moi et les autres avant que je me souvienne plus de rien. La soirée battait donc son plein. On avait fait monter le degré de l'air ambiant à une certaine température les exo moi et moi. Exo car inconnus de ma personne au final. Je sais que des bouts. Je peux tracer quelques probabilités de caractères. Je peux mentionner quelques faits connus. Dessiner à la hâte deux ou trois figures. Dessiner sans regarder encore. En regardant le modèle mais pas le dessin. Et sans lâcher le crayon.