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Jeudi 21 décembre, à 23 h, une émission d'Anne Montaron sur France Musique et un concert avec la Marmite infernale !

possibilité d'écouter l'émission ici

https://www.francemusique.fr/emissions/a-l-improviste/la-marmite-infernale-et-charles-pennequin-poete-performer-38814

ou même de regarder la video du concert (mais le montage de l'émission à la radio est très bien fait)

La Marmite infernale de l'ARFI, avec Charles Pennequin poète performer

Concert enregistré en public le 13 novembre 2017 à Radio France

L’opéra, voilà un nouveau défi pour la Marmite Infernale, l’orchestre de l’Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire.
Pourtant, des aventures, cet orchestre d’une dizaine de musiciens en a vécu : du concert traditionnel au ciné-concert et au spectacle. En prélude à ce projet ambitieux, la Marmite lyonnaise est venue improviser à la radio avec Charles Pennequin.

Sur la scène de notre studio, trois sets de batterie et percussions, une contrebasse, une basse électrique, un clavier et laptop, un violon, trois saxophones, un trombone, une trompette et une clarinette.
Je nomme là les instruments, mais ce sont les humains derrière les instruments qu’il faut évoquer car l’ARFI est un communauté, une famille.

arfi+pennequin

FOURRIENS OU RIEN !

Il y a les fouriéristes et les fouriens, les fouriens ont rien des fouriéristes, les fouriens ce serait comme dire les péguiens au lieu de dire les péguistes, car il y a une forte réaction péguiste que l'on connait, une réaction péguiste dont on connait tous ces membres et qui mangent au ratelier de la philo paternaliste, une forte réaction qui s'affirme péguiste et qui pourrait même se vanter d'être fouriériste, en tout cas nous faire croire en son progressisme alors qu'il ne s'agit que d'un mouvement réactionnaire, car la réaction veut trouver du sens partout, la réaction est dans les mots mêmes et en ce moment nous pouvons être soulagés et dire ouf, car pour le moment elle ni dans les fouriens ni dans les péguiens, ouf pour le moment la réaction se trouve partout ailleurs, du moment que le langage qui est sans cesse en quête de sens suive son petit penchant naturel, et tous ceux qui s’engagent dans le le petit penchant naturel du langage font du langagement, c’est-à-dire qu’ils désirent un langage porte flambeau du sens, ils veulent d’un langage qui révèle des vérités alors que les vérités ne sont pas dans le langagement, car à la vérité le langagement nous ment, il est un discours qui même s’il se dit de gauche, est un discours qui cherche le maître, et ceux qui veulent du discours maître cherchent le bâton, le bâton c’est le langagement qui est un maître-discours dont les fouriens se passent allègrement, car les fouriens savent bien qu’on ne peut utiliser le langagement pour faire des discours, c’est-à-dire actionner la pensée et lui donner un sens, faire que ce sens conduise vers les idées, les fouriens sont des artaldiens comme ils sont tout aussi péguiens, c’est-à-dire qu’ils pensent le réel au moyen des aphorismes et de la poésie, Artaud dit bien que les idées ne sont rien, que les institutions ne sont rien et que les passions retardent, vue que la pensée est sociétale et veut nécessairement fabrique du sens et au bout du sens les camps de concentration, même de gauche les utilitaristes de la langue nous conduisent au sens par le mensonge, les utilitaristes de la langue utilisent le sens pour parler de la révolution alors que le sens est le vecteur des crispations de leurs futures réaction, on le voit bien avec tous ces livres qui nous racontent combien il est nécessaire de se débarrasser des poètes soi disant accoquinés au pouvoir et aux artistes soi disant accoquinés à l’argent, en réalité c’est un discours purement réactionnaire car moraliste, tout discours demande le maître et cherche le bâton, tout langagement fait des appels du pied au futur maître qui a lui-même écrit ce discours, l’heure est aux petits maîtres et non aux fouriens, aux artistes et aux poètes.

Le dégout du langage, c’est à cela que nous sommes portés, à nous dégouter des belles formules, des nouveaux mots des pseudo scientifiques de l’internet, tout le monde relaye les informations et les nouveaux mots, le parler dégoute alors que la planète devrait être librement et constamment parcourue par de grandes bandes composées principalement de jeunes hommes et de jeunes femmes accompagnés d’adultes d’âge mûr passionnés d’aventure.

Dehors Jésus !

Il fait un beau soleil. Jésus se dit ça y est ! c’est le printemps ! Ça se sent quand c’est le printemps ; on sent qu’il y a ce beau temps qui s’étale pleinement dans les rues ! Jésus aime se promener dans les rues quand il fait beau. Même quand il pleut il aime aller dans les rues, Jésus. Mais là, c’est le beau temps. Un temps magnifique, comme il y en a parfois en mars. Seulement cette fois il s’y promène pas Jésus. Il est malade. Il est pas dans la rue. C’est rare les gens qui vont dans la rue, même quand il fait beau, se dit Jésus. C’est dommage de pas fréquenter les rues, car moi je fréquente les rues, se dit Jésus. Mais les gens, en général, ils aiment pas les rues, même par beau temps ! Ils disent qu’il fait beau, mais c’est pas pour autant qu’ils sortent dehors ! Peut-être à la veille de leur mort ils sortiront, se dit Jésus. Quand ils seront quasi rétamés ; c’est là qu’ils voudront descendre dans la rue. Quand ils seront à l’article de la mort, c’est là qu’ils aimeront aller prendre le soleil ! Eh ben il sera bien trop tard ! s’exclame Jésus. C’est vrai quoi ! Lui aussi, il s’est déjà vu à l’article de la mort ; il s’est déjà dit Si je suis malade, bien malade, malade à en crever, malade à plus bouger du lit, c’est là que je regretterais la vie dans les rues ! La vie quand il fait beau et qu’on se promène au bras d’une femme ! Car c’est encore mieux au bras d’une femme se dit Jésus ! c’est encore mieux quand c’est pour aller se pelotonner contre une femme en marchant dans les rues. Mais parfois les gens n’aiment pas ça ! Ils aiment pas que les couples se serrent ! Ils aiment pas voir l’homme se pelotonner contre la femme ! Ils aiment pas les gens, ils aiment pas non plus quand les couples ça s’embrasse, en plein dans la rue ! Ça non ils aiment décidemment pas ça les gens ! Et encore moins quand ça rentre dans les bars. A la rigueur aux terrasse de café. Jésus se verrait bien à une terrasse de café à l’instant même ; il se verrait bien commander un bon demie, un demie de bière s’il vous plaît ! il serait à une terrasse de café et il commanderait sa petite bière et il serait heureux comme un pape le Jésus ! Il attendrait une femme. Ça serait une toute nouvelle femme, qui viendrait comme ça, comme le beau temps ; il l’a connaîtrait depuis peu et ils se verraient pour les premières fois aux terrasses de cafés et ils s’embrasseraient. Jésus vivrait bien ça aujourd’hui ; aujourd’hui qu’il fait beau comme un sou neuf. Aujourd’hui il se verrait bien comme un beau jeune homme à une terrasse de café. Il serait plus si jeune mais ce jour-là il aurait l’air jeune. Et puis la femme qu’il rencontrerait elle lui dirait qu’il fait encore jeune. En tout cas il fait pas son âge le Jésus ! il a pas l’air d’avoir cinquante ans. Pas tout à fait cinquante, d’ailleurs. Il en a peut-être quarante-cinq à tout casser ? Et la femme lui dirait qu’il peut pas vieillir, avec les yeux qu’il a. Il a des yeux tout bleus le Jésus. Un peu de vert quand même. Mais quand on regarde vite fait, on se dit qu’ils sont bleus clairs. Et la femme qu’il aurait rencontré lui avait dit que ça conservait d’avoir des yeux pareils ! Les yeux bleus ça conserve, lui aurait dit la femme ! En effet, ça doit être dû à mes yeux que je vieillis pas trop mal, se dit Jésus. Mais là, pas moyen de décamper de cette turne. J’irai bien dehors voir cette femme, aller dans ce café, m’asseoir à une terrasse, mais j’ai trop mal, suis trop fatigué ; il fait tout sombre ici alors que dehors il fait si beau ! Dehors on serait là à s’embrasser avec la femme, on irait dans les bars et on se ferait même virer parfois. Il y a des patrons de bars qui n’aiment pas qu’on s’embrasse. En France surtout. En Belgique moins ; ils aiment bien les amoureux chez les Belges. En France, y a que là que ça peut lui arriver à Jésus, avec une femme. Ils seraient fous amoureux, alors ils se seraient retrouvés dans une rue. Ça aurait pu être n’importe quelle rue en France, la femme serait arrivée en covoiturage. Ils se seraient retrouvés dans une rue, une rue un peu crade et très animée, il ferait un peu beau mais sans plus. Peu importe qu’il fasse beau se dit Jésus ! Peu importe qu’il y ait du monde ou pas, quand on est amoureux ! On se fout de la rue où on est, de la ville où on se trouve, le pays même ! On se fout pas mal de savoir s’il pleut ou s’il fait beau ! On pourrait être dans n’importe quel endroit et du coup on serait allés dans un bar, n’importe lequel ! Celui-ci s’appellerait La France. Tout un programme ! se dit Jésus. On rentrerait là-dedans, on s’accouderait au comptoir du bar et on s’embrasserait goulûment ! Une vraie soupe de langue ! On n’a que ça à faire quand on s’aime comme des fous, se dit Jésus. Peu importe l’endroit où qu’on se trouve ! Peu importe les gens, on pourrait même se trouver dans un endroit très moche, on le verrait même pas ! ils pourraient nous balancer toute la musique nulle qu’ils savent mettre, on y entendrait rien ! On serait totalement concentrés à s’embrasser, comme dans ce bar La France. Dans ce bistrot, le patron le couple l’entend grommeler et tout à coup ils le verraient disparaître dans l’arrière fond, à la cuisine, pour parler à un type. Un type avec une sale gueule pas possible apparaîtrait, se dit Jésus, il arriverait dans le comptoir et regarderait les amoureux : On s’embrasse pas ici ! Vous payez vos consommations et vous déguerpissez, qu’il dirait le type à la sale gueule ! Vous aimez pas l’amour ? lui dirait Jésus. Non ! On n’aime pas l’amour ici ! auraient rétorqué en chœur le type à la sale gueule et le patron du bar. On n’aime pas ça l’amour, c’est dégueulasse ! Allez voir ailleurs ! Cassez vous ! Et alors l’amoureuse voudrait partir de La France sans payer. Mais lui Jésus il raque, même si on l’engueule. Jamais de café ou de restaurant basket avec son amoureuse le Jésus ! Il préfère toujours payer l’addition ! On en vivrait de ces trucs si je me décidais à sortir, se dit Jésus. Mais même si j’avais envie de prendre le frais, ça me serait bien impossible. Je ne peux pas bouger de mon lit, je vois par le vasistas que dehors il fait beau à crever. Pourquoi on prend pas l’air plus que ça quand on est bien portant ? se demande Jésus. Pourquoi faut-il que les gens s’enferment, qu’ils aillent au bureau, qu’ils s’enferment chez eux, dans leur bagnole ou dans leur bureau. Il faut tout le temps que ça reste enfermé, se dit Jésus.

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Tout ce qui nous parle (gesticulations, articulations & opinions)

Nous ne savons pas qui nous sommes, si nous le savions, nous exploserions, nous serions instantannément réduits en miettes, et ce serait une bonne nouvelle, car chaque miette de notre personne se démultiplierait et ferait de nous un explosif, quelqu’un qui explose dans du vivant à chaque instant, seulement nous ne voyons pas nous-même, nous ne voyons que l’ombre, l’ombre avance avant nous même, nous ne voyons qu’elle et pas nous dedans. Ça nous fait de l’ombre d’être nous-même.

L’ombre devrait apparaitre avant l’être que nous sommes et l’être que nous sommes devrait venir à la lumière, mais si l’être que nous sommes voit de la lumière, ça ne sera jamais pour l’être que nous sommes mais pour cette ombre de ce que nous sommes, l’ombre aspire la lumière, car de toute façon l’ombre de la lumière est venue avant la lumière même, et cela est du coup une bonne chose d’être une ombre, il faut alors être une ombre qui se sait, seulement l’ombre seule ne sait rien d’elle, il faut qu’elle avance vers l’autre, vers l’ombre de l’autre, il faut qu’elle devance son ombre avant l’ombre de l’autre, et on voit souvent venir l’autre, car on voit venir son ombre avant et lui après, on peut même lui faire son ombre à l’autre, c’est-à-dire qu’on pourrait devancer toutes ses œuvres, toutes ses nouveautés, tous les dires et devenirs de l’autre nous pourrions les faire à sa place. Nous voyons la beauté de l’autre, car nous pouvons l’inventer, nous avons la formule pour inventer chaque autre, sauf nous-même. Nous restons cantonnés aux abords de nous-même. Il faudrait alors contourner le problème et s’adresser la parole comme à un inconnu et ne se voir que parmi les autres, que nous-même soyons parmi la foule indistincte des autres, que nous-même ne sachions plus voir en nous-même qu’un autre comme les autres. En fait, il faudrait devenir totalement étranger à soi-même.

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Tout ce qui nous parle, tout ce qu’on croit venir de nous, toutes nos pensées, toute notre émotion intérieure, tout notre être émotif et inventif pour lui-même et surtout par lui-même n’existe pas, toute notre intimité vient du dehors, notre intimité est extime, c’est une extimité qui est dans nos dedans, c’est l’extimité qui parle au plus profond de nous et non l’intime, l’intime est extimisé, l’intime est atomisé par l’extime, nous avons peu d’estime pour l’intime non extimisé, il faut atomier l’intime, il faut l’exterminer par l’externe, car l’externe vient du tréfonds ou plutôt, il parle au tréfonds, il faut externaliser ce qui vient du tréfonds, car le tréfonds parle depuis l’extérieur, le tréfonds est un écho à ce qui se pense et se vit au dehors, l’intime est une boîte de résonnance, une caisse de sons et de sensations, il faut voyager léger dans la caisse à sensations, tout prendre du dehors et le dehors vient de toute manière des en-dedans, c’est des en-dehors qui deviennent des en-dedans qui ont très certainement été d’abord des chambres d’écho du dehors, des signes et des appels venant d’un dehors, ce sont des en-dedans qui ont poussé du dehors, qui sont venus et ont développé une particularité en dedans, qui ont d’abord poussé du dehors par une idée d’extimiser la vie, c’est-à-dire d’exterminer ce qu’on appelle encore sournoisement l’être, c’est-à-dire que les dedans sont venus exterminer l’intime, c’est-à-dire qu’il ont terminé l’ex-moi en l’être, l’ex-moi qui s’agite dans son bocal intime, celui que j’habitais avant de voyager léger avec mon nouveau moi, mon extimité visitée et revisitée par le futur ex-moi, c’est-à-dire par un autre en l’en-dedans.

Mais quand on dit ça on n’a pas tout dit. Quand on dit ça on n’a même rien dit, on a juste enjambé deux ou trois phrases mortes, on est juste passé au-dessus du cadavre d’une idée qui n’en est pas une, c’est encore une conviction intime qu’on a, alors qu’il faudrait se défaire des convecteurs et créer de l’inimitié dans l’intimité.

Tout ce qui nous parle est tout ce qui devrait sortir de nous, mais qui ne sort pas, tout ce qui nous est parlé nous vient de l’intérieur mais pour nous indiquer qu’il n’y a pas d’intérieur, si l’on veut signifier l’intérieur il faut que tout ce qui nous parle se mette à sortir, car tout ce qui nous parle nous infecte, tout ce qui nous parle n’est pas bon et ça finit toujours mal de vivre dans tout ce qui nous parle, tout ce qui nous parle ne vient pas de nous et pourtant il est nous, il est ce nous ou ce moi étouffé pour rendre gorge à l’étouffement, pour en finir avec les moi et les nous noués à tout ce qui nous parle, il faut parler à son tour c’est-à-dire vider la boîte à tout ce qui nous parle, car tout ce qui nous parle est un pourrissement, c’est notre devenir en pourrissement et qui viendrait de l’autre, c’est-à-dire de tout ce qui nous parle, mais tout ce qui nous parle est une invention d’un tout où nous croyons être extérieurs et où on se croit nourrit avec tout ce qui nous parle, alors on recrache bellement le tout ce qui nous parle comme étant ce qu’on a pensé au plus fort de nous-même, à la cime de notre personne tout ce qui nous parle somme comme une cloche peut sonner pour rassembler les ouailles d’un diocèse devant tout ce qui nous parle, car tout ce qui nous parle est repris par la bouche même de tout ce que je parle, du coup la bouche ne ferait aucun travail, ni la bouche ni la main ni d’autres organes hormis le travail de répétiteur de tout ce qui nous parle qui nous semble être le tout ce qui parle de partout, car partout tout ce qui nous parle parle et rebondit, résonne sans que ça donne que très rarement le tournis, tout ce qui nous parle nous empêche d’avancer nous fait tourner en rond en dedans de tout ce qui nous parle, il n’y a pas d’extériorité, il n’y a pas de for intérieur non plus, il n’y a pas de raison d’être, ni de sentiment, il n’y a que du vide brassé qui nous fait prendre des vessies pour des lanternes, il n’y a pas de sorties ni d’entrées, il n’y a face à tout ce qui nous parle qu’une sorte de danse, un phrasé particulier, une manière de siffler dans l’air, une façon animale de prendre de la hauteur puis, pour le mettre en pièce, s’abattre sur tout ce qui nous parle.

la poésie, c'est le retour à l'état sauvage de sa propre personne.

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Est-ce qu’on peut dire que nous sommes en vie ? est-ce qu’on peut se demander si c’est vivant ce qu’il y a en dedans de nous ? est-ce qu’on peut s’interroger s’il y a plusieurs vies en nous-même ? est-ce que nous-même sommes enfermés dans un nous-même qui ne demande qu’à vivre ? est-ce que ce nous-même qui est dedans nous-même est différemment vivant des nous-mêmes que nous avons en face de nous-même ? est-ce que nous-même qui nous posons ces questions sommes en vie face à nous-même ? est-ce que la vie nous dépasse nous-même en nous-même ? est-ce que la vie grandit en nous-même sans que nous nous en apercevions vraiment ? est-ce qu’il faudrait pas se demander si par exemple nous vivons tous les jours ? est-ce que nous n’oublions pas la vie en nous-même tous les jours ? est-ce qu’il y a des quarts d’heures ou nous-même sommes pas vraiment en vie ? est-ce que nous ne vivons pas un sale quart d’heure à nous demander si ça vit en nous-même depuis quelques temps ou non ? est-ce que parfois nous ne nous sommes pas oubliés de vivre et que ça a duré plus que de raison ? est-ce qu’il ne fallait pas s’interroger sur le vivant d’autrui pour nous demander si nous-même n’avions pas des problème avec notre vivant personnel ? est-ce que le vivant personnel de nous-même prend des pilules à autrui, pour se maintenir en vie ? est-ce que nous en prenons pour nous-même des pilules de vie ? est-ce que nous nous demandons pas s’il y a plusieurs sorte de vivants en nous-même ? est-ce qu’en nous-même il n’y pas plein de vivant qui sommeillent ? est-ce que ces vivants ne dépassent pas l’âge qu’on a nous-même ? est-ce que nous avons l’âge de notre vivant ou est-ce que tous les vivants additionnés en nous-même ne nous ferai pas vivre plus que de raison ? est-il si raisonnable d’avoir plein de vivants en nous-même et de les cacher aux yeux des autorités ? ne serait-on pas en droit de se demander s’il faut un peu réglementer la vie qui se présente aux abords de nous-mêmes ? est-ce que nous ne sentons pas qu’il y a un vivant qui pousse différemment chaque jour en nous-même ? est-ce que nous-même n’avons pas déjà l’impression que ça fait longtemps que la vie est venue et que nous ne faisons que passer nous-même dans ce flux avec plusieurs autres au fond de nous-même qui ne demandent qu’à surgir, dès que l’occasion se présentera ? est-ce qu’avec juste nous-même on pourrait faire le mouvement du vivant ou est-ce qu’il faut s’associer aussi à vous-même ? pourrait-on faire ensemble l’association des gens en vie et qu’on prendrait d’assaut toutes les morts qui nous entourent ? est-ce qu’on n’est pas un groupuscule de vivants ? un groupuscule de vivants prêts à en découdre avec la mort en nous-même le moment venu ?

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Les écrits ont à voir avec la vérité. La vérité est tracée dans l’écrit. L’écrit fait du vrai. le vrai se trace en lettres et chiffres. On dit que les paroles s’envolent mais que les écrits restent. Oui car les paroles il faut les recopier et lorsqu’on les recopie on leur fait dire n’importe quoi. On se flatte de saisir les paroles et alors on les travesti. Travestir fait vrai. la vérité est la force qui se développe par la flatterie du savoir écrivant. Celui qui écrit sait son pouvoir. Il écrase le parler. Il le réduit à ce qu’il est lui. Même s’il grandit la parole, il la réduit à ses mots et à sa façon de tracer des lettres, de faire fonctionner un tas de signes pour tromper la parole vraie, car seule la parole qui s’envole est vraie, c’est-à-dire que le vrai transparaît dans l’incidence du dire. Il peut aussi transparaître dans l’indécence de l’écrire, si l’écrire est non une réécriture du vrai qui passe dans l’instant.

Sauter du coq à l’âne dit quelque chose de ce qu’est la vie d’aujourd’hui.

Aujourd’hui le vivant passe du coq à l’âne mais revenons à nos moutons : Il faut reconnaître le parler vrai. de tout temps nous recherchons le vrai sous les épaisseurs de l’écrit. Plus l’écrit est épais et vicelard, plus on y percevra de la vérité. Plus le langage est obscur, plus on se dira qu’il y a dessous cette trame, une lumière. Si l’on veut la vérité, il faut faire dans l’obscur, car on n’obtiendra pas la vérité mais une masse considérable de lecteurs se mettront à sa recherche. La parole qui tout les jours défile, les mots qui sont dits incidemment ne présentent pas d’intérêt. Tout ce qui est la matière journalière de ce qui se dit, pour que ça fasse signe il faut le tirer au clair, le tirer vers l’écrit, car sinon il reste dans l’air. Mais en réalité seul ce qui est dans l’air est vrai.

Si nous sommes un peu attentifs, nous passons à côté de ce qui se pense, se dit et se vit à quatre-vingt quinze pour cent du temps. Et être attentif, c’est s’oublier. Être attentif, c’est justement ne pas être dans l’attente ni les yeux ou les oreilles grands ouverts, comme au spectacle. Être attentif à ça, c’est lorsqu’on a perdu tous les autres moyens et qu’on ne sait que faire de notre présence, notre présence et notre journée, on ne sait plus quoi en faire, on est assit sur la chaise et on poireaute, mais parce qu’il nous semble que nous sommes empêchés, la création ou la volonté ou le désir de créer nous empêche d’être ouvert à l’inattendu. Il faut pour être ouvert à ce qui se trame en soi comme hors de soi, être comme en vacances, être dans une sorte d’état d’oubli, état second qui fera germer quelque chose à force de rien, le soi viendra par le dehors et il poussera dedans pour atteindre un vrai. il faut revenir au rien des paroles, toutes les grandes phrases sont des moments où on a été coupés du vrai, on a séparé la grande phrase de son moment de vérité, c’est-à-dire de son moment où il se passait rien. C’est pour ça que l’humanité détient le record des grandes phrases qui ne lui servent à rien.

Ceux qui retiennent les grandes phrases ne nous aident en rien, car c’est du rien que nous voulons, c’est à partir du rien que ça pousse en travers de nous tout ce cheminement, le dédale, toute l’attente, toute la nullité du monde avant l’expulsion des grandes phrases. Il ne faut pas trop croire en l’incarnation du moi comme en l’incarnation du verbe. Le verbe s’est fait chair. Jésus est l’homme troué par excellence et à partir de l’homme trou on en fait des vérités immuables. La poésie du verbe d’église. Les chants d’église. Les gens disaient la messe en latin. On voudrait aujourd’hui nous livrer la messe capitaliste en anglais. Mais ça ne marchera jamais aussi bien que le latin, même si on nous dit qu’on ne pourra faire autrement. La langue poétique a été mise de côté dans le langage insurrectionnel. Tous les livres qui expliquent la nécessité de se révolter ont le même style que ceux qui nous serinent qu’il n’y a pas d’alternative.

La révolte, ce type de révolte, se fera sans moi, car le moi doit déjà changer l’air de lui-même avant de retourner les institutions et l’institution du langage mort. Le langage-ment en tout premier lieu. Il y a un moi en moi qui est sans cesse ratiboisé par les discours et les questions-réponses des interlocuteurs.

Il faut se risquer à parler à tort et à travers, à chanter à la va que j’te pousse, à écrire en même temps qu’on danse, il faut danser avec des bibliothèques entières, prenons telle lettre de l’alphabet et lisons tous les auteurs de la bibliothèque dont les noms commencent par cette lettre, prenons les dans les bras et dansons avec les anciens et les modernes.

Nous sommes totalement libres de renverser la vie par le langage. La révolution ne passera pas autrement. Si vous ne faites pas la révolution de votre propre langage, vous pouvez tourjours vous désespérer de l’autre, car l’autre c’est vous-même en mieux, quelque soit l’autre. Tous les autres poussent en nous-mêmes. Tous les autres font notre langage et notre devenir social intégrés. Nous somme intégrés à notre autre social et la langue s’affadit, le rire ne s’échappe pas et la révolte est un pet dans l’eau. La jeunesse comprend la révolte. Il faut démeurer dans l’inconfort du brouillon et du chant hésitant. Si vous mettez de côté la poésie, si vous ne faites que la confier aux poètes, tant pis pour vous et pour le devenir révoulutionnaire. Vous voulez juste remplacer vos maîtres. Le sens est réactionnaire et tout ce qui sort de la pensée est bon pour les crétins.

La pensée ne délivre pas la vérité, car le vrai est un trou d’air où passe un léger sifflement, telle une danse de l’écrit. Je ne suis pas un poète mais un gesticulateur. Je m’éructe et me crie, je danse et me ris, la poésie est une voix qui gesticule dans l’écrit.

Papi aime dvorak

Papi aime dvorak, disait mamie, papi son disque préféré c’est dvorak, c’est ce que disait mamie, et fallait pas la contredire là-dessus, alors que pour ma part je n’ai jamais vu papi mettre un disque de dvorak et l’écouter, à la rigueur je l’ai vu écouter un disque de dvorak, comme ça, sans vraiment y prendre garde, mais ça ne veut pas vraiment dire que papi aimait dvorak, car c’est mamie qui mettait du dvorak et qui disait que c’était pour papi, car papi aime vraiment dvorak, donc il faut mettre dvorak pour faire plaisir à papi, car c’est son disque préféré, celui de la symphonie du nouveau monde, papi il écoute que ça ! d’ailleurs à part celui-là, à part ce disque préféré là, je vois vraiment pas ce qu’aimait papi comme musique, il n’en a jamais parlé, il n’a jamais dit aimer la musique, il n’est jamais venu auprès de moi pour m’avouer j’aime tel disque, j’aime tel ou tel musicien, tel compositeur, tout comme il n’a jamais dit qu’il aimait dvorak et sa symphonie du nouveau monde, c’est pour ça que quand mamie met du dvorak, ou plutôt qu’elle me force tel jour, à partir de je ne sais quel moment qui la pousserait à cette soudaine lubie de me faire mettre le disque de dvorak sur la chaîne, c’est parce que papi est là et que ça plaît certainement à mamie de se dire que papi aime dvorak et que parmi toutes ses compositions, parmi tous les enregistrements qui existent du compositeur, c’est la symphonie du nouveau monde qu’il préfère par dessus tout, d’ailleurs lui-même, papi, il n’a jamais contredit mamie, c’est comme si ça lui était totalement indifférent, tout ce que pouvait raconter mamie, ça semblait lui passer bien au-dessus, sauf qu’en aparté, parfois il pouvait dire des choses sur elle et se lâcher, d’ailleurs c’est bien un mot à papi ça, « aparté », il aimait bien les mots, il aimait s’en servir du moment que ce mot ne servirait à rien dans la phrase ou juste pour la faire un peu reluire inutilement, il plaçait par exemple le mot aparté ou purpurin bien en évidence dans une phrase, pour qu’on soit marqué essentiellement par le mot plus que par la signification totale de la phrase, pour purpurin par exemple il aimait le placer dans une phrase quelconque, ce qui souvent faisait que l’interlocuteur face à lui s’interrogeait, du coup papi enchérissait (encore un mot de papi ça) en vidant de sa bouche un chapelet de purpurins à la suite, il répétait ainsi plusieurs fois le mot et finissait par « un baiser de mes lèvres purpurines sur ton front purpurin », ce qui faisait toujours rire tout le monde, même mamie qui riait pour ne pas causer de déplaisir à celui qui l’entendait pour la première fois. Il aimait plaisanter avec le langage papi, mais tout ça ne portait pas à conséquence, il commentait parfois longtemps après une conversation familiale, il revenait sur le sujet alors que tout le monde parlait depuis belles lurettes de quelque chose d'autre, du coup peut-être que papi est intervenu sur la question de dvorak bien après avoir passé le disque et que j’ai manqué ainsi son avis de mélomane sur la question, mais ça m’étonnerait, car je n’ai jamais entendu papi émettre un avis musical quelconque, il n’approchait d’ailleurs même jamais du tourne-disque placé dans le salon, ni mamie d’ailleurs, elle ne s’approchait pas de l’appareil et ne parlait pratiquement jamais de musique, sauf pour me faire avaler que papi aimait ce disque vinyl par dessus tout, qu’il avait une passion dévorante pour la symphonie du nouveau monde et qu’il ne fallait jamais hésiter à poser le saphir sur ce disque qui avait une pochette marron, avec pour image une vieille carte de l’amérique, une carte de l’époque de christoph colomb sans doute, mamie n’écoutait jamais de musique pour elle seule, elle me disait juste de passer dvorak mais pas pour elle et pour le reste du temps c’est moi qui décidait ce qu’on allait écouter, du coup elle écoutait tout de même un peu tout et papi, lui, c’est comme s’il n’y avait pas de musique dans l’espace et même dans son espace intérieur, comme si la musique n’avait pas droit de cité entre ses oreilles ou dans sa tête, c’est comme si tout ça c’était superflu, en tout cas ça n’était pas pour lui, il était trop préoccuper avec les conversations familiales d’il y a une heure sans doute, et Mamie du coup, question musique, elle ne parlait pas forcément que de dvorak, elle parlait aussi de police, un jour mamie a même dit, quand on m’enterra je voudrai qu’on mette du police, je me demande même si elle n’a pas ajouté : à fond, le jour de mon enterrement je veux qu’on mette du police à fond, et je lui ai demandé si elle ne voulait pas qu’on mette autre chose que du police durant l’enterrement elle a dit non, on mettra du police et c’est tout, je ne veux rien d’autre, et surtout pas de fleurs, ni fleurs ni couronnes, juste du police à fond quand je serai morte a-t-elle insisté ce jour-là.