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la télé nous fait vivre

La télé est bien regardée, la télé est un espace bien surveillé, rien n’échappe au regard, c’est-à-dire à sa surveillance, c’est le regard de la télé qui se regarde, la télé regarde à l’intérieur de nous et elle se voit, elle voit la télé qu’on la regarde depuis le tréfonds du nous, c’est un nous tout télé qui regarde dans les yeux télévisuels, pas de danger qu’on en loupe une miette, même si on n’a pas la télé on a toutes les chaînes, même si on n’a pas la télé on a les nerfs comme des câbles, car tout est consigné et le regard hors de la télé est confisqué, à la consigne, toutes les images de la télé défilent car les visages-télé et les paroles-télé sont repris en cœur dans le tréfonds du nous télévisuel. La télé résonne dans nos têtes, la télé est l’écho de nos pensées, nos pensées-télé, la télé fait parler toutes les machines, les téléphones, la télé fait parler internet, la télé a une belle écriture, la télé fait parler la parole, la télé fait avancer la vie, car la vie c’est la vietélé. Et c’est une vérité, car la télé est une réalité à vivre, vu qu’elle est dans le vrai. Le vrai télévisuel, c’est la véritélé qui fabrique du silence tout autour d’elle et tout le monde reprend en boucle le message véritélé dans sa bouche télé-réelle et son vivant zappé par la télé-réalité.

 

 

 

ne plus se laisser aller à prendre des décisions

je glisse
je glisse sur le côté
je me remets
je suis à la même hauteur
je disparais
je reviens
je glisse à nouveau
je descends vite
puis je remonte plus haut
j'espère rester longtemps
ça veut dire quoi espérer
qu'est-ce qu'on met dans espérer
c'est qu'on met une grosse couche
entre soi et la fin
on tire un fil
on espère que le fil
sera long
qu'on n'en voit pas le bout
trop vite
espérons que si je tire le fil
il ne se casse pas non plus
je vais tirer fort sur le fil
de toute mes forces
je m'agrippe
je tire pour voir le bout
j'espère rester en équilibre
pour voir le bout
je suis à un certain point
du bout
je gagne un point
et je vais au bout
et j'espère voir l'autre
l'autre bout et moi
c'est toute une histoire
l'autre bout et moi
c'est toute une vie fabriquée
avec des bouts de chandelles
comme on dit
mais ce ne sont pas des bouts de chandelles
c'est des bouts de moi à parcourir
et on gagne parfois des points

 

 

*l'auteur n'est pas mis au jus de ce qui se trame.

*la poésie ça n'est pas prêcher dans le désert c'est longer une 4 voies et tenter tout de même de parler aux bolides.

*chacune des paroles de chaque être est une mauvaise herbe.

*tout à coup le mot a changé, il n'a plus le même sens et on ne vous a pas prévenu.

*la plus grande des perversions c'est de s'adresser à l'autre.

*aucun de nos mots ne tiendra la route.

*il fait tout noir et on comprend rien.

*ne plus se laisser aller à prendre des décisions.

pour un complotement total et permanent

Ce sont les combinaisons qui complotent, ce sont les faits mille fois recoupés, les faits sans cesse élagués pour mieux les simplifier, la machination des désirs qui n’arrête pas de retraficoter le réel et que celui-ci, enfin dépouillé de ses ombres finisse par monter en épingle, ce sont les mouvements électriques et numériques des pensées les plus plates avec les voix automatisées dans les perpétuels micros, les images toujours montées et démontées vitesses grand v, comme des armes à feu, ce sont tous ces flux sectionnés et racornis remis bout à bout et que ces manipulations, ces compositions machiniques habituels, finissent par faire exploser le cadre, que la mayonnaise monte et que l’actuel tourne au vinaigre, ce sont toutes ces opérations de bidouillages incessants sur la réalité pour la rendre la moins plurielle possible et la faire ainsi glisser dans des goulots de plus en plus étroits, ce sont tous les aboiements mortifères en écho sur des grosses chaînes câblées, des moteurs sans chercheurs avec diverses routines écrites avec les pieds pour que passe en boucle un réel tronqué, ce sont toutes ces pelleteuses d’émotions, les broyeuses d’idées noires,  ce sont les expertises robotisées sur des signes insignifiants, le retraitement de l’oubli et la systématisation des vérités,  la science et l’histoire qu’on fait tourner en eau de boudin et les avis éclairés stagner dans des sempiternels bassins de décantation, tout ça constamment repassé dans ces vieux tuyaux où coule avec régularité un même bruit, c’est toujours les tableaux infinis de permanences, les trois/huit dans la simplification du vivant qui finit par créer la peur extime de chacun, qui n’est d’ailleurs plus un chacun, mais un être évidé, un individu dévalué dans ses mots, dépossédé de ses errements, ses flottements, ses silences ou ses embryons de pensées, c’est tout ce sinistre sérieux passé au crible, mais un crible bon marché, c’est tous ces mouchoirs sales où s’abandonnent les pseudos analyses et s’alimente l’indignation, ce sont tous ces générateurs de bonne conscience couplés à des  pools de recherche sans brouillon formatés en usine, ces fédérations de machines à écrire sans dactylos puis de compilateurs de données où ça torche un même journal à tous les quotidiens, c’est tout ce monde systémique puissamment armé de développeurs incultes, ce sont toutes ces parades qui se défilent, ces défilés dans la dérobade, les manœuvres laborieuses de tous les bruits de couloirs, grincements de portes  et chuintements d’ascenseurs, la conspiration de divers appareils, machines à café et à jacter, imprimantes et crachoirs, outils à spéculer et potins en streaming, tous ces spams traduits en discours, cette chaîne de montage de bourrichons, ces fuitages décervellés et bombing de sermonts, toute cette soupe virtuelle et les protocoles d’inaction qui font que ça monte en flute, ça cogne l’opercule et que ça s’excite dans des tubes, puis qu’une mousse fleurisse enfin sur les bords d’une grosse cocotte minute, que  ça flippe et ça crie, que ça file et se tend, qu’on entende ainsi des balles siffler, des pneus crisser, que ça explose et meurt et fasse un trou, un petit trou qu’on rebouche un peu vite avec ce même gratin marronnasse, cette colle granuleuse, mais que les trous s’ouvrent encore et que les bords s’abouchent, que tous les trous finissent par se toucher, qu’il n’y ait plus que ça à enduire, ces bords de trou qui sont un peu nous, que ça soit nous malgré tout et que ça nous déborde encore, mais qu’on ne soit plus que ce débord là d’un trou, celui d’où qu’on boute en touche.

 

l'humain conspire l'ennui

et l'ennui ne fait pas toujours transpirer

 

l'humain est le pire de lui

ou presque

il est lui dans sa version 

débordée

c'est à cet endroit là que ça fuit

dans ses extensions

qui viennent lui capter ce vide

mais lui capte rien, il capte

pas que c'est là

où il prit la tengeante que ça cause

et débite et complote

 

après : soit on capitule, soit

on récapitule.

la chaleur voulue

Nous voulons du chaud, que l’on crève de chaud, qu’il n’y ait plus que ça, la chaleur, que ça nous prenne bien au corps, que la chaleur nous enveloppe, que la chaleur nous protège, nous avons toujours voulu ça et de plus en plus, plus ça viendra et plus on aura chaud, plus ça viendra et plus la volonté d’avoir chaud s’étalera partout, plus ça viendra et plus la chaleur nous couvrira toute part, c’est nous qui le voulons, nous et nous seuls, nous voulons vivre où ça chauffe, où ça bouillonne, c’est notre volonté, personne ne peut contredire cela, c’est une volonté commune de bouillonner, que tout le monde ait tout le temps chaud, chaud à en crever même, que la chaleur soit éreintante, étouffante, que la chaleur nous écrase, que l’on soit tous à cuire dans notre coin, que chacun veuille ça au plus profond de lui, ce n’est d’ailleurs plus un secret pour personne, que ça nous chauffe de près, que ça vienne sur tout le corps, qu’on soit rompu à l’exercice de la chaleur intense, que cette excessive chaleur nous grise, jusqu’à l’épuisement, mais tant pis, le monde l’aura voulu, nous voulons cuire, nous voulons la cuisson des corps, que ça nous brûle au dehors et aussi en dedans, que tout ne soit plus que chair cuite, que l’espace même soit notre four commun, qu’on ne soit plus que dans cette brûlure permanente à ne plus respirer, que ça nous crame littéralement et pour des générations, que l’on ne soit plus que des générations de têtes brûlées, et pas seulement les têtes, pas seulement les corps, pas seulement notre être ou notre âme, que tout l’environ nous ressemble, qu’il soit aussi dans la même fournaise, que tout soit enveloppé et ne fasse plus qu’un, que tout soit rendu à nous même et que nous soyons l’épicentre de la cendre.

POUR UN OUI

pour un oui, il y a des milliards de non, des milliards de non qu'on dit, on les dit des milliards de fois, on dit jamais oui à côté, on est à côté du oui, on le voit pas à cause des milliards de non qu'on dit, on dit des milliards de fois non pour noyer le oui, le oui est tout petit dans l'espace des non, les non remplissent l'espace de la bouche alors que la bouche attend le oui, la bouche attend qu'on lui dise oui, qu'on dise oui au oui des milliards de fois.