@Contact
écrit dans l'avion pour tout ce qui nous parle

tout ce qui nous parle est tout ce qui devrait sortir de nous mais qui ne sort pas tout ce qui nous parle nous vient de l'intérieur mais pour nous indiquer qu'il n'y a pas d'intérieur si l'on veut signifier l'intérieur il faut que tout ce qui nous parle se mette à parler car tout ce qui nous parle ne nous parle pas mais nous infecte tout ce qui nous parle n'est pas bon et ça finit toujours mal de vivre dans tout ce qui nous parle tout ce qui nous parle ne vient pas de nous et pourtant il est ce nous ou ce moi étouffé pour rendre gorge à l'étouffement pour en finir avec tout ce qui nous parle dans les moi et les nous noués à tout ce qui nous parle il faudrait parler à son tour c'est-à-dire vider la boîte de tout ce qui nous parle car tout ce qui nous parle est un pourrissement c'est notre devenir pourri tout ce qui nous parle viendrait soi disant de l'autre tout ce qui nous parle nous semble extérieur et on se croit nourrit avec tout ce qui nous parle alors on recrache bellement tout ce qui nous parle comme étant ce qu'on a pensé au plus fort de nous-même à la cime de notre personne il y a tout ce qui nous parle comme une cloche qui sonne pour rassembler ses ouailles devant tout ce qui nous parle tout ce qui nous parle est repris par la bouche de tout ce que je parle du coup la bouche ne s'ouvre pas face à tout ce qui nous parle ni la bouche ni la main ni d'autres organes ne s'ouvrent face à tout ce qui nous parle de partout car partout tout ce qui nous parle parle et rebondit sur nous et résonne et ça donne que trop rarement le tournis tout ce qui nous parle tout ce qui nous parle nous empêche d'avancer nous fait tourner en rond dans tout ce qui nous parle il n'y a pas d'extériorité il n'y a pas de for intérieur non plus il n'y a pas de raison d'être ou de sentiment dans tout ce qui nous parle pas de sortie ni d'entrée face à tout ce qui nous parle il y a une manière de siffler dans l'air prendre de la hauteur et s'abattre sur tout ce qui nous parle pour le mettre en pièce

SPB 13/9/16

arrêter donc de me prier dessus, svp

On ne restera pas longtemps ici, on nous l’a dit, on nous a dit qu’il n’y en aurait pas pour longtemps, après on ne sait pas ce qu’on fera, beaucoup émettent des hypothèses, certains savent par cœur ce qui nous est réservé, ce n’est pas eux qui ont inventés toutes ces sornettes, toutes les sornettes viennent d’un autre, au début ils étaient plusieurs à raconter des boniments, puis en est venu un seul, ça se réduisait comme une peau de chagrin les bonimenteurs à l’époque, il en est resté qu’un seul mais qui fait son plusieurs, car plusieurs croient qu’il est le seul, tandis que bien d’autres le désignent par un autre son de cloche, car il ne faut pas l’appeler par son nom, il vaut mieux le siffler à la rigueur, ou faire sonner les cloches, pourtant on ne veut pas le punir, mais certains pensent que c’est une punition pour lui de nous avoir, qu’il aurait mieux fait de se passer de nous, certains ne sont pas d’accord, ils pensent d’ailleurs qu’il doit avoir viré sa cuti comme on dit, ou alors on ne dit pas ça, on ne dit jamais qu’il a viré sa cuti, on dit juste qu’il a mal fini, ou qu’il est partir voir ailleurs si j’y suis, mais moi je n’y suis guère en ce moment, ça se saurait, et d’ailleurs je ne suis là que parce qu’on m’y a mis, à chacun sa croix comme dit l’autre, d’ailleurs il n’a pas dû le dire tant que ça, ça serait exagéré de se dire qu’il avait aussi d’autres chats à fouetter, ils n’étaient guère nombreux non plus à ce moment-là, à tendre leur couenne, on se demande comment ils ont fait pour se multiplier, pour ma part je ne me suis pas multiplié, j’ai juste été prévenu que j’allais rester seul, on m’a bien rebattu les oreilles avec ça, et qu’il fallait se la boucler, que c’est de notre faute après tout ce chambardement, qu’il faudrait veiller à marcher sur des œufs avec la confrérie, depuis le début on a bien été prévenu, il faut avancer à tâtons ici et sans moufter, on vous a mis là et on ne sait pas jusque quand, peut-être demain peut-être un autre jour, on vous fera signe le moment venu, quelqu’un vous le fera savoir, ou alors une sorte de loupiote, il faudra la suivre ou pas, les avis divergent, on ne sait guère à quoi s’en tenir avec tous ces racontars, en tout cas pour le moment on est là, on est disposé à tout entendre, mais pas trop non plus, on veut bien se taper quelques années à la boucler, mais du coup après on ferme son claper définitivement, c’est pas que le clapet qui a décidé de plus trop s’ouvrir, ou alors pour les bonnes occasions, le clapet s’ouvre pour balancer une bonne vanne, ils aiment ça ici les racontars, les j’en-foutreries, ils sont friands des blagues que vous pouvez leur inspirer, car c’est pas vous qui les racontez, c’est vous qui êtes la blague d’eux-mêmes, et réciproquement, chacun croit en sa chacune, et chacune veut faire son petit marché dans chacun, mais la place est réduite, on fait souvent qu’un tour et il est temps de déguerpir, combien de temps je vais encore poireauter ici, peut-être qu’il y a que ça à faire, le poireautement, c’est tout un travail, certains s’emploient à faire comme si ça ne poireautait jamais, c’est tout un savoir faire qu’ils disent, ils font mine de nous le dire en tout cas, moi je resterai bien là avec mon sac à provisions, j’appelle ça faire ses commissions, on dit plus trop ça de nos jours, aujourd’hui on fait les courses, on n’a pas le temps de commissionner, on décommissionne même, on vous le propose à tout bout de champ, et chacun des champs propose même des options si on y regarde bien, mais on préfère détourner le regard, on n’a jamais vu pareilles sornettes, et pourtant ils y adhèrent et moi tout pareil, moi j’adhère surtout à mes propres sornettes, mais parce que j’ai l’esprit retors, d’ailleurs ils deviennent tous retors à leur façon, chacun sa manière pour contourner l’obstacle, et bien souvent on en rajoute, mais ce sont des obstacles qu’on a fait nous-même, on a notre fierté bien placée où je pense, mais d’ailleurs qui le premier a prononcé ce mot, ça à dû lui sortir comme une sorte de pet, mais de la bouche, il a pété de la bouche un mot et il a cru que c’était du lard, il aurait préféré de la cochonaille, en ce temps là on voulait pas trop s’appesantir sur les dires d’un emboucheur de phrases, car enfin il faut aimer emboucher la phrase pour dire que quelque chose d’autre nous anime, que quelque chose flambe ou cramouille à l’intérieur du type, il y a un type et il a sa tambouille dedans, c’est tout dedans que ça bout et pas dehors, c’est dans la nuit qu’il se montre plus circonspect, c’est une nuit imagée bien sûr, et puis il a une certaine hauteur depuis qu’il nous a balancé un verbe, il a pris la tangente mais on préfère dire qu’il a monté d’un cran, nous on ferait mieux d’écouter ses lumières, mais on les regarde juste, on contemple et on se tait, on n’a pas finit de débobiner ainsi des vérités, encore des choses qu’il faudrait laisser dans la chambre froide, au fond du cabanon, on ferait mieux de planquer ça sous l’édredon, car sinon on ne va pas passer l’hiver, on va avoir la grosse tête si ça continue, on va finir par tout leur lâcher, leur balancer qu’il y a autre chose à faire qu’attendre, que bientôt il y aura une sortie avec une porte qui n’en est pas une, on n’aura même pas à sonner, ça fera bip tout seul, dès qu’on se pointera, et on se pointe à l’heure qu’on veut, et tous les autres seront là à vous bénir, tout le populo dans le salut cordial et confraternel, si on veut on peut s’y mettre aussi à raconter tout un tas de fadaises, on aura une montée d’adrénaline, ou alors une montée d’autre chose, mais attention à la descente, ça peut nous tomber de haut et tout le tremblement, les colères peuvent venir d’un voisin ou d’une tribu pas satisfaite, on peut avoir contredit quelques plans, il vaut mieux rester à attendre dans son coin, prendre des notes, faire celui qui n’en lâche pas une, mais qui n’est pas le dernier a en avoir sous le capot, il a déjà sa petite idée, oh le malheureux, il ne peut pas s’empêcher de faire des envolées, il est mal parti celui-là, avec pas mal de handicap, on sait pas s’il va tenir la ligne, mais il est plus malin qu’on ne le croit, ce n’est pas à un vieux singe n’est-ce pas, il balance juste quelque formules, comme s’il lançait du pain, pour détourner ses détracteurs, ils sont tous détraqués les détracteurs, ils se détractent en cercle fermé, ils forment une boule de détractement, c’est peut-être comme ça qu’on dit, ou alors on dit autrement, en tout cas ils sont partis pour durer, un bon moment à détracter et pendant ce temps-là, la roue tourne, ou c’est une mappemonde, j’ai toujours aimé ce mot, ou alors j’aimais surtout l’image, une petite boule qu’on allume et qui tourne, les continents s’éclairent, il y a une fine pellicule de plastique dessus, on tente désespérément de virer tout ça, certains pays entrent en résistance, des fleuves ou des zones temporaires, on remue un peu de terre, on n’a pas encore trop de honte à ce temps-là, on est juste à remuer des feuilles, on fait des calculs sans raison, on prend un pot au hasard, on s’entiche d’une boutade, on n’est guère regardant à la dépense, on finit par faire un trou, mais où vont donc les autres, on ne sait plus ce qu’ils ont dit, on n’a pas suivi toute l’émission, on a même cessé d’émettre à notre tour, c’est mieux ainsi, il faut fermer la petite boîte en maintenant fortement le couvercle, ça doit faire pchoutt en appuyant, si ça ne fait pas pchoutt on vous prie de recommencer, même jusque là ils nous veulent du mal, arrêter donc de me prier dessus, svp, allez faire vos besoins ailleurs !

passez votre chemin et allez donc faire vos cochoncetés, comme disait ma mère, on étouffe ainsi dans les phrases toutes faites, on les a rarement faites d’ailleurs les phrases, on les a même pas faites du tout, on a juste suivi la ligne et on s'est inséré dedans, on est tombé pile poil, et on a construit nos phrases toutes faites, mais elles l'étaient déjà toutes faites, elles étouffaient d'être toutes faites, ou c'est nous qui étouffions, on étouffait des phrases et il fallait après se les sortir, comme après un bon repas, avec un cure dent, c'est ainsi que l'information a fuité comme on dit, car il n'était guère plus qu'une information à ce moment précis, et ça a fuité dare dare, tout en demandant un cure dent, pour son compte personnel, à moins qu’il n’ait rien ouvert, juste la bouche et dire ah, en tapotant par derrière, pour recracher le morceau, une petite toux passagère, un ou deux atchoums et puis s’en va, il ne finira pas son assiette quoi qu’on en dise, on ne dit plus ça d’ailleurs, on ne dit plus quoi qu’on en dise, on dit autre chose, c’est ainsi, et n’en rajoutons pas s’il vous plaît, on creuse un autre endroit, c’est tout, tel un puisatier dans une bourbe toute noire, ah ah ah, je vous ai bien eu avec ma formule !, à quel endroit voulez-vous qu’on vous dépose déjà ?, l’auditoire n’a pas l’air de moufter, mais ce ne sont pas des auditeurs habituels, ils ont des oreilles à ce qu’on dit, moi qui suis là depuis une paye je vous fiche mon billet que…, et puis non, on va arrêter frais, ça va sans doute leur porter préjudice mais tant pis, soyons fous, ne nous arrêtons pas à la commande, qu’il faut toujours percer, trouer le cul de la demande qu’on m’a dit un jour, que moi je lui faisais ça, et en y regardant de près c’est ça qu’on sait le mieux faire, comme le jour où il a fallu aller raconter une blague au tableau, tout ça parce qu’on nous pensait hilarant, qu’on allait faire rire tous nos camarades, des camarades de chambrées, il s’en disait de belles à ce moment-là, mais on n’a jamais rien su capter, c’est bien plus tard qu’on a appris ce qui s’était réellement passé, mais nous n’y étions pas, nous et les camarades de chambrée, on n’était pas dans l’époque, on n’est jamais d’aucune époque, et on ressemble à rien, on est en file indienne, en rang par deux, on ne veut voir que trois têtes, et on doit faire silence.

le problème avec le problème (qui fait suite au texte sur le théâtre, daté du 17/6/2008 sur ce site)

Le problème avec le problème, c’est qu’il faut en faire le tour, comment faire le tour d’un problème avec un petit quelque chose à se mettre sur la langue, un tout petit habit de problématiques tout décousu, une boîte à problèmes où il manquerait les principaux outils. Il faut charger la boîte à problèmes. Et pour charger la boîte il faut aller plus avant dans la connaissance de soi. Le problème du texte sur le théâtre, c’est qu’il est plutôt moqueur mais ne va pas très loin dans le problème véritable du théâtre avec nous-mêmes. Le théâtre est problématique mais ce n’est pas important, ce qui est important c’est de constater sa propre fragilité face à ce monument de la représentation. Le théâtre est le signe d’une fatigue, d’un moment d’égarement, d’une défaite face à ce qui parfois nous travaille de fond en comble ; le théâtre n’est pas l’urgence à dire, mais un dire continué, une parole pour dire une parole face au silence, un livre à faire alors que c’est un livre pour rien. Combien font des livres pour rien, dans l’idée de continuer, ceux-là font du théâtre. La tentation du théâtre c’est le repos du guerrier, après avoir secoué la planète des signes l’auteur peut jouer à représenter ses formes. Le public, de plus en plus nombreux, ne demande que ça. Le théâtre est, pour nous, tout ce qui est un lâché prise, une perte d’autonomie, un déambulateur pour la pensée. Ce n’est donc pas le théâtre en tant que théâtre, si le théâtre est réellement ce qu’il est : une sommation à vivre, à rester vigilant. Mais le problème est que le théâtre est trop rarement ça. Déjà parce que le théâtre a été remplacé par la télévision, le cinéma, la vidéo, en tout cas le théâtre s’est fait envahir pour le bien de la représentation par toutes ces formes. Il est allé cherché dans toutes les formes d’art une part de son spectacle théâtral, tout au moins quelque chose qui annulerait ses murs, ses rideaux, son plateau, qui le rendrait moins théâtre. Il est allé prendre à la vidéo, au son, à la musique. Il est allé chercher dans l’art action pour se donner un peu de vie. Il s’est illustré par son pillage dans le cinéma. Il n’a que de la haine pour la télévision - mais elle lui a bien rendu et c’est même elle qui lui a donné un coup de grâce. Aujourd’hui, le théâtre pense d’ailleurs prendre sa revanche, car il s’imagine que la télévision n’est plus, alors qu’elle n’a jamais été autant là, vu qu’elle a vite pigé, elle, l’intérêt d’être « représentée » par internet. Le théâtre n’est pas sur internet, trop fatigant à force de piquer à untel ou untel. À un moment il faut payer : le théâtre est devenu la pute de tous les modes les plus vulgaires de la représentation. Bien sûr, ce n’est pas tout le théâtre, il y a des chapelles qui résistent, car il y a encore des stars à honorer, des grands de ce monde qui aiment défiler près des pièces où on parle dans le texte original, il y a encore un petit monde bourgeois qui aime se déplacer dans certains lieux pour y voir des metteurs en scènes prestigieux délivrer leur message de plus de trois heures sur une planche de théâtre. Il suffit d’aller à Avignon pour constater le désastre actuel du théâtre. <depuis longtemps, Le théâtre s’est fait l’aspirateur de toutes les formes de créations et de contestations et il s’est employé magnifiquement à détruire toute parole vraie. Gherasim Luca en a par exemple fait les frais, comme Christophe Tarkos qui sera bientôt joué par tous, c’est-à-dire que son poème sera amoindri, que la force de ses textes sera rendue caduque très prochainement par le théâtre. Bien sûr des choses sérieuses sont faites autour de ces auteurs mais ça reste toujours confidentiel, ce sont des accidents car de toute façon les programmateurs pensent que c’est formidable mais que ce n’est pas pour leur public. C’est là toute la faiblesse du théâtre : s’imaginer drainer autant de monde qu’une soirée télévisuelle autour de Questions pour un champion. Comme les programmateurs savent qu’ils n’atteindront jamais les scores de Koh-Lanta, ils veulent soigner leur public comme des poupées de porcelaine, alors que l’on sait aujourd’hui que tout est public, que tout appelle à recevoir du monde car il y a une recrudescence de l’art de rue, des spectacles en plein air, une bulle pour les balades dans les campagnes avec à la clé une petite lecture, un petit tour de magie ou un petit moment musical. Il y a une profusion de propositions qui quittent justement ces lieux où l’on pense que le public aime ceci ou cela. Dans cette anarchie de projets culturels, il y a parfois des choses qui se glissent sans que cela ne choque ceux qui les programment, qui ne passeraient jamais dans aucun théâtre subventionné et national. Mais après tout, qu’est-ce que cela peut nous faire que le théâtre s’écroule ainsi ? c’est qu’il ne s’écroule pas seul, il entraîne avec lui tout un monde, tout un pays ; par sa détestation de l’inculture il fabrique la haine pour l’art. Il n’y a pas de meilleurs fabriquant de haine que ceux qui s’estiment, plus qu’ils ne se trouvent être, le dernier rempart du vrai labeur à l’ancienne, du beau parler, du pur jeu, du vrai théâtre. Ce n’est pas le Off qui fait du mal au théâtre, c’est le In, c’est tout ce qui est In dans un monde complètement Out. C’est du même mal que souffre l’art contemporain car dans l’art contemporain, même ceux qui jouent les trublions, les performers trashs et anars, les punks de vernissages, tiennent à fond à ce monde, même dans ses représentions les plus laides qui accompagnent le monde le plus dégueulasse et capitaliste. Ils sont prêts à toutes les guerres pour sauvegarder leur aura, leur galerie, leurs belles âmes et leur démocratie. Ils n’ont que mépris pour le petit monde coincé entre la télévision et facebook et qui baigne dans le bain noir de son ignorance, ces sales bobines franchouillardes qu’affolés nous apercevons parfois sur les écrans du monde et qui représentent l’horreur pur de ce monde, sa bêtise la plus crasse, la bête en quelque sorte. La bête à manger du foin télévisuel et à penser comme il vomit. Pour le monde de l’art et du théâtre distingué, le spectateur (ou « les gens ») est un sympathisant FN. Ni plus ni moins. Bien sûr, certains vont nous dire que le théâtre est le dernier rempart de la résistance face à un Etat de plus en plus agressif contre la culture. Il y a dix ans, il dénonçait déjà une droite décomplexée ; maintenant il annonce des grèves, prétendant bloquer des villes voire un pays par un blocage culturel - le blocage culturel par une « asphyxiante culture » comme disait Dubuffet, il y a de quoi rigoler ! - qu’il pourrait pratiquer si la précarité de ses acteurs, comédiens et techniciens, n’est plus supportable. Mais jusqu’à présent, malgré les textes de loi de plus en plus répressifs, malgré une actualité politique de plus en plus sinistre, on ne peut que constater que tout cela est toujours fort supportable. Ces grandes âmes ont même annoncé, ici et là, dans la danse, le théâtre et ailleurs, qu’ils pourraient quitter telle ville, voir tel pays, si leurs crédits de l’an passé n’étaient pas reconduits. En fait, c’est juste une histoire de crédit qu’on leur accorde ou pas. Et ce crédit là, il ne l’attendent pas des spectateurs mais des politiques, ils font donc le jeu continuel de l’Etat, ce sont des gardiens de l’ordre au final et non des sympathisants de la lutte qui peut s’engager pour une vie plus libre, plus artistique, plus jouissive, plus amoureuse, plus rigolote. Une vie qui accepte l’autre, n’importe quel autre de n’importe quelle langue, qui vient échanger avec celui qui s’engage socialement avec la trouille au ventre dans la partie artistique, dans une partie de bras de fer avec eux-mêmes et non avec des responsables politiques locaux pour la sauvegarde de ce qu’on peut appeler le spectacle mort-vivant.

La critique, que ce soit sur le théâtre ou la vie, que ce soit la critique de la poésie ou de la politique, en France, est cependant complètement nulle. A lire le Comité invisible, la poésie la plus avancée au 19ème siècle a toujours accompagné les mouvements de réactions. il est étonnant à ce titre que les grands critiques de la poésie française n’aient pas su lire cela dans l’Insurrection qui vient, tout comme il ont sans doute zappé le moment où, dans A nos amis, ceux-ci disent qu’ils auraient pu écrire un poème ou une chanson plutôt que de nous infliger leur pesante diatribe. Il est surprenant de voir à quelle point la critique a oublié sa fonction même, qui est que la critique est un amour du sujet critiqué. Il n’y a pas de critique sans un réel et profond amour (ou une profonde haine, mais commentée, vécue, obsédante) pour la chose sur laquelle on consacre nos plus grands griefs. La méconnaissance de l’art par le Comité Invisible nous force à les prendre pour des plaisantins seulement capables de se disputer avec les Charlie et autres charlots de la culture. Ça n’est pas sérieux. La critique doit être vue au rang d’un Walter Benjamin, d’un Nietzsche, d’un Kant, d’un Rimbaud, d’un Mao, ou plus près de nous d’un Bernard Heidsieck, d’un Robert Filliou, d’un Gilles Deleuze, d’un Jacques Lacan, d’un François Tanguy ou d’un Jean-Luc Godard. Elle doit aussi pour cela changer sa langue, évoquer les vieux styles, les aimer, les (re)prendre à rebrousse-poil. Elle doit manger la langue de l’autre et ne pas manger dans sa main, comme le fait Tiqqun avec Guy Debord. Guy Debord avait plus de vingt ans de faits d’armes dans la littérature, l’art et le cinéma avant de s’attaquer au spectacle et dénoncer son pourrissement dans la société des années septante. On oublie trop Gil J. Wolman quand on se fait critique de la société aujourd’hui, on oublie trop les forces obscures de l’art, de la poésie, de l’action par la cré-action, et c’est là le drame. La critique poétique qui peut se lire sur les sites accrédités fait sa petite vaisselle, son petit ménage, a ses petits laboratoires sans expérimentateurs, chacun peut y aller de sa petite réflexion sur le temps qui passe. Par exemple, on y défonce la gueule d’un Jean-Luc Godard sans une vraie connaissance de son cinéma et de ce qui l’a travaillé durant plus de trente ans (et puis quoi encore ? manquerait plus qu’on se fatigue !) ; on y pense vite fait des livres qui sortent, comme dans Télérama. Le journal de la télévision pour le petit rayon poétique, c’est direct sur internet et tout le monde va y puiser les dernières paroles. Il faut dire que les livres se flattent entre eux. Ce n’est pas que la poésie ne soit pas lue le problème, ça n’a jamais été un problème. Bien des festivals l’ont prouvé : l’important n’est pas qu’il y ait un lecteur qui vienne s’asseoir dans telle médiathèque du Val de Marne ou au Centre International de Poésie à Marseille, l’important est qu’il y ait une somme considérable d’anthologies et de catalogues qui sortent chaque année par lesquels on aura prouvé que l’argent a servi à faire rayonner la poésie du monde entier en France. C’est comme dans les casernes quand à l’époque il fallait brûler le gasoil avant la fin de l’année administrative, de peur qu’on ne renouvelle pas les stocks de l’année précédente. Les institutions de l’art, de la poésie, de la danse, de la musique ou du théâtre fonctionnent comme ça en France. Et lorsque les festivals sont menacés, on se sent un peu merdeux à signer les pétitions alors que ces mêmes festivals ont invités un tas d’artistes du dimanche, une palette de poètes arabes opposés aux révolutions, puisque faisant partie de castes proches du pouvoir (nous avons dû ainsi nous coltiner, à Sète ou à Lodève, les petits poèmes aux métaphores d’un enfant de dix ans, de membres de gouvernements Libyens, de poètes égyptiens ou … se prétendant « au-dessus du peuple » et de son Printemps. Ces institutionnels qui gueulent contre les fermetures des festivals alors qu’ils ne savent même pas ce qui se passe réellement dans la création de toute sorte en dehors de la France. Mais il faut signer la pétition, tout comme lorsque des écrivains qui pointent tous les ans aux prix Goncourt ou Renaudot dénoncent un de leur collègue parce qu’il est passé à droite, voire à la droite de la droite. Ces même gens de la culture qui vous dénoncent quand vous déclarez que vous n’irez pas voter pour l’Europe. L’art français chie dans son froc.

Et pas seulement pour ces raisons, l’art français n’a plus du tout la côte : un artiste français de trente-cinq ans qui ne pèse pas plusieurs centaines de milliers d’euros peut aujourd’hui aller repeindre la girafe dans sa cambrousse. Mais ça s’accroche dur quand même, c’est comme le lierre les artistes de l’art, ça y croit dur comme fer à ce qui est encore possible, tant qu’on nous prête nos paysages, tant qu’on peut voyager (les artistes sont intarissables sur leurs voyages dans le monde, maintenant ce sont des français ou des belges total décomplexés, ils connaissent tout des petits endroits dépaysants et de leur gastronomie sans pareil), tant qu’on peut aussi avoir les dernières infos sur le monde, comme on a l’eau courante, tant qu’on peut voter, tant qu’on peut s’exprimer ou critiquer un brin, tant que le pouvoir nous prête vie en quelque sorte, accrochons-nous croûte que croûte, nous les artistes rock’n’roll et, pourquoi pas, déclarons la guerre derrière les socialistes aux barbus de Daech qui n’aiment ni l’art, ni les femmes et pas tous les livres, déclarons la guerre aux arriérés de nos pays, aux femmes voilées, à la crasse qui envahit l’Europe, tant pis pour les migrants, tant pis pour les Rroms, tant pis pour les africains, tant pis pour le renseignement, tant pis pour la liberté, tant pis pour nos singularités, tant pis pour notre langue et tant pis pour nos vies. Le pouvoir s’est installé parmi les amis. C’est peut-être de cela dont parle le Comité invisible, de l’amitié, il critique l’ami car l’ami est une somme possible de pouvoir. Ce n’est pas forcément le CRS qui a le pouvoir, c’est aussi l’écolo qui nous fait sa morale, le bio qui nous fait boire sa bière éthique, tous ces connards qui nous entourent et nous disent que penser c’est d’abord un savoir-vivre. Y a-t-il des festivals aujourd’hui, même chez les punks, où ça se termine en coups de boule ? les lectures de poésie ne se terminent jamais en festival de coups de boule et c’est bien dommage. L’armée noire réclame son festival du coup de tête. Les rires méchants et le bruit des machines, la danse au-dessus d’un caddie en flamme, le lancer de canettes et la destruction du bar éthique à la barre à mine, le lancer d’œufs pourris : voilà tout le programme de notre poésie.

Je suis pas là

ne plus se laisser aller à prendre des décisions

je glisse
je glisse sur le côté
je me remets
je suis à la même hauteur
je disparais
je reviens
je glisse à nouveau
je descends vite
puis je remonte plus haut
j'espère rester longtemps
ça veut dire quoi espérer
qu'est-ce qu'on met dans espérer
c'est qu'on met une grosse couche
entre soi et la fin
on tire un fil
on espère que le fil
sera long
qu'on n'en voit pas le bout
trop vite
espérons que si je tire le fil
il ne se casse pas non plus
je vais tirer fort sur le fil
de toute mes forces
je m'agrippe
je tire pour voir le bout
j'espère rester en équilibre
pour voir le bout
je suis à un certain point
du bout
je gagne un point
et je vais au bout
et j'espère voir l'autre
l'autre bout et moi
c'est toute une histoire
l'autre bout et moi
c'est toute une vie fabriquée
avec des bouts de chandelles
comme on dit
mais ce ne sont pas des bouts de chandelles
c'est des bouts de moi à parcourir
et on gagne parfois des points

*l'auteur n'est pas mis au jus de ce qui se trame.

*la poésie ça n'est pas prêcher dans le désert c'est longer une 4 voies et tenter tout de même de parler aux bolides.

*chacune des paroles de chaque être est une mauvaise herbe.

*tout à coup le mot a changé, il n'a plus le même sens et on ne vous a pas prévenu.

*la plus grande des perversions c'est de s'adresser à l'autre.

*aucun de nos mots ne tiendra la route.

*il fait tout noir et on comprend rien.

*ne plus se laisser aller à prendre des décisions.