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Papi aime dvorak

Papi aime dvorak, disait mamie, papi son disque préféré c’est dvorak, c’est ce que disait mamie, et fallait pas la contredire là-dessus, alors que pour ma part je n’ai jamais vu papi mettre un disque de dvorak et l’écouter, à la rigueur je l’ai vu écouter un disque de dvorak, comme ça, sans vraiment y prendre garde, mais ça ne veut pas vraiment dire que papi aimait dvorak, car c’est mamie qui mettait du dvorak et qui disait que c’était pour papi, car papi aime vraiment dvorak, donc il faut mettre dvorak pour faire plaisir à papi, car c’est son disque préféré, celui de la symphonie du nouveau monde, papi il écoute que ça ! d’ailleurs à part celui-là, à part ce disque préféré là, je vois vraiment pas ce qu’aimait papi comme musique, il n’en a jamais parlé, il n’a jamais dit aimer la musique, il n’est jamais venu auprès de moi pour m’avouer j’aime tel disque, j’aime tel ou tel musicien, tel compositeur, tout comme il n’a jamais dit qu’il aimait dvorak et sa symphonie du nouveau monde, c’est pour ça que quand mamie met du dvorak, ou plutôt qu’elle me force tel jour, à partir de je ne sais quel moment qui la pousserait à cette soudaine lubie de me faire mettre le disque de dvorak sur la chaîne, c’est parce que papi est là et que ça plaît certainement à mamie de se dire que papi aime dvorak et que parmi toutes ses compositions, parmi tous les enregistrements qui existent du compositeur, c’est la symphonie du nouveau monde qu’il préfère par dessus tout, d’ailleurs lui-même, papi, il n’a jamais contredit mamie, c’est comme si ça lui était totalement indifférent, tout ce que pouvait raconter mamie, ça semblait lui passer bien au-dessus, sauf qu’en aparté, parfois il pouvait dire des choses sur elle et se lâcher, d’ailleurs c’est bien un mot à papi ça, « aparté », il aimait bien les mots, il aimait s’en servir du moment que ce mot ne servirait à rien dans la phrase ou juste pour la faire un peu reluire inutilement, il plaçait par exemple le mot aparté ou purpurin bien en évidence dans une phrase, pour qu’on soit marqué essentiellement par le mot plus que par la signification totale de la phrase, pour purpurin par exemple il aimait le placer dans une phrase quelconque, ce qui souvent faisait que l’interlocuteur face à lui s’interrogeait, du coup papi enchérissait (encore un mot de papi ça) en vidant de sa bouche un chapelet de purpurins à la suite, il répétait ainsi plusieurs fois le mot et finissait par « un baiser de mes lèvres purpurines sur ton front purpurin », ce qui faisait toujours rire tout le monde, même mamie qui riait pour ne pas causer de déplaisir à celui qui l’entendait pour la première fois. Il aimait plaisanter avec le langage papi, mais tout ça ne portait pas à conséquence, il commentait parfois longtemps après une conversation familiale, il revenait sur le sujet alors que tout le monde parlait depuis belles lurettes de quelque chose d'autre, du coup peut-être que papi est intervenu sur la question de dvorak bien après avoir passé le disque et que j’ai manqué ainsi son avis de mélomane sur la question, mais ça m’étonnerait, car je n’ai jamais entendu papi émettre un avis musical quelconque, il n’approchait d’ailleurs même jamais du tourne-disque placé dans le salon, ni mamie d’ailleurs, elle ne s’approchait pas de l’appareil et ne parlait pratiquement jamais de musique, sauf pour me faire avaler que papi aimait ce disque vinyl par dessus tout, qu’il avait une passion dévorante pour la symphonie du nouveau monde et qu’il ne fallait jamais hésiter à poser le saphir sur ce disque qui avait une pochette marron, avec pour image une vieille carte de l’amérique, une carte de l’époque de christoph colomb sans doute, mamie n’écoutait jamais de musique pour elle seule, elle me disait juste de passer dvorak mais pas pour elle et pour le reste du temps c’est moi qui décidait ce qu’on allait écouter, du coup elle écoutait tout de même un peu tout et papi, lui, c’est comme s’il n’y avait pas de musique dans l’espace et même dans son espace intérieur, comme si la musique n’avait pas droit de cité entre ses oreilles ou dans sa tête, c’est comme si tout ça c’était superflu, en tout cas ça n’était pas pour lui, il était trop préoccuper avec les conversations familiales d’il y a une heure sans doute, et Mamie du coup, question musique, elle ne parlait pas forcément que de dvorak, elle parlait aussi de police, un jour mamie a même dit, quand on m’enterra je voudrai qu’on mette du police, je me demande même si elle n’a pas ajouté : à fond, le jour de mon enterrement je veux qu’on mette du police à fond, et je lui ai demandé si elle ne voulait pas qu’on mette autre chose que du police durant l’enterrement elle a dit non, on mettra du police et c’est tout, je ne veux rien d’autre, et surtout pas de fleurs, ni fleurs ni couronnes, juste du police à fond quand je serai morte a-t-elle insisté ce jour-là.

Relevé temporaire des contributions aux revues.

NOM DE LA REVUE

NUMERO

ANNEE

La Grappe

27

1992

La Grappe

28

1992

La grappe

29

1993

Java

11

1994

La Grappe

30

1994

La Grappe

31

1994

La Parole Vaine

3

1995

La Parole Vaine

8

1995

Action poétique

141

1996

Java

14

1996

La Grappe

35

1996

Nioques

1.2

1996

Tombe tout court

1

1996

le Mensuel littéraire et poétique de Bruxelles

219

1996

Matières

2

1996

Fusées

1

1997

La Grappe

40

1997

Le Miracle tatoué

6

1997

Moue de veau

1036

1997

Prospectus

6

1997

Sapriphage

30

1997

TTC

3

1997

TTC

4

1997

le Mensuel littéraire et poétique de Bruxelles

231

1997

le Mensuel littéraire et poétique de Bruxelles

233

1997

Mou de veau "chien méchant"

1076

1998

Hygiène et santé

1

1998

L'art dégénéré (Al Dante)

1

1998

Le Corridor bleu

6

1998

Le Jardin Ouvrier

19

1998

Le Jardin Ouvrier

17

1998

Les Améthystes de Thyl

n° 5/6/7

1998

Ouste

1

1998

Poézi Prolétèr

2

1998

Prospectus

7

1998

Quaderno

1

1998

RR

1.2

1998

Boxon

3

1998

TIJA

3

1998

Avis de Passage

1

1999

Facial

1

1999

Il Particolare

1

1999

Le Corridor bleu

7

1999

Le Jardin Ouvrier

21

1999

Boxon

4

1999

La Grappe

49

2000

L'Anthologie 2000

1

2000

Patate

1

2000

Le Corridor bleu

9

2000

Java

21-22

2001

Doc(k)s

25 à 28

2002

Ec/arts

3

2002

Ouste

11

2002

à quel titre?

1

2002

Psychopathia Sexualis

3

2003

Boxon

14

2003

Doc(k)s

34 à 38

2004

Java

25-26

2004

Proposta

(?)

2004

Boxon

17

2004

Boxon

15

2004

Patate

2

2005

Action poétique

179

2005

GPU

0

2005

Java

27-28

2005

Stalker

8

2005

Du nerf

4

2006

Fusées

10

2006

GPU

1

2006

QQ

1

2006

Du nerf

5

2007

Parade (Bx arts Tourcoing)

7

2007

La Res Poetica

(3 numéros)

2007

Enculer (fiction)

2

2007

Revue Espace

3

2007

CEPS

2

2008

Doc(k)s

5 à 8 (série3)

2008

Du nerf

8

2008

Du nerf

7

2008

Du nerf

6

2008

Ouste

18

2008

Revue Internationale des Livres et des idées

3

2008

Gazette Armée noire

1

2008

Freak wave

1

2008

Anartiste

12

2008

La Journal (Arc Musée d'art Moderne Paris)

?

2008

Du nerf

9

2009

Ecrivain en série - Leo Scheer

1

2009

Il Particolare

21-22

2009

La Revue des gens bien et pas bien du tout

1

2009

Ce qui secret

1

2009

Armée noire

1

2010

Du nerf

10

2010

Overwritting

1

2010

Poésure et Sculptrie

1

2010

Art et Anarchie

2

2011

Kluger hans

12

2011

Social-Traitre

10

2011

Boxon

26

2011

L'Intranquille

1

2011

Contre-Attaque

2

2011

Vermifuge

4

2011

Gare Maritime

(?)

2012

Ouste

20

2012

Revue Batarde

1

2012

Revue l'Assaut

2

2012

Art et Anarchie

4

2013

Doc(k)s

17 à 20

2013

Gruppen

6

2013

Inferno

?

2013

Revue Batarde

2

2013

Europe

1024

2014

Grumeaux

4

2014

Gruppen

9

2014

Pli

2

2014

Revue Espace

10

2014

Revue l'Assaut

5

2014

Pli

3

2014

Ouste

23

2015

Sous vide

3

2015

Ce qui secret

num en ligne

2015

Gruppen

10

2015

Pli

4

2015

Inferno

6

2015

Bébé

1

2016

Europe

1045

2016

Frappa

1

2016

Pouest

1

2016

Résonance générale

8

2016

Revue Espace

13

2016

Gruppen

11

2016

Lou Ravi

Lou Ravi monte sur les plaques. Ce sont des plaques ajourées qui entourent le jardin. Lou Ravi monte dessus et marche tout autour du jardin. Lou Ravi surplombe les pommiers nains. Lou Ravi voit la forêt d’asperge et passe près du pêcher. Lou Ravi saute dans le champ du voisin ; c’est un fermier et c’est l’année où il plante du maïs. Lou Ravi se cache dans le champ et puis poursuit sa route vers le talus. Là, il y a un autre champ. C’est du blé qui arrive à maturité. Lou Ravi longe le jardin du voisin. Le soleil se découvre. Il y a un avion qui passe ; la base aérienne n’est pas trop loin et parfois on les voit voler en rase-motte le long des pâtures. Lou Ravi continue sa progression, jusqu’à descendre la rive. Il y a là un champ encore non cultivé. La terre est fraîchement retournée et Lou Ravi entend un claquement de fusil au loin. Son oncle est parti avec son chien. Lou Ravi va peut-être voir des chasseurs, mais en général ils sont de l’autre côté. Lou Ravi monte sur les premiers barbelés. Sa sœur me regarde à travers la fenêtre, elle sait que Lou Ravi se dirige vers les deux arbres ; sa fenêtre surplombe la campagne et elle peut ainsi me surveiller au loin. Lou Ravi est dans la première pâture, il y quelques vaches paisibles qui le regardent. Lou Ravi va peut-être croiser sa tante dans les parages, car elle est sortie pour les champignons. Le ciel est maintenant bien bleu, Lou Ravi le voit monter depuis l’autoroute. Les deux arbres sont plus très loin. Lou Ravi va aller jusque l’autoroute et se faufiler en dessous, dans un trou d’évacuation. C’est là qu’on passe en général pour aller au village voisin. Le soleil est de plus en plus chaud. Lou Ravi se faufile dans ce trou sous l’autoroute. Il entend le bruit sourd des voitures. Ma sœur sort de sa chambre et descendre de l’escalier, elle sait que Lou Ravi va se faufiler dans le trou de l’autoroute. Elle va courir le long du chemin pavé. Elle va courir sur le chemin. Elle va croiser grand-mère. Elle va entendre l’écho du village voisin. Elle va monter sur la rive et atteindre les deux seuls arbres de cette campagne toute plate. Elle va courir dans les champs de blé. La luzerne. Les pâtures. peut-être va-t-elle devoir passer entre les trous des vieux barbelés, puis courir vers l’autoroute, mais Lou Ravi sera déjà de l’autre côté, à chercher des champignons avec les grands-parents et avec tante Marthe. Lou Ravi sera déjà avec zorro, le chien de l’oncle jean. Il chassera la perdrix. Lou Ravi sera déjà parti en reconnaissance, loin du trou de l’autoroute.

Nous voulons du chaud. Que l’on crève de chaud. Qu’il n’y ait plus que ça. La chaleur. Que ça nous prenne bien au corps. Que la chaleur nous enveloppe. Que la chaleur nous protège. Nous avons toujours voulu ça et de plus en plus. Plus ça viendra et plus on aura chaud. Plus ça viendra et plus la volonté d’avoir chaud s’étalera partout. Plus ça viendra et plus la chaleur nous couvrira toute part. C’est nous qui le voulons. Nous et nous seuls. Nous voulons vivre où ça chauffe. Où ça bouillonne. C’est notre volonté. Personne ne peut contredire cela. C’est une volonté commune de bouillonner. Que tout le monde ait tout le temps chaud. Chaud à en crever même. Que la chaleur soit éreintante. Étouffante. Que la chaleur nous écrase. Que l’on soit tous à cuire dans notre coin. Que chacun veuille ça au plus profond de lui. Ce n’est d’ailleurs plus un secret pour personne. Que ça nous chauffe de près. Que ça vienne sur tout le corps. Qu’on soit rompu à l’exercice de la chaleur intense. Que cette excessive chaleur nous grise. Jusqu’à l’épuisement. Mais tant pis. Le monde l’aura voulu. Nous voulons cuire. Nous voulons la cuisson des corps. Que ça nous brûle au dehors et aussi en dedans. Que tout ne soit plus que chair cuite. Que l’espace même soit notre four commun. Qu’on ne soit plus que dans cette brûlure permanente à ne plus respirer. Que ça nous crame littéralement et pour des générations. Que l’on ne soit plus que des générations de têtes brûlées. Et pas seulement les têtes. Pas seulement les corps. Pas seulement notre être ou notre âme. Que tout l’environ nous ressemble. Qu’il soit aussi dans la même fournaise. Que tout soit enveloppé et ne fasse plus qu’un. Que tout soit rendu à nous-même et que nous soyons l’épicentre de la cendre.

Le grand décepteur

Le professeur est pour le suicide du sentiment, le sentiment ne trouve pas grâce aux yeux du professeur, ou alors seulement le sentiment professoral, le sentiment incarné par la force et le pouvoir professoral, le sentiment de force, le sentiment d’incarner le pouvoir, le professeur incarne son sentiment dans le dos des élèves, les élèves en ont plein le dos des profs, ils sont incarnés, ils n’atteignent que le sentiment professoral, le sentiment du prof est la seule vertu du cours, pas de cours aux élèves, mais l’instruction du prof à son propre sentiment, c’est son sentiment qui est prof, son sentiment dirige le cours, les sentiments des élèves sont ignorés, les sentiments restent dans les chaussettes, mais dans les cartable tout est proscris, dans le cartable de l’élève il n’y aura que le sentiment professoral, pas le sien, le sien de sentiment sera suicidé dès la première leçon professorale.

Le professeur incarne la force. Le professeur est le pouvoir incarné. Il fait mal à l’élève avec son pouvoir, car il le réduit en miette. Les sentiments des élèves sont comme des miettes qu’il faut balayer. Il y a des petites miettes encore monsieur le professeur. Ce sont des sentiments d’élèves. Balayez-moi tout ça hurle le professeur, le professeur passe derrière les balayeurs et leur colle des grosses claques. La claque professoral est un sentiment qu’il faut passer à l’élève. Il faut lui passer l’envie de recommencer à avoir des sentiments pour les miettes de son savoir.

L’élève son savoir c’est son sentiment. Et le professeur a le sentiment que son savoir sait tout. Il faut que Lénine revienne. Le métier de professeur ne peut être lié à son pouvoir sentimental. Il faut qu’il soit comme un champion de course automobile le professeur. Un grand joueur d’échec le professeur. Mais il ne doit pas mettre en échec les sentiments estudiantins. Il faut un nouveau Lénine pour décider quoi faire des professeurs. Le nouveau Lénine décidera que le prof est un sportif de haut niveau qui se prépare à rentrer dans la classe. La classe du professeur est une arène où se joue la coupe du monde professorale. C’est les étudiants qui décernent la coupe du monde professorale. La coupe du monde professorale se joue pendant dix ans. Le tout nouveau Lénine fera une loi où le professeur participera à la coupe du monde des professeur pendant dix ans, après direction la retraite. Pas de sentiment.

Les vieilles colères ne nous aident pas. Elles nous ont aidé les vieilles colères mais elles ne nous aident plus. Elles sont des vieilles martingales de colères. Ce ne sont pas les colères en elles-même mais ce sont ceux qui ont porté ces colères, qui les ont fabriquées et portées. Ils ont fabriqué des colères pour un temps, le temps où ils avaient faim. Seulement la colère les a nourris et ils font mines d’ignorer les colères nouvelles. Ce n’est même pas ça. Ils veulent reprendre les colères, car ils écrivent encore des manifestes, mais ce sont des manifestations de fausses colères. Comme si toutes les colères on pouvait les mettre dans le même sac, comme si on pouvait brader les colères d’aujourd’hui car elles ne vaudraient pas celles d’hier. Celles d’hier semblaient plus vraies, ou alors plus folles. Celles d’hier plus sincères. Ce sont ceux qui ont porté ces colères et qui ne sont plus en colère, qui veulent défaire la colère d’aujourd’hui, en la mêlant à toutes celles qu’ils ont connu. Ils ont connu les colères et les ont éteintes, mais ces colères ne se sont pas éteintes pour autant, en fait quand je dis qu’elles ne nous aide pas, c’est faux, évidemment, mais ce sont les porteurs de colères qui sont fourbes. Ils nous ont fourvoyé en nous montrant qu’au final, la colère finit par retomber. « donnez-moi les colères d’aujourd’hui et je les brandirai dans mon magasin avec celles d’hier !». ça veut bien dire que sa colère d’hier était un peu de la gnognote, que ça ne pouvait pas fonctionner totalement, qu’il y avait un endroit où la colère ne prenait pas. Elle ne prenais pas sur le bonhomme la colère, car elle n’était pas dupe, le bonhomme avait d’autres visées. Sa colère était un moyen d’accéder à autre chose, à quelque chose sans colère. Il faut bien dire que la colère, si on la porte seul, c’est difficile. Il faut que le monde soit emmené dans la colère, mais là c’est très délicat, la colère ça ne marche pas dans le monde, ou si peu. Le manifeste est un geste individualiste. Le manifeste est une colère pour s’asseoir, pour finir assis. Les manifestes conviennent bien au monde, les colères aussi, du moment que le monde est plutôt assis et pas manifestant (en colère). La colère ne marche pas, car elle a un autre but que le but de la colère. La colère a des buts cachés. Le vrai but de la colère, serait de changer la vie, de bouleverser le monde. Si le monde doit être bouleversé, il faut déjà bouleverser son propre monde puis bouleverser les choses, petit à petit tout autour, tout en restant en permanence dans le noyau de la colère. Et il ne faut pas mésestimer les colères de l’autre. Que chaque noyau de colère se rencontre, au présent. Qu’il n’y ait pas de mépris pour la colère qui pousse, la colère qui arrive, même si dans le tas il y a peu de vrais coléreux et qu’il y a surtout un tas d’arrivés dans cette colère, et que les arrivés échangeront vite la colère contre une place dans le monde, le plus horrible soit-il.

anti mouvement la danse

Je n’aime pas le mouvement. Tous les mouvements. Je n’aime pas quand ça bouge, quand il faut que ça bouge, que ça change. Fini le changement. Plus de mouvement ni de changement, ni de ça bouge. Bougeons dans le vent. Le vent ça sent. Nous tombons du vent. Le vent est mort et nous avec dans son mouvement. Son mouvement au vent c’était de danser. Le grand dansement. Le dansement c’est la danse qui nous ment. Nous ne voulons plus du mouvement, nous voulons du ment dansé, et c’est très différend, car nous ne voulons pas de la dépense. La dépense ment, tout comme la pensée. Nous tombons dans la danse. Nous nous laissons penser par elle. D’ailleurs elle ne pense pas la danse, elle pense-ment, car penser c’est déjà faire mouvement. Et à bas tous les mouvements ! A bas les pansements ! Nous dansons comme des écrasés. Nous n’avançons plus, sauf pour nous écarter du mouvement. C’est le mouvement de tout un chacun. C’est la danse à tout le monde. Alors nous nous écartons de tout le monde, c'est-à-dire de nous-mêmes. Nous sommes un corps qui change seulement pour danser. C’est-à-dire pour ressembler à l’écraser. Nous organisons la danse presse-purée. La danse cloporte. La pensée ne danse pas. Elle veut du mouvement. Elle veut également le grand écart. Le chant et le son. La musique et la vie. Tout ces écartements d’exister entre hier et maintenant pour malgré tout danser dans le grand cirque du vivant. Mais nous nous voulons la mort par écrasement, pas par la fuite. Penser est une fuite désespérée. Nous voulons la danse du ratatinement, pas du mouvement. Nous ne sommes pas morts. Nous sommes juste extrêmes. Extrêmement justes et vivants, jusqu’au prochain numéro. Le numéro suivant est le grand écart qui nous rassemble, le grand écart qui entre en nous-mêmes, par la parole et le geste. Pas par le mouvement. A bas les mouvements !

la pensée naît

le corps se change

la langue vieillie

les idées meurent

ne vous écartez pas du droit chemin

évitez de trop avoir des idées

les idées et les pensées s’écartent toutes seules

il est plus difficile de danser que d’avoir des idées

les idées, c’est quand on n’y pense pas qu’on tombe dessus

c’est d’ailleurs elle qui nous tombe sur le poil

il suffit de marcher dans la rue

et de pas regarder sur le trottoir

sur le trottoir les idées fument

il suffit de pas regarder

et ça glisse tout seul

mais pour tomber vraiment

il faut danser, c’est-à-dire s’écarter

pour faire le grand écart

il faut d’abord tomber les idées

comme on tombe la chemise

et la souplesse amoureuse revient

c’est-à-dire le naturel

il revient au galop

il fait la danseuse

sur le petit vélo

qu’il a dans sa tête

car sa tête elle seule danse

sa tête c’est la souplesse au naturel

sur le petit vélo, sa tête à elle seule

ça pense en dedans tout amoureusement

car c’est amoureusement qu’on est

collé à la bicyclette, on tombe

tout le peloton se prend une gamelle

on tombe amoureux, c’est-à-dire on danse

on tombe dans la danse

les yeux ébahis, la langue qui pend

le cœur qui bat la chamade

tous les organes passent leur musique

personnelle

c’est la révolte des organes

révolution = on danse

on fait exploser l’existence