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L’usage qui est fait de la poésie est nul.

L’usage qui est fait de la poésie est nul.

L’usage de la poésie pour citer la philosophie

pour se poser la question si la poésie se fait sur une scène

la poésie propre et intelligente, encore si elle est savante, que la poésie soit savante

c’est normal, mais intelligente, cultivée, ça ce n’est pas normal

qu’elle soit savante de ce qu’elle fait, quand elle avance dans le noir

quand elle est comme un aminal

Un animal se sait, il cherche, il scrute, il devine sa proie

il ne cite pas la philosophie

pour lutter contre les signes

La poésie est comme un poisson dans un étrange bain

ça remue, ça ne dort pas, ça n’est pas propre

La poésie fait de la pseudo philosophie, c’est à se demander comment ça se fait

que les philosophes ont tant besoin de pseudo philosophes

Pour qu'on leur graisse la patte ?

La philosophie est tout aussi ignorante de la pensée

que ne l’est la poésie

mais elle est en plus ignorante de l’art bien souvent

elle ignore la poésie, tout au moins elle regarde de haut toutes les pratiques

et à un avis sur la question

sur la question de la peinture

comme sur la question de la poésie, sur la question littéraire

et sur l’art, le théâtre, elle sait tout

seulement, il y a des révolutionnaires du théâtre

qu’elle ignore superbement

et la poésie veut reprendre cette ignorance à son compte

John Giorno dit : il faut brûler pour briller

Il faut que la poésie arrête les citations

qu’elle soit un mur anti-citation, qu’elle avance et se cogne au réel

qu’elle en prenne un coup, qu’elle sorte des salons, des théâtres, des débats de poète à poète

il faut brûler loin de la philosophie de comptoir, même si ce comptoir est rutilant

c’est propre, ça s’élève, ça n’a pas de mauvaises fréquentations

et ça se dit poète.

 

Comment rendre le poète et sa poésie moins nulle?

Déjà en arrêtant de monter sur l'autre

sur tous les autres, et de se rabaisser ainsi

On se rabaisse en poésie en croyant que la poésie n’intéresse que quelques gens

quelques savants et autres cultivés

on se rabaisse en draguant la philosophie

La poésie est anti philosophie

elle pense, elle lutte, elle crie

elle hurle comme un mogol

elle tourne en rond, comme un débile

ou comme un humain

car les humains c’est débile

c’est une chose parmi d’autres, ce n’est pas savant

ce n’est pas scientifique un humain

c’est un outil pour la puissance

Les puissants veulent massacrer les débris

les peuples mongols

les malades

les pauvres dans les steppes et les tôles ondulés

les handicapés

les écrasés

les déportés

les femmes

Et les poètes

pendant ce temps-là

discutent philosophie.

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lavomatic

FRANCE DECHUE

Qui déchoit ? Qui a déjà déchu ? Qui est déjà dans la déchéance ? Qui s’est déjà fait déchoir ? La déchéance a déjà opéré. Depuis longtemps, la déchéance opère dans notre pays. Notre pays opéré. On paiera pour rien, mais nous avons déjà trop payé. Déjà notre pays soldé. Déjà vendu. La France est déjà un pays déchu. Totalement déchu. Les hommes de France sont des déchus. Toutes les femmes aussi. Les filles et les fils de famille. Déchus. Tous les Français en âge d’être déchus. Il n’y a pas que les bi-nationnaux qui risquent la déchéance à court terme. Car le terme n’a déjà plus court. Terminé la blague de "ça eut payé". Plus rien qui paie en France. Finie la rigolade. Fini de rire les Français. Tous au banc de la société. La société France a déposé le bilan. L’âge de la déchéance est déjà bien avancé en France. L’âge de monsieur le président. Il est bien avancé. Il est déjà bien avancé notre déchu premier. Et le second tout autant. Et les précédents pareils. Le précédent du déchu actuel, pas mieux. Ou pire. L’un des pires mieux qu’on ait eu, ou l’inverse. Les deux premiers déchus. Les derniers présidents. Car ils ont beaucoup, beaucoup déchus. Le premier des deux déjà, le déchéanceur premier. Le petit président de la France. La France rétrécie. Plombée. Tombée bien bas. On lui a tiré dessus en plein vol et elle est descendue la France. Et avec le dernier des premiers déchus de France, ce fut la chute totale. La chute définitive. Irréversible. Le saut irréversible dans le néant historique. La France ne se relèvera pas d’une telle chute. C’est une déchute. Tous ces petits hargneux montés au pouvoir. Tous ces culs de plomb vissés sur le trône républicain. Tout ce petit public monté à tour de rôle sur son dé-séant. Cette petite monnaie de seigneurs, avec le suppositoire républicain enfoncé dedans. Tous ces rebuts de la France, toute cette clique de la déchéance totalement française. Tout ce populo énarque made in France. Toute cette mitraille, cette racaille en habit du dimanche. Un dimanche mais déchu. Un dimanche à Auchan, avec tous ces petits cadres franchisés, ces petits fonctionnaires de l‘indignité française. Tous ces pourvoyeurs de la petite France. Ces fourvoyeurs du bel esprit français. Ces faux monnayeurs avec une patente. Tous ces épatants rentiers de la déchéance. Tous ces bailleurs de fonds qui nous ont endormis à tour de rôle. Tous ces faux veilleurs pour mauvais coucheurs, tous ces faux rôles. Tous ces enrôlements de maniganceurs. Tous ces petits drôles qui nous ont mis dedans. On est dans la France. On plonge tout au fond. Triste mine. Et ça descend pendant longtemps. Ça déchéant. C’est la dèche à pic. Il faudrait rebaptiser la France. Ne m’appelez plus jamais France. Appelez-moi plutôt la Dèche. Le Déchet-France. Puis appelez-moi la Drance, tant qu’on y est. Qui coule sous nous, sans transparence. La fange, ou la Fréance. C’est franchement rance. On n’a pas beaucoup de chance. Que des déchets qui dansent. C’est une chanson que l’on fredonne. On la déchante à tue-tête. On se paye ainsi notre fiole. Tant pis pour nous. On est les déchanteurs français. Et on écrit chaque jour la déchanson. Celle qui nous chante la déchéance de la France au quotidien. Le quotidien sans pain, sans vin et sans boursin. On mettrait ça en musique. Sur l’air du manque de chance hexagonal. On déchanterait ça, comme les sept nains. Sur l’air de : Eh oh, eh oh, on rentre du boulot. Les déchéants français rentreraient dans la danse. Ou plutôt la décadanse. Eh oh, eh oh, on n’a d’jà plus de boulot. A chaque décade on y déchante. Eh oh, eh oh, on n’a guère plus de chance. On rentre en déchéance en déchantant français. On déchanterait par tous les temps de la France. Sous une pluie française nous déchanterons. Car seule la pluie en France est battante. Mais sous le soleil tout pareillement. On déchéanterait. Sous la déchéance, exactement. Pas n’importe où, pas n’importe quand. Mais dans la France. Dans tout ce pays ratiboisé. Comme des bêtes bonnes à tuer, on déchanterait. Déchus français nous étions déjà, bien avant la déchéance nouvelle. La nouvelle chance d’encore déchoir, dans ce petit pays enfoncé. Tous ce peuple engoncé dans le trou perdu français. Le temps d’où tout ça chu. Dans un mouvement de recul. Et sans rétroviseur. La France déjà bien embourbée. Pays perclus de malchance. Petit véhicule sans gouvernance. Voiturette à nul volant. Un wagonnet pas sur ses rails. Une brouette qui dévale les pentes. Un chariot. Un fardier à mariole. Une vraie civière la France. Une sorte de cahute, avec des apatrides dedans. Un déchéancier, ouvert à tous les vents. Sans guère plus de résistance. Qui n’en veut maintenant de cette France ? Qui n’en a besoin, hein ? pour construire plein d’endormissements. Qui n’en a pas plein les fouilles de toute cette déchéance ? Avec des camps d’entrainement. Et des camps exterminant. Des militaires déterminés et des pauvres gueux minés. Des militants de tous pays déchus. Faire marcher la déchéance au pas. Au pas de charge toutes les télés dans les lotissements de la France. La déchéance avance depuis combien de temps en silence ? Tous à dégoiser du haineux patriotant. Tous crapotants. Tout ça qui rampe en France. Et qui aboie. Comme des chiens, quand la caravane poisse. Le caravansérail. La caverne d’Ali baba. Les quarante petits voleurs. Les mille et une grandes nuits. Les belles fantaisies. Les raconteries. Les chansonnettes et les historiettes. Les bidonnements. Les chatouillettes. Les pieds de nez et les babouches. Les grimaces et les farandoles. Les tissus de couleur et les mystères. Les pétards et les allumettes. Le feu de joie et la guitare. Et nos dents en or. Nos mâchoires qui chantent, prêtes à mordre.

L'or est mort

Pour Susanna Fritcher.

l’or est mort. l’or a toujours été dans la mort de l’or. mais là, l’or est trop mort. car trop or. l’or est trop dans l’or et plus trop dans la mort. la mort de l’or était l’endroit du vrai or. on le voyait dans la mort. dans le noir de l’or, il y avait la mort. mais la mort de l’or ce n’est pas l’or mort. c’est un mort dans le noir qui attend qu’on le sorte. on a trop d’or qui sort. l’or qui sort trop est un or mort. car l’or vrai n’est pas mort, il est encore dans la sienne de mort. et sa mort sienne c’est le noir qui l’entoure. dehors on trouve beaucoup d’or, mais il faut bien chercher pour le voir. on trouve l’or hors de ce qu’on croit voir. ce qu’on peut croire voir est mort. et on ramène l’or à tout ce qu’on peut croire voir. on ne peut croire voir en l’or mort. l’or vrai est un or pas mort, mais juste un or qui dort. et c’est dans le noir qu’il dort l’or. il dort dans le noir de la mort, mais il n’est pas vraiment mort. il attend en dedans. il est dedans son or qui dort dans le noir de la mort. mais il n’est jamais mort l’or. c’est quand on le sort et qu’on le présente. c’est quand on montre seulement l’or. qu’on ne montre que son or et pas tout son noir d’or. son noir où il dort. c’est à ce moment-là qu’il est mort. c’est quand on ne voit que de l’or. mais ne voir que de l’or, ce n’est pas voir l’or. car l’or qui dort ne se montre pas dehors. il est dans le noir de la mort et dans le noir de la mort c’est là qu’il est l’or. on ne peut voir l’or autrement. si on veut voir autrement l’or on l’arrache d’où il dort. on ne le présente que comme or. on ne se dispute que pour cet or. on ne s’entre-tue que pour l’or qu’on croit voir. alors qu’il n’y a pas d’or. l’or est caché, car le vrai or est hors de tout or. il est en dehors de tout trafic connu. et le trafic de l’or, c’est ce qui fait sa mort. un jour, il n’y aura plus d’or. un jour, l’or aura totalement disparu. car l’or est une espèce disparue. même pas protégée l’or. une espèce hors de l’homme, l’or. une espèce qui disparaît dans sa mort. dans son espèce de noir. c’est un noir qui dort. qui fait dormir tout son or. mais tout l’or n’est pas mort. c’est quand on l’enlève de sa vie de mort qu’il meurt l’or. il meurt de sa mort enlevée. de son noir où il scintille. son noir où on ne voit jamais l’or. et pourtant il n’est pas ailleurs. il n’est pas en dehors. il est dans son or et son or n’est pas noir. on ne parle pas d’or noir non plus. car l’or noir c’est aussi la mort. on ne parle que de l’or qui avoisine le noir, pour mieux apparaître. pour mieux montrer sa rareté. car l’or est trop rare, c’est comme l’art. l’art est trop rare. ou alors bien trop mort. l’art c’est comme l’or, quand on le sort de son noir. quand il ne dort plus dans sa mort. il n’est pas rare qu’on veuille trop montrer l’art. on veut trop parler d’art, mais on ne parle que de la mort. on ne montre que des ors, mais ce n’est pas de l’art. l’art lui il dort. il est comme tout l’or. car pour tout l’or on ne montrerait pas son art. pour tout l’art du monde il nous faut nous montrer mort. il faut montrer sa vraie mort. sa mort c’est comme de l’art. c’est mon or où je dors. mais je ne suis pas vraiment mort. je me cache en dedans. je dors dans mon or. je suis dans mon écrin tout noir. je n’attends pas d’être mort. c’est-à-dire d’être dehors. je suis moi mon or. et c’est mon art. et si on me sort de là, je suis mort.

ECHEC, ou : L'art soulève (texte retrouvé et écrit après des rencontres qui durèrent six mois avec des jeunes sur Arras.)

les mots n'ont aucun intérêt

les mots ont été faits

et refaits

par les prétendants, les prétentieux

à l'écriture

c'est pour ça que les jeunes

ne croient plus

en la littérature

au pouvoir des mots

parce que pour eux

il vaut mieux brûler

brûler

plutôt que d'avoir des mots

parce que les mots

on leur a dit

toutes les écritures

tous les écrivains

avec leur écriture

ça leur a dit

toute la littérature

qui s'étale comme ça

pour ennuyer le monde

tout ceux qui prétendent en être

tous les prétendus

et les prétendants

toute la prétention littéraire

qui utilise les bons mots

le bons style, leur a dit

 

c'est pour ça que les jeunes

ne croient plus

aux mots

ils ne pensent pas que ça leur parle

alors qu'on pourrait leur dire

qu'il faut soulever

que les mots soulèvent

que les jeunes peuvent se soulever

par les mots

 

oui les mots ça soulève

l'art soulève

est soulevant

l'art et dedans les mots

l'image avec dedans des mots, oui

le geste avec dedans toute sorte

de soulèvement

ça soulève

 

ce sont des êtres

en mal de vivre

ce sont des êtres

qui vivent

mais mal

ce ne sont pas

des bien vivants

ce sont

des mal vivants

 

comme moi

 

moi aussi

je vis mal

je suis mal à vivre

à être

dans la vie

la vie

des bien vivants

et c'est ça qui m'a fait du bien

le bien d'être mal

le bien mis à mal

le bien qui se trouve

au tréfonds du mal

le mal à être

 

j'ai été deux jours après

un mardi passé avec ces fous du vivant

et du mal de vivre

deux jours après eux

dans une école d'art

et je me suis ennuyé pour être poli

 

oui je me suis fait chier

comme un rat mort

 

art des rats morts

art des gens

confinés dans

la posture

et les tics

qu'on leur cultive

dès le début des études

dès le début de l'art des morts

 

pas de danger

qu'avec les jeunes déboussolés d'Arras

que ça arrive

eux ils n'ont pas tout à perdre

ils sont déjà perdus

et n'ont plus qu'à apprendre

qu'ils ont tout à perdre

et ça c'est pas une mince affaire

savoir qu'on a tout à perdre

alors qu'on est déjà perdu

perdu pour soi-même

mais pas assez bien

bien perdu pas assez bien

en dehors des tics et des trucs

et postures

car trop perdu dedans

tout ce que la société du travail

de la communication

de la consommation

toute la société qui rend triste

et leur inculque

qu'il faut se courber

faire des courbettes à la vacuité

 

rien d'autre leur a été donné que la désolation d'être

dans une société qui peut tout leur offrir

mais leur confisque surtout l'envie d'être

un humain

un être humain en conscience

un être cultivé

instruit

imaginatif

et joyeux

libér

 

un jeune libre

de lui-même

 

il n'a rien de tout ça le jeune humain d'Arras

juste une goutte d'eau

dans un océan de bêtise

il a eu

pour se rincer l'oeil

sur la vie qui lui est due

et pas se regarder

dans le miroir déformé de la société

qui le renvoie à sa nullité

et sur les bancs de l'échec assuré

 

son échec c'est le nôtre

c'est le mien

c'est mon échec dont il est question dans ce travail

l'échec et la chance

de pouvoir faire quelque chose

par le biais de leur vie

mais l'échec tout de même

par le constat que ce biais là

n'ait pas assez pris la tangente

pas encore assez

pas encore assez de soulèvement

et qui sait si ça soulèvera un jour

 

un jour

chez l'un ou l'une

qui sait

s'il y aura une chance

un jour

de soulèvement

suite à notre échec ?