Vous êtes des éclairés, c’est-à-dire des marchands. Vous êtes à la pointe de votre éclairement. Vous êtes tous azimuts et vous parlez et vous dénoncez. Vous êtes à toutes les sauces des bons comportements et des réflexes salutaires de gens politiquement investis. Je le dis : vous êtes de cette manière les pires des capitalistes, car vous savez tout et vous êtes sur tous les sujets brûlants et tous les fronts de la parole et des actes qui les accompagnent. Bravo. Nous, on demande juste de retourner dans cette crasse où vous assignez l’autre, celui à qui vous n’adressez que trop vos discours. Tout aujourd’hui est philosophique, c’est-à-dire chargé de causes et d’effets, de paroles et de vertus. Et quand je dis philosophique, ce n’est pas le philosophe chargé de rétablir des vérités et qui a un gros sac lourd de prétention à nous déverser (quoi que c’est aussi de sa faute si nous ne sommes plus que des philosophes et non ouverts à la poésie. Tous les champs sont investis par les philosophies, que ce soient les politiques, les artistes, les activistes, les militants des sans papiers, les galeristes, les critiques de cinéma, les généraux de Tsahal , de l’OTAN, les technocrates de l’UE, les architectes, les écrivains et les philosophes : tous ont lu Deleuze). Ce n’est pas LE type cynique qui remet en cause tout ce qui se dit au nom d’une soit disante Ethique de vivre et de penser l’autre, c’est plutôt tout le viatique de la pensée construite pour adapter le sauvage à nos situations. Kafka disait déjà que nous étions nus sur la terre. Nous vivons aussi dans des huttes, mais nous ne voulons avoir qu’une connaissance par bribes de la vie comme elle devrait être vécue.
Le cul vu par les sauvages.
Nous explorons sans trop nous faire de mal. Nous exposons la différence, la singularité, mais en enjolivant, déjà avec les mots différence et singularité. Nous voulons tramer l’expérience de la violence, de la différence. Nous en causons. Nous sommes en lutte et nous sommes en butte. Beaucoup de luttes et beaucoup de buttes. Comme beaucoup de bibelots inventifs et amusants, des bibelots « artistiques » qui peuplent nos journées et pour finir toute notre vie. Mais tout retombe en sucette, comme de la mort entre nos mains. Il n’y a rien qui reste. Tout retombe vite en sucette dans la tête et nous n’avons plus alors qu’une seule envie, celle de nous suicider (ou alors de regarder la télé).
Vous serez toujours au-dessus de nous. Vous serez toujours dans le bon camp des idées. Les bonnes et chères idées qui vous dictent votre bonne et chère conduite. La conduite à tenir face à ces deux mots que nous avons eu le malheur de lier ensemble : « Armée noire ». Car ces deux mots associés, comme une association de malfaiteurs, vous donnent droit de penser qu’il y a un petit problème. Un léger malentendu historique. Une bévue à réparer. Un ennui généalogique qu’il faudrait remédier. Un truc pas réglé chez nous, les frustrés populo-fachos, et qu’il faudrait qu’on éclaircisse un peu notre pensée (il serait temps ! car il n’y a que la pensée bien instruite de mots qui marche avec vous. Il n’y a qu’un alignement conséquent de mots qui marche avec vous. Une enfilade. Il faut une bonne enfilade qui viendra chassez la précédente enfilade de mots et ainsi de suite. Car ça vous paraît très obscur cette affaire, étant donné qu’armée dit bien avoir des armes et être en bande organisée et que noir c’est le contraire de rouge. N’est-ce pas ? Noir, c’est bien le contraire de rouge ? Vous êtes des cons. Des sinistres cons. Si vous pensez ces choses. Mais tant pis. Nous pouvons aussi parler aux cons, que ce soient des cons de philosophes et aux cons d’artistes aussi nous pouvons parler, et aux autres cons de militants et soit disant intellectuels et nous pouvons continuer de dire à ces autres cons que ces mots pour nous signifient bien autre chose, et pas qu’une histoire de maman qu’elle raconte au fiston pour le protéger de la mauvaise engeance qui sévit dans sa ruelle, mais une histoire de gens. Oui des gens qui se sont fait continuellement matraqué la gueule par vos belles théories (car, pour une bande organisée, on peut dire que vous n’avancez pas à découvert vous ! vous avez des munitions !), par vos sinistres scissions historiques entre la gauche et la droite, alors qu’on sait bien qu’il n’y a ni gauche ni droite en politique. Il y a juste un milieu. Il n’y a qu’une bande de fumistes éclairés par un milieu de brillants universitaires qui prennent le pouvoir bien au-dessus des pauvres types qui se coltinent la vie. Et l’armée noire c’est la marée des familles qui se coltinent justement la vie. Et qui ne peuvent même pas espérer changer de pays, comme vous le dites sans arrêt, dès que ça va un peu mal. Ça leur vient même pas à l’idée de changer de pays ou alors si ça leur vient à l’idée, ça sera sûrement contre toute votre science. Oui ces gens c’est l’armée noire, c’est-à-dire qu’il n’y a pas un mot ni un type plus haut que l’autre dans cette crasse des peuples. Ça grouille dans la merde dans laquelle vous la laissez. Et vous la laissez. Vous les avez toujours laissés et vous les laisserez toujours dans cette merde noire, car il n’y aura que le pouvoir qui pourra lire votre parole. Les gens de pouvoir. Ceux-là seuls liront ce que vous avez pensé pour eux et non pour l’armée noire. Jamais un seul philosophe n’a pensé pour les pauvres types, mais pour le pouvoir des politiques en place ou pour les futurs.
C’est un peu dur à avaler n’est-ce pas ?
C’est tout de même un peu gros cette histoire à la con, non ?
Tout de même.
Qui sont ces connards qui nous parlent ainsi ?
A nous qui avons tous les mots à disposition ?
Armée noire ça veut bien dire « les fascistes », non ?
C’est bien ce que vous pensez ?
C’est parce que vous avez une bonne idée des mots et que déjà un tel de ces professeurs complexé de la bite les avait répertoriés et proscrits une bonne fois pour toute. On ne peut plus y revenir. On n’y reviendra pas sur les mots et leur place dans les dictionnaires et dans les phrases bien construites, ON N’Y REVIENDRA PAS !
Pourtant il va bien falloir y revenir aux mots. Et d’une autre façon que ceux qui taillent des jolis concepts, comme des couronnes de fleurs, d’une autre façon que ceux qui se font des jolies barbes de philosophes à nos contemporains. Et tous nos contemporains sont devenus des philosophes d’ailleurs. Tous barbus !
Tous les artistes qui nous entourent pensent cette même merde bien centrale et bien sous tous rapports. Ils ont tous cette même merde dans la cervelle à force de lire les gens instruits des ministères et des universités. Et certains voudraient qu’on épargne les philosophes. Qu’on ne fasse la guerre qu’aux universitaires et qu’on oublie les artistes qui de toute façon ne sont pas les vrais artistes. Qui sont-ils alors ? Il faut bien appeler un chat un chat. Un artiste est un artiste. Tout comme un artisan est un artisan. Un artiste est donc, en ce moment même, un type qui est un militant en dehors de son œuvre. Il milite l’artiste, pour une cause-toujours-tu-m’intéresses. Mais dans son œuvre, tu peux toujours courir qu’il soit là l’artiste de la cause-toujours-tu-m’intéresses. Toujours à aller militer du côté des bonnes œuvres le militant, et des pensées caritatives et de la charité des institutions. Toujours présent le couillon d’artiste. Et les autres ? Mais c’est pareil. Pauvres types qui veulent en découdre mais ailleurs d’eux même, comme si le centre était quelque part pour quelqu’un d’autre. Il n’y a pas de centre. Il n’y a que des confusionnés de l’époque. Des pauvres types plein de confusions à cause de ces penseurs qui ont confusionné dans leur fauteuil sur la crise. Pourquoi dire « ces philosophes » ? Je les appelle ainsi, car le philosophe est bien souvent celui qui représente la parole et la pensée en acte, la doctrine et l’éthique, le type qui a tous les mots de la terre dans la poche et qui joue avec les discours comme avec les cartes. Un tricheur, un affabulateur de premier ordre : un empaffé de gauche ou de droite (ça, c’est leur créneau !) qui détourne toujours la vraie conversation, c’est-à-dire qui ne pourrait rester complètement aphasique plus de trente seconde.
Car c’est ça la vraie conversation : l’aphasie ! le trou ou l’empêchement de parler et pour finir le suicide. C’est ça la vraie philosophie : l’humain est une machine à suicide et c’est la pire bourde de l’univers, alors arrêtez de nous courir sur le haricot avec votre défense de l’animal contre l’homme, ou la défense de l’homme contre la matière ou alors l’homme contre l’homme, ou, dans le pire des cas (car là, c’est le politique qui fait le relais) l’éthique de l’homme souffrant comme la bête.
On s’en fout des victimes comme des bourreaux, de la paix en occident ou de la démocratie grippée. Les philosophes dont nous parlons ici, il faut enfin le dire une bonne fois pour toute, sont bien ceux qui ont trempé dans les pires affaires de la démocratie cul bénie, depuis mai 68 jusqu’à nos jours et qui ont retourné leur veste sans arrêt jusqu’à ne plus savoir comment se vêtir et à quelle sauce être mangé et ne sachant ni quoi ni qu’est-ce quand on leur parle DES GENS.
Si je pouvais leur foutre ma main sur la gueule à tous ces empaffés de philosophes qui n’ont rien compris à notre projet et qui nous ont toujours pris de haut. Mais je le ferai pas. Car je resterai parmi les minus, les gratte-paperasse, les merdeux, les sourcilleux, les encrassés du bulbe, les bonnes femmes. Celles qui s’en prennent de bonnes sur la gueule par ces maris couillus, c’est-à-dire intellectuels et dénonciateurs. Des machos les penseurs d’aujourd’hui. Eh bien, l’armée noire tient avec ces putes ! Car ce sont vos putes les femmes. Et les hommes, de simples moyens d’accéder à d’autres putes.
Bobonne peut aller se rhabiller après la turlutte : la philosophie ne la concerne pas, mais plutôt les chefs de cabinets, les chefs de ministères, les chefs de partis ministrables, les chefs de la bande armée des philosophes, les chefs des radios et des télés, les chefs galeristes et les chefs de la culture pour tous, les chefs de l’édition qui reçoivent tous vos e-mails. Les chefs en tout genre. Toute cette engeance de chefs qui a aucun moment de l’histoire n’a fait partie de l’armée noire.