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l'exercice n'est pas fini

L'exercice n'est pas fini, rasseyez-vous sur vos chaises, ouvrez le bureau et prenez une feuille, reprenez votre stylo et écrivez ce qui va suivre : l'exercice n'est pas fini, rangez votre stylo et remettez votre feuille dans le bureau, refermez-le et levez-vous de la chaise, repoussez-là contre la table et écoutez : l'exercice n'est pas fini, tirez votre chaise et asseyez-vous, ouvrez votre bureau, reprenez votre feuille et votre stylo et écrivez à nouveau : l'exercice n'est pas fini, prenez cette feuille et rangez-là, rangez aussi votre stylo, levez-vous et remettez bien votre chaise et écoutez enfin ceci : l'exercice n'est pas fini, alors rasseyez-vous de suite sur la chaise et fouillez dans votre bureau pour retrouver le stylo et la feuille où c'est déjà marqué deux fois l'exercice n'est pas fini et inscrivez ceci à la suite : l'exercice n'est pas fini, puis levez-vous sans broncher, remettez la chaise sous votre table et écoutez attentivement ceci : l'exercice n'est pas fini...   

 

le béguin

Voici un son retrouvé pour un travail fait avec les participants du centre social du vieux Cambrai (le quartier de Selles) que j'ai rencontré durant 6 mois avec Cécile Richard, notamment. Ce travail (dessins, videos, textes, photos) était soutenu par la Drac Nord pas de Calais. Un livre devait se faire avec les services du patrimoine et de la médiathèque de Cambrai. Ca fait deux ans, il n'a toujours pas vu le jour et ne le verra sans doute jamais, ce qui est un beau foutage de poire vis-à-vis des habitants du quartier du chateau de Selles,...

Mais passons : Heureusement il reste un son, qui a permis un texte (qui s'appelait "le béguin") et ce texte je n'ai de toute façon pas hésité un seul instant à l'insérer dans Comprendre la vie, édité chez POL, à la page 218.

Ce son explique un peu la genèse du texte. 

 

loupé

 

Nous sommes dans l'art, nous ne sommes pas ailleurs, il n'y a pas d'ailleurs en art, il n'y a pas de possible artiste, l'ailleurs n'existe pas, l'artiste non plus, il est à chaque fois une nouveauté de la vie, la vie n'existe pas, l'éternité non plus, il n'y a rien qui tient la route assez longtemps pour l'art, l'art n'est pas la vie, l'art et la vie se donne la main pour vivre, l'art et le vivant ne sont pas là pour être éternels, cependant créer une intensité vitale, il n'y a pas d'intensité si vitale ailleurs, ailleurs c'est la tromperie des intensités, il y a des intensités mais qui sont vite trompées, l'art est trompé, la vie est trompée, tout est trompé par des intensités à vue courte, car nous avons toujours la mémoire courte dedans, c'est la mémoire qui nous cause le plus de tracas, nous oublions l'art, nous oublions la vie, nous n'avons soif que d'intensités fausses, les fausses intensités c'est ça qui produit l'existence, notre existence se veut durer, et pour durer il faut inventer, pour durer il faut se projeter et exister, on se projette dans un tas de mots, on fait durer par les formules, c'est ça l'intelligence de la formule, on croit avec ça durer mieux, il n'y a rien à faire durer, il n'y a que des loupages en formule, comment louper sa formule et malgré tout durer, rien qui dure, tout se loupe avec intensité.

Recherche traducteur pour l'allemand merci de répondre via ce site

J'ai envoyé un mail à Claude et lui ai demandé de me tenir au courant ou de te réécrire. J'ai rien compris au message et je ne comprend pas l'allemand, et il y a même certains poètes du terroir que je ne comprend pas, et je ne comprend pas ma mère, mon père mes frères et mes soeurs, et je ne comprend pas ma crotte quand elle disparaît au fond des toilettes sans l'avoir vue, et je ne comprend pas les petits commerçants, les commerçants, les commerces, les comères, les cons. Mais toi je te comprend, en fait tu voulais savoir ce que disait le message en allemand. Eh bien, je ne comprend pas l'allemand.

impro du matin (chagrin)

L’ECRIT BOULE. Je ne veux pas me suicider, je veux encore savoir, encore et encore, savoir un bout que je connais pas, un tout petit bout, comme un orteil, mais dans le savoir, le savoir ongle, l’ongle du gros orteil qui est caché dans le savoir, je ne sais pas le savoir, quel savoir, pourquoi faire, pourquoi ne pas se suicider tout de suite ? je n’ai aucune réponse à la vie, toutes les vies sont des réponses mais il n’y en a aucune de bonne, car il n’y a pas de question, toutes les vies répondent à rien, toutes les vies forment une seule et même voix, et pourtant il n’y a pas de son, mais ce n’est pas la seule fois que j’ai envie de cette voix, je passe un temps fou à ne plus savoir, je reste dans le noir de cette voix, je veux sortir et du coup je me demande qu’est-ce que ça veut dire de l’écrire, une des voix me dit qu’elle écrit, une des vies me le dit gravement, ou paisiblement, pour moi c’est incompréhensible, dire qu’on écrit est impossible à penser dans la voix, comment les voix peuvent dire qu’elles écrivent, il y aurait quelque chose à penser en dedans ? il y aurait des choses à dire, autant les dire et pourquoi les écrire, les écrire ça voudrait dire qu’il y a quelque chose de caché dedans, qu’il n’y a pas que la parole dans la vie, il y a le caché, et que le caché est là dans l’écrit, et qu’écrire est une musique qui nous cache bien des choses, il faut alors écrire pour savoir où se trouve la cachette, mais on ne trouve pas la cachette, alors on refait le chemin, mais ce n’est pas le même chemin, et personne ne sait où se trouve la petite cachette qui se trouve dans la voix, c’est pour ça qu’il écrit, dans une autre vie on trouverait une autre définition, encore la mauvaise, pourquoi faut-il se mettre tout à coup en boule, quand je pense à quelqu’un qui écrit je vois quelqu’un en boule, et pourquoi faire, une des voix de la vie me dit qu’elle ne fait plus que des bruits dans sa bouche, faire des bruits dans sa bouche pour imiter les paroles, pour imiter le sérieux des paroles, pour imiter les choses graves que disent les voix dans la vie, les voix dans la vie sont graves, elles pèsent de tout leur poids sur le devenir humain, c’est très important, il faut avancer tous en rond, il faut faire le dos rond, c’est important, parler est un peu faire la boule et rouler, et en avant l’humanité, en avant les gros parleurs avec leur science à parler, pour le moment ils n’ont toujours pas trouvé l’ongle du gros orteil, c’est pour ça que ça cause encore et encore.