Je ne peux rien faire de moi à présent. Tout est bouclé. C’est le présent qui bouche. Le présent n’a plus de sortie. Aujourd’hui est un orifice mou. Mais ce n’est pas un orifice. C’est que du mou. Et c’est le temps qui mollit tout dedans. Le temps est mou pour nous. Tout le temps du nous. C’est le temps du mou. Et ça nous troue en tout. Mais ça troue mal. Ça tourne en bouche. Ça boucle. Et ça nous boute en touche. Nous sommes les actuels bouchés d’un temps tout mou qu’on raboulotte dedans. Il n’y a pas d’actualités pour les tout mous. Il y a qu’à tout laissé vaginer en paix, c’est tout. Il n’y a que ça qui plait. Le vaginal. Mais ce n’est pas pour nous. Car il n’y a pas de nous. Il y a qu’un tas tout seul et imbitable. Un tas sans plus de portée. Et pas de mains secourables. Juste une fuite désespérée dans quelques trous. Une descente vers les organes. Un puits où s’entasser avec soi seul. Et sans visite. Voilà ce qu’on est réellement. Au pain sec et à l’eau. Avec un entourement d’oreilles et d’yeux. Un entourement de paroles. Ce n’est pas nous qui parlons. C’est l’entourement. C’est ça qui nous ramène à la science. La science de ce qu’on serait seulement. Seulement qu’un élément de nous-mêmes. On n’est qu’un bout avec tout l’entourement. Un tas tout entouré de soit-disant dires. Un tas de soi en dires et actes. Tout recouvré. Comme enterré dans son seulement. On avance tout doucement. On creuse dans les galerie de sa personne instituée. On fait mine de s’intéresser à ce qui tient debout. Mais on reste à croupir. On attend que l’humeur sèche d’un coup. Que plus personne ait soif. Car ils ont soif mais boivent jamais. Ils prennent la petite goutte. C’est la gougoutte comme ils disent tous. Ils prennent tous la gougoutte dans la famille. Ça vous en dégoutterait plus d’un de vivre vraiment. Jamais un vrai buveur ici. Jamais quelqu’un à l’œuvre pour tout ouvrir. Toujours penchés à la petite gougoutte. Et elle se raréfie dans la famille. On aura beau mouiller. Tout le monde restera au sec avec sa petite personne. Son bout tout mou. Ils auraient mieux fait de s’exploser en vol. Ils auraient mieux fait de se jeter vivants avec le mort. Faire une partie de jambe en l’air avec eux-mêmes. On fait jamais partie d’une jambe en l’air. Encore moins avec l’autre. L’autre jambe et soi. C’est peu rempli d’air tout ça. La vie non plus c’est pas une partie de jambe en l’air. On avance juste les pieds devants. On fait un bout de chemin avec toute la compagnie. Les pieds s’accrochent. Ça fait mine de sourire. Mais tous les corps font la grimace. On nous aurait posé des fers. C’est la compagnie des quatre fers en l’air. C’est comme ça qu’on nous appelle dans le village. Les quatre fers sont comme des frères. Ils foutent la vie en l’air. Le plus grand est le plus intrigant. Il pousse le bouchon jusqu’à devenir intelligent. Le second est plutôt fort en gueule. Il donne la messe à qui veut rire. Le troisième se sauve toujours par les plus petites fenêtres. Celles des soupiraux ou des cabinets de toilettes. Le dernier est disparate. Il écrit juste comme il pisse. Il pisse souvent durant la dictée dit la maîtresse. L’une des maîtresses est la sœur aînée. Ils sont tous à la messe. Et c’est là qu’ils la vouvoie. Le dernier reste prostré durant la récré. Il est plein de pisse sur sa chaise. Tout remonte déjà dans sa tête. Ma pauvre caboche dit-il. Trois des quatre fers battent le père. Le père revient avec ses crachats. La sœur a roulé la tête du dernier dedans ses seins. Il arrête de la vouvoyer. Avez-vous déjà pissé tout en parlant ? Avez-vous déjà écrit tout en branlant ? Moi j’écris de la même main qui branle. L’écrit me branle et pisse. Je tourne et ratatourne dans les vieux airs comme dans les flaques. Et c’est l’air des quatre fers en l’air. Celui qui ratatourne toujours dans la chambre à ma sœur. Du coup je m’écroule dans le cercueil en réécoutant ça. C’est une musique qui vient de loin. C’est quand on disait au revoir à grand-mère dans les chemins. Et que l’écho nous redisait au revoir. L’écho parlait longtemps en soi. Les quatre fers et la sœur dans les chemins à s’écouter. Les quatre fers et la sœur dans le crincrin à tournoyer. C’est la grand-mère qui appelle la musique un crincrin. Car elle passe sur un tourne-disque et la musique craque. Les quatre fers n’écoutent pas tous le même craquement. Chacun tournoie dans son chacun. Moi et ma sœur on s’écoute tous les deux. On s’agglutine au fond d’une caboche. C’est la musique des pink floyd. C’est ma musique pour héros de carton pâte. Ça colle. C’est à cause de toi ma sœur. Tout le graisseux amassé dans la tête. Ça nous fait une belle solitude. C’est ça qu’on nous invente. On s’invente à la solitude et pas autrement. Les quatre fers et la sœur sont au fond du canapé. Ils regardent la télé en écoutant les pink floyd. Dans la télé tu me montres un pauvre petit beatle. Tu me dis maintenant il est tout seul et il est chauve. C’est peut-être pas un beatle. C’est un Ten Years After. Ou alors c’était un pink floyd. Ils ont tous le même nom de toute façon. Sauf que maintenant ils connaissent aussi la solitude. Maintenant tu me montres ce type chauve à la télé. C’est un pauvre petit beatle, comme tu dis. Il est devenu un type chauve et perdu dans sa vie. Il a plus ses copains les pink floyd. Il a perdu ses cheveux tout bouclés. Il a juste des souvenirs. Mes pauvres souvenirs ne tiennent à rien nous dit le pauvre petit beatle. Il est tout chauve. Il se cache dans les rues et les images le suivent. Tu t’exclames en lisant sa première histoire. Elle s’appelle Les deux petits héros. Le petit chauve a oublié un h à héros, du coup ça fait les deux petits zéros. Ça rigole bien. Et la soeur laisse son petit frère écouter Atom heart mother. La mother aime bien les albums pompiers. Quand le dernier des pink floyd l’écoute il repense à la poupée de sa sœur. Je l’avais mise en terre dit le petit beatle. Je voulais t’enterrer dans le jardin. Notre père a rigolé. Enfin tu te décides. Et la mère aussi avait rit de plus belle. Maintenant il va te falloir la déterrer de toi-même. Je m’asperge de terre en la regardant. Je m’en mets plein dans le crâne. Atom heart mother. Atom heart mother. Des coups de bêches dans la caboche. Je t’ai enterrée près des asperges. Puis j’ai fait ce geste impensé de me jeter de la terre sur la tête. Plusieurs pelletée sur mon visage. Que vais-je devenir. Je suis un pauvre beatle tout seul et chauve et dans mes souvenirs. Je me souviens que nous suivions la trace de ce pauvre type qui s’éloigne dans la télé. Il avait été un beatle ou un pink floyd. Il sautait dans les studios télé. Il faisait des bonds dans la musique. Ses collègues ou ses frères le regardaient d’un sale œil. Ils l’entendent que d’une oreille. Ils le regardent d’un drôle d’air. Ils ont fait ce drôle d’air qui est resté pour la postérité du chauve excentrique. Ils en ont fait une musique pour névrosés. Leur musique a été faite pour les chauves. Pour leur construire un écrin. Ou un écran. Pour accompagner la figure du chauve jusqu’à sa dernière demeure. Le héros a maintenant son écran ou son cerceuil. Il a toute la télé pour lui maintenant et pourtant nous le plaignons. Que va-t-il faire maintenant dans cette télé, sans tous ses copains. Ils l’ont tous lâché sauf toi ma sœur. Ça fait longtemps que tu lui parles plus, mais ce n’est pas pour les mêmes raisons. C’est que toi tu es devenue folle, tandis que les autres n’étaient plus les pink floyd. Ils s’étaient mariés. Ils avaient des grosses barbes et du bide. Toi aussi tu connaissais bien des barbus bidonnant. Tu t’es mariée avec un d’eux d’ailleurs. Je lui ai jeté sa valise dans l’escalier. Et je suis resté avec ma poupée. Me voilà recroquevillé à côté d’elle. Elle a quelque chose que je ne pourrais pas enterrer je me dis. Tu ne peux pas savoir à quel point je t’aime. Moi non plus. C’est juste les pink floyd qui savent. Mais ils sont sans doute tous morts. Ou alors ils se sont mariés. Ils sont devenus chefs du personnel. Professeurs ou curés. Puis ils sont tous entrés dans la police. Ils ont embrassé la carrière des emmerdes et ont fait des enfants. Les enfants c’est toujours mieux que les parents. Les parents sont déjà des enterrés. Ça ce n’est pas toi ma sœur qui m’a appris ça. C’est le crincrin. Celui qui a filé entre tes doigts. C’est toi mais ça n’est plus toi. C’est que des os de poupée qu’on retrouve. Je reste longtemps à rêver de toi au fond du cercueil. Je suis né pour ça. Pour rêver de toi dans des fonds de cercueil. Même quand tu étais ma maîtresse et que je t’appelais madame. Je ne savais pas que tu étais ma sœur, car ma sœur parle à mon oreille et me montre des images. Elle me fabrique des choses avec des couleurs et des mots. Elle me fait trop marrer ma sœur. Elle n’a jamais été vacharde. A la piscine elle m’attend avec des sandwichs au pâté. Rien de l’amour d’une mère avec ses vacheries par derrière. Rien de l’amour d’un fils avec ses petits coups en douce. J’ai soudoyé toute la famille sauf toi. Toi je t’ai rien volé. Même la poupée je l’ai tuée parce que c’est toi qui la regardais plus. Et puis ce n’était pas une poupée. C’était un petit baigneur qui mange des sandwichs au pâté. Le petit baigneur écoute Ennio Morricone. Le bon la brute et le truand. Il revoit sa sœur en mariée à l’église. Toute blonde et blanche. Il était une fois dans l’ouest à paillencourt. Quand les daltons reprennent le chemin pour Thun l’Evêque et qu’ils entendent l’écho de grand-mère. Le crincrin d’Edmond Tannière tout in haut de ch’terril. Tonton Jean et tante Marthe. Les meneu d’quevau. Les Daltons n’étaient pas contents que tonton Jean pince les fesses de leur soeur. Tonton Jean pinçait ainsi toutes les fesses. On ne caresse pas les jambes de ma sœur. C’est moi seul qui vais avoir la jarretière. Ils ont beau mettre plein de pognons sur la table les daltons réunis. Ils peuvent perdre tout leur cheveux à l’instant même. C’est moi qui vais remporter la mise et qui vais enlever la jarretière. J’ai gardé la jarretière de ma sœur dans ma chambre. Ma mère voulait que je la cache dans l’armoire. Atom heart mother. Elle a toujours construit des caches pour m’indiquer le mal du sexe. Ma mère est une vacherie. C’est le mal incarné. Elle a tué ma sœur pour que j’arrête de me masturber. Mais il était déjà trop tard. J’avais maintenant perdu mes cheveux et j’essayais de parler en écrivant. Vous avez déjà parlé en écrivant vous ? Vous avez déjà essayé d’écrire tout en pleurant ou vous masturbant ? J’ai versé plein de larmes quand j’ai réécouté tous les crincrins du cercueil. Elle y était plus. Ce n’est même pas ça. C’est moi-même qui n’y es plus. Je suis plus innocent. Tout le monde a dégagé la piste. Je me suis posé la question du monde d’ailleurs. C’est quoi le monde d’après vous docteur. Je ne suis jamais allé voir un docteur. Le monde est mon docteur. Je veux dire qu’il me rend malade avec son crincrin. Et ça m’est néfaste. Le monde me fait penser à un tas de docteurs. Toutes leurs cochonneries que vous emmagasinez dans leurs salles d’attentes. Tous ces tas enterrés qui ressortent d’un coup. Sauf que quand on ouvre les sacs on y voit la sœur. La sœur et son sourire qui attend son pauvre baigneur à la sortie de la piscine, avec ses deux petits pains au pâté. Ça lui suffit. Il n’y a rien d’autre à vivre qu’à sourire et monter dans la bagnole. Partir et jouer. Faire des dessins et rigoler. Regarder la télé. Le mal existe pas. Parfois les daltons peuvent se battre. Le plus petit contre le plus grand. Le plus cogneur contre le plus intelligent. Le père parfois casse toutes ses canettes sur leur tête ou vient à leur cracher dessus. Les daltons montent alors d’un seul homme. On ne sait vraiment pas les distinguer. On sait qu’ils peuvent être marrants. Ils me prennent sur les genoux. Il me chantent des chansons. Mes oreilles tombent-elles. Saurais-tu les ramasser. Les entortiller ou bien les nouer. Les jeter par dessus l'épaule. En visière de pompier. Il n’y a rien d’autre à faire que vivre ou s’emmerder. Raconter des blagues ou chanter Mes oreilles tombent-elles. Saurais-tu les ramasser. Mettre un peu l’ambiance quand il n’y en n’a plus. Quand le père a trop cogné sur les Daltons. Il n’a jamais cogné sur eux pourtant. Ça a toujours été les Daltons qui cognaient. Ma sœur le savait. Elle me cachait. Elle m’enfouissait la tête dans ses seins pour ne pas que je vois le déclin des frères. Le père leur a craché dessus et alors ? Ça n’est qu’un pauvre ouvrier. Il ne chante pas Mes oreilles tombent-elles. Saurais-tu les ramasser. Même quand il enfouit sa bêche à côté des asperges. Il nous dépasse tous d’une tête dans la génération. Il devance le monde des futurs chauves. Ma sœur met bien les choses à leur place. Les Pink Floyd ou les Beatles resteront dans l’air. Mais tu vois ça n’est que du vent. Regarde-les encore fuir face aux caméras. Il se sentent traqués. Il savent bien qu’ils ne peuvent tenir un isolement plus longtemps. Il faut qu’il revoient leur sœur. Qu’elle les déterre de la vie. Seulement la vie est foutue. Elle a su que son frère ne serait pas innocent non plus. Qu’il deviendrait un de ces foutus Daltons qui ont raté leur vie. Ils ont lâché les armes et se sont mariés avec leur propre mère. Toi au moins tu as vu ça. Toi au moins on peut dire que tu m’as appris à vivre. C’est-à-dire à souffrir. C’est-à-dire à savoir à quel point on est seul. Tu es ma maîtresse et je te vouvoie. Je n’arrive pas à écrire tellement je pleure. Je reste comme prostré. Il n’arrivera à rien dans l’existence dit la maîtresse. Des Daltons il est celui qui écrit le plus à l’envers. En plus il pisse sur lui et il faut une glace pour le lire. C’est sa mère qui dit ça. Elle veut dire un miroir. Elle a toujours mis un mot à la place de l’autre. Le bonhomme qui s’enfuit dans la télé, n’est jamais devenu un pauvre petit baigneur. Il est devenu sa propre mère. Il a remplacé la famille par les mots. Mais pas n’importe quel mot. Les mots de travers uniquement. Tous les mots sur lesquels d’autres achoppe la vie durant. Tous les mots qui vous font résolument louper votre vie à tous. Tous autant que vous êtes. Vous êtes devenus des pauvres baigneurs, alors que vous étiez les zéros à mes yeux et aux yeux de ma sœur. Les vrais zéros. Mais vous n’avez vraiment su remplir que votre rôle de barbus. C’est-à-dire de frères. Ceux qui freinent la vie des quatre fers. La vie de beaux-frères et de belles-soeurs. De tantes et de tontons. De cousins et de cousines. Même les neveux sont devenus chauves dans leur crâne et ils fuient les images. Les voilà tous morts. Car pas un ne s’est soucié de ma pauvre sœur devenue folle. Il n’y a pourtant pas un seul être dans toute la vie qui m’a pris dans ses bras comme elle. Pas un seul où j’ai pu me réfugier de la folie familiale. Tous les autres ne pensaient qu’à leurs intérêts. Ils ne voyaient pas en nous des êtres troués d’admiration pour la vie. Ils ne voyaient en nous que leur propre image. Celle de petits animaux apeurés et sanglants. Des êtres qui jamais ne pleurent et jamais n’écrivent à l’envers. Moi j’arrive à pleurer et à me branler en même temps maîtresse. J’arrive toujours à écrire à l’envers, c’est-à-dire à ma sœur. Elle n’était plus là pour me lire. Je n’ai donc plus qu’à m’enfouir dans la télé comme l’autre pauvre petit baigneur. Car il parait que ce n’était qu’un barbu bidonnant. On ne lui a jamais tiré dans le tas celui-là. On l’a laissé s’enfuir comme un lâche. Ils ont tous été lâches. Ils se sont tous enfuis quand ils ont su qu’elle était seule. Et toi aussi mon pauvre barbu. Toi aussi maintenant quand tu y penses. Plus tu approches de sa chambre et plus tu sais qu’elle y resteras dedans. Elle n’a rien compris à ton charabia. Elle s’est dit que ta peine n’était pas la sienne. Que la sienne était d’avoir porté toute cette famille de délurés, de la grand-mère jusqu’aux neveux et que ça ne suffisait pas encore. Ils voulaient tous l’ensevelir et toi aussi tu l’ensevelissais dans ton crincrin, avec tes mots qu’elle ne comprenait pas. Tu aurais pu lui expliquer que c’était de la poésie. Et que la poésie c’est aussi comme un sourire. Tous les mots qu’on écrit de travers font sourire à la vie. Tous les mots qu’on tord en soi c’est pour de bon. C’est tout le crincrin qui te permet de tenir face à tout ce qu’ils disent les autres chauves à la télé. Ce que tu écris toi, c’est pour leur dire d’aller faire un tour à l’intérieur. Allez donc faire un petit tour en vous-même et vous verrez. Allez vous balader un petit peu dans tout votre bazar. Allez faire vos emplettes dans le bonhomme. Une promenade de santé, pour prendre un peu la température. Allez donc prendre le frais cinq minutes et vous nous direz. Vous serez pas déçus. Et arrêtez de spéculer sur le monde. Le siècle était plutôt haineux. Fort bien. Le siècle nous veut la peau. Dont acte. Réservons lui nos boules puantes.

 

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