@Contact
UN GIORNO

un giorno

mio padre posa la borsa contro la porta

 

un giorno

esce tutte le mattine per lavorare

 

un giorno

prende l'autobus per denain

 

un giorno

riporta caramelle dalla fabbrica

 

un giorno

tira la lattina sotto la tavola

 

un giorno

mi vede sulla staccionata

 

un giorno

mia zia lo prende per il culo

 

un giorno

riporta solo il vino dalla spesa

 

un giorno

lo vedo in fondo alla strada nuova

 

un giorno

mia madre nasconde le bottiglie

 

un giorno

mia sorella dice che è gentile

 

un giorno

mia madre lo serve fino all'orlo

 

 

un giorno

accarezza il gatto in poltrona

 

un giorno

batte su dei bidoni

 

un giorno

mette un posacenere sotto il bicchiere

 

un giorno

civetta non lo fare

 

un giorno

dice cose complicate

 

un giorno

mette il carbone nella caldaia

 

un giorno

sale le scale

 

un giorno

mi compra dei dizionari

 

un giorno

riprende la discussione

 

un giorno

taglia la corda durante un matrimonio

 

un giorno

mi tiene uno sproloquio sulla vitamina a, b, c, d

 

un giorno

prova il suo patois con un vicino

 

un giorno

allontano la sua mano in macchina

 

un giorno

si dà da fare con le bobine di spago

 

un giorno

dissotterra la bambola di mia sorella

 

gli dico sì sì sì sì

 

un giorno

sua madre l'addormenta con le sue storie

 

un giorno

ci mette un sacco di tempo

 

un giorno

si lava col guanto da bagno

 

un giorno

è vestito di blu con il berretto e apre la bocca

 

un giorno

riacciuffa la goccia al naso con la mano

 

un giorno

ha le vene sul viso

 

un giorno

lubrifica di nuovo il fucile

 

un giorno

mi parla di mia madre

 

un giorno

scappa da zia marthe

 

un giorno

riporta le mele nella carriola

 

un giorno

incrocia le mani sulla pancia

 

un giorno

torna tutti i giorni sbronzo

 

un giorno

dice non ho carne

 

un giorno

mi fa delle smorfie

 

un giorno

corregge gli errori di francese

 

un giorno

non smette di tacere

 

un giorno

mette le cose ultra lentamente

 

un giorno

recita un poema di Maurice Fombeure

 

un giorno

resta nel mezzo davanti alla TV

 

un giorno

il gatto è sulle sua ginocchia

 

un giorno

piega le gambe nella 4CV

 

un giorno

guardo l'uomo che si ritira

 

un giorno

si fa graffiare dalla mamma

 

un giorno

trafigge il cuore del ragno con uno spillone

 

un giorno

fuma una sigaretta e pensa

 

un giorno

c'è odore di piselli spezzati

 

un giorno

 dice non toccare rompi tutto

 

un giorno

le scale scricchiolano in continuazione

 

un giorno

la mamma dice ancora ho già salato

 

un giorno

vedo la terra da vicino

 

un giorno

è sfocato dietro la biancheria

 

un giorno

incrocia le gambe in cucina

 

un giorno

lo zio è rauco

 

un giorno

vedo l'ombra del vicino

 

un giorno

mio padre gira intorno alle mele

 

un giorno

mio fratello scappa dagli spogliatoi

 

un giorno

mia madre dice ah la la! Lascia perdere, dai!


Traduction en italien Barbara Puggelli

 

pompe à bière

arrivent les politiques. arrivent les politiques avec les concertations pour ventres creux. ventres creux ou bombés arrivent les politiques avec des messages en forme de couilles d'obus. couilles d'obus à bourrer les culs mous. arrivent les politiques et les gens avec aussi dedans. arrivent les gens avec les mêmes gueules en forme de couilles d'obus. les gens gueules remplies au mépris couille d'obus. arrivent les gens la crotte encore qui pend au cul. les gens encore la crotte et les politiques restructurantes au cul. les politiques restructurantes avec les gueules à couilles d'obus dedans. arrivent les gens. les gens qu'on dit c'est plus les gens. les gens qu'on devrait dire techniciens de surface. les gens qu'on balaye la planète. arrivent les gens qu'on dit va balayer plus loin ta gueule si j'y suis. les politiques dans la gueule de qui j'y suis avec les messages à bourrer les culs mous. messages pour crottes au cul et balayeur de surface planétaire. la surface planétaire dans ton cul à les gens. arrivent l'art et la politique dans les gens couilles d'obus. arrivent enfin l'art et enfin la politique avec la bande des philosophes armés. les philosophes en bande armée dans des grottes. les philosophes qui bandent dans la grotte avec les politiques qui bouffent le bifteck. le bifteck à grenouille de les gens pompe à cul. pompe à bière et pompe à fric. pompe à fric bourrée aux as et pompe à bière bourrée dans cul sécurit. bourrage dans cul sécurit à les gens. arrivent enfin les gens. arrivent enfin les politiques aux couilles mortes et pleines. fouille au cul sécurit. fouille et palapation crotte au cul avec la bande des philosophes armés. pompe à fric et pompe à bière avec de l'art remplie au noir sécurit. arrivée dans l'art avec les philosophes bande armée et fouille au cul sécurit. culs des noirs sécurit et viande grillée petits fours. petits fours avec pompe anale ou bière au bide. petits fours avec bourrage de gueule et opération sécurit. bourré comme des culs dans la grotte. la tête des gens de l'art bourrée comme des culs dans la grotte. la tête des gens de l'art des pompes à bière remplies aux noirs sécurit et séminale sécu. fouille et palpation avant les discours couilles d'obus.

 

j'ai un bon message pour toi. j'ai un message c'est pour toi. j'ai pour toi du bon c'est message et c'est pour toi. j'ai pour toi j'ai un message et c'est bon. c'est bon ce que j'ai. j'ai du bon du message et c'est pour toi. j'ai du message pour toi. j'ai du message et pour toi. j'ai du message et c'est toi qui est pour. et c'est pour toi voilà qui est bon. j'ai du bon du message c'est pour toi. c'est pour toi et voilà c'est tout bon. j'ai tout bon dans tout toi et message qui voilà. j'ai message et j'ai bon j'ai tout bon j'ai message c'est  pour toi. et tout bon. j'ai tout bon tout bon. j'ai toi c'est bon. c'est tout bon. j'ai message. j'ai j'ai j'ai j'ai j'ai j'ai j'ai j'ai. tout tout tout tout tout tout tout. toi toi toi toi toi toi toi toi toi toi. c'est bon c'est bon c'est bon c'est bon.

 

la compagnie des prout-prout-ma-chère. les prout-prout-ma-chère en bicyclette. les prout-prout-ma-chère bicyclette et pince à vélo. la compagnie des prout-prout-ma-chère avec des mots à déguster bicyclette et pince à vélo. mots à goûter déguster chuchotis chuchotas. chuchotement à poil dur. chuchotement à poil dur dans l'oreille à cul mou. tous les culs mous écoutent. chuchotis chuchotas. poil dur. poèmes au ras des culs mous et prout-prout-ma-chère en bicyclette et pince à vélo.

l'invention de la vie

Ce matin même j’ai inventé une bombe qui va faire sauter la planète toute entière. C’est une invention toute simple. Personne n’y avait encore pensé. Pourtant c’était très simple à faire. J’ai fait ça dans ma cuisine, juste sur ma table en formica. Une bombe toute bête et rien de plus simple pour la manœuvrer. Il y a juste un gros bouton, avec marqué dessus : « boum ? ». On appuie et la planète vole en éclat. La planète toute entière je dis bien. Ce matin je me lève, hop, j’invente la petite bombe révolutionnaire en cinq minutes sur le coin de ma table en formica. Personne n’y avait encore jamais pensé jusqu’à ce jour. Certains avaient échafaudé quelques plans surgis de vagues idées, d’autres touchaient presque au but puis s’en éloignaient rapidement. Un nombre incalculable de savants se sont penchés sur la manière dont on pourrait faire péter la planète en un seul coup, mais personne n’a vraiment réussi à développer l’outil qu’il fallait pour la faire exploser, déjà parce qu’un nombre incalculable de savants n’imaginaient même pas que c’était possible, que ça resterait définitivement du domaine du rêve, alors qu’il suffisait de se pencher un peu sur le problème et de trouver la solution. Une solution vraiment toute bête. C’est si simple et pourtant personne, je dis bien personne personne personne n’y a jamais pensé jusqu’à ce jour ! Alors que c’est vraiment tout bête tout bête tout bête. Il suffisait juste d’y penser. Du coup, maintenant, dès que l’envie me prendra de tout faire péter, j’appuierai sur boum et j’enverrai valser la planète dans l’espace, toute la planète réduite en miette. Plus de plantes, plus d’animaux et plus d’humains. Terminé ! juste avec l’engin que j’ai inventé ce matin sur la table en formica de ma cuisine. Il reste plus qu’à prendre en otage tout le monde, tous les peuples, tous les animaux, toutes les plantes, ou sinon je fais tout péter.

LE THEATRE

Le théâtre est la commercialisation de la pensée et de la poésie, le théâtre ce n’est pas interroger réellement les gens qui ne sont pas là. Ce qui ne sont pas venus au spectacle ne sont pas intérrogés, et c’est là le drame, le drame théâtral se noue dans le fait qu’il fige la représentation. Il interprète la pensée, la poésie, les actes, la vie. Interprétation = mensonge. Que font ceux qui sont rentrés voir le spectacle ? Comment sont-ils entrés ? Pourquoi il y a tous ces gens dehors ? Pourquoi les gens dehors ne sont pas rentrés ? Comment sont les gens dehors ? Sont ils pareils lorsqu’ils sont rentrés ? Pourquoi sont-ils rentrés et comment et qu’ont-ils avec eux de dehors ? Qu’ont-ils avec eux du dehors et des gens qui ne sont pas rentrés ? Ce ne sont pas du tout les questions du théâtre, ou alors ce sont des questions que nous allons traiter avec une voix spécial et un décor tout spécial, avec toute la spécialité lumineuse du théâtre et avec toute la spécificité spéciale de la représentation des corps, des gestes et des paroles spéciaux de ces corps, et que nous allons même dire « tout ça c’est du corps », c’est-à-dire un pousse-à-l’entassement, comme du « pousse au vice » ou « pousse au crime ». Tout ça c’est déjà des formules d’entassement et de mise en bière pour la vie et la pensée. Tout le théâtre renferme en lui seul ce qui est contre la vie. Car il n’interroge pas du tout ce qui ne foutra jamais les pieds dans son théâtre. Tout ce qui ne fout pas les pieds dans le théâtre est simplement la vie. Le spectacle rentre, les spectateurs rentrent, tout le monde est rentré sauf le plus important, c’est-à-dire la vie. Alors, tout théâtre devrait déjà faire avec le vide de la vie. La vie devrait être sa cible manquante, son spectateur inerte, son public impossible et toujours absent, et il devrait arrêter avec ses formules fausses, ses formules qui chassent la vie à pleine main. Il n’y a pas de vie qui passe dans le théâtre, il n’y a que des formules d’entassement à pleine main et de la technique plein la vue. Même le noir est une technique pour nous en foutre plein la vue. Il n’y a même pas besoin des dernières trouvailles du théâtre pour faire semblant de coller au contemporain, le grain de la voix nue et la lumière minimale sont déjà des techniques éprouvées pour nous en foutre plein la vue. Seulement le théâtre ne sait dire que les absents ont toujours tort, alors que c’est le contraire, c’est le théâtre qui a tort et les absents qui ont raison de s’absenter.

Problème numéro 2

Le problème c’est que je ne suis pas un artiste quelque part. Quelque part en moi il y a l’impossible artiste qui est là et qui veille. Car tout ce que je fais n’est pas nourri par la volonté de trouver et de renouveler, d’avoir une nouvelle idée et de la former puis de s’en servir. Tout ce que je fais n’est pas inscrit dans la volonté de se démarquer, puis ensuite de breveter après invention, de rentrer enfin dans le bercail des galeries et dans les discours de vieux qui ont déjà tout fait et tout vu. Je ne sais pas chanter, je ne sais pas poser ma voix, respirer, j’oublie de respirer et de parler par le ventre, et c’est la rage presque seule qui va former le dessin et non la technique. Je n’ai rien contre la technique cependant. Seulement, la technique dépasse les techniciens. Car les techniciens oublient que la technique est plus vieille que le plus vieux des techniciens. Tout comme la technologie. Les technologues s’imaginent que nous sommes encore dans un devenir technologique. Alors que c’est à partir du moment où l’homme arrête d’être singe qu’il est dans son devenir technologique. Les machines ont le mérite d’emboucaner l’intime. L’intime fait gros bruit grace aux machines et non grace au beau grain de voix de l’acteur. Il vaut mieux être un beau grain de fille qu’un beau grain de voix. La voix passe par les oublis de la bande et par les trucages les plus diverses pour dicerner mieux. Mieux dire et cerner soi par la bidouille. Mais est-ce vraiment important de vivre ces passages à la bidouille ? car ce qui reste de l’artiste est bien souvent son passage dans la technique, la forme. Son passage à la forme est son passage par les armes. Les armes des artistes. On peut dire alors qu’il est reconnu parmi les siens. Cependant, tout ce qui dépasse la relation est pour moi sans grand intérêt. L’art doit aussi être là pour la relation. Deux ouvriers peintres qui peignent un mur, un haut mur de béton, ou qui l’enduisent, ces deux travailleurs là sont pris par leur travail et n’ont que des relations minimes entre eux. Pour moi, le drame est là avant toute chose, il nait de l’impossibilité relationnelle entre les êtres. La création doit favoriser la relation. La création est le possible relationnel. Deux hommes qui enduisent ou qui peignent, ou deux travailleurs qui sont dans des bureaux, deux bureauliers ou bureaulières et qui ont des soucis téléphoniques, deux comptables avec des soucis de paperasse, ou toute sorte de soucis ne peuvent se concentrer sur la vie nue. La vie est nue entre nous. Nous faisons tout pour nous éloigner la vie nue. La vie sans rien, sans phrase et sans bagage littéraire et sans technique ouvrière ou artistique. Alors sans doute, le mot relationnel ne va pas. Car déjà un artiste s’est soucié de cela et a fabriqué des précepts pour faire le forcing dans les galeries avec ses nouvelles idées. Et du coup, nous avons inventé « l’esthétique relationnelle », qui est une fumisterie pour les salons, les vernissages et toutes sorte de mondanités. Rien à voir avec ce que nous appelons le problème de la relation. Il y a dans le geste du travail à plusieurs, quelque chose qui passe et obscurcit toute possibilité de voir la vie sous le bon œil. Il y a quelque chose qui pèse, quelque chose qui nous arrive dans l’esprit et qu’on tentera de repousser par tout un tas d’actes qui sont des empêchements pour être vraiment là. Soi-même déjà là et l’autre dans cette possibilité. La possibilité, voyant l’autre là, d’y être également pour lui-même. Cela est la même chose pour ceux qui travaillent dans un bureau, ceux qui œuvrent sur un chantier et ceux qui organisent des manifestations artistiques. Il y a tout un tas de constructions relationnelles, tout un ensemble fort élaboré pour éviter la vraie vie. L’ouvrier va parler à l’autre de choses et d’autres, le secrétaire ou l’employée de banque, le patron et son adjoint parleront dans les moments perdus du bon ou du mauvais temps, le technicien artiste parlera de sa technique artiste en prenant un verre avec une personne du staff technique ou de son public artiste et alors ? qu’en ressort-il de l’humanité ? rien. Il ne ressort rien de l’humain, ou alors des traces individuelles, parce que les hommes sont dans l’incommunicabilité absolue, et donc la chose à faire est de faire parler cette incommunicabilité, et de la faire jaillir de toute part, de désigner l’incommunicabilité à tout instant. Seul l’artiste, dans ses moments lucides, et s’il n’est pas qu’un technologue doublé de velléités de reconnaissance, peut se permettre de le faire et d’ainsi montrer la nudité de tout. Et donc la révolte, car on est prisonnier de la vie du corps. Si le corps s’éteint, et il s’éteint progressivement dans la vie, le corps est un éteignoire pour la vie, si le corps s’éteint donc, nous les artistes et les autres futurs noyés, nous nous retrouvons dedans comme écrasés, écrabouillés dedans entre les différents tuyaux et le sang durci. La vie pour nous est un souffle inéluctable et de toute façon la vraie lutte est déjà avec soi-même, déjà lutter pour soi et contre soi. Car ce qui nous guide, c’est effectivement de repousser l’épuisement. Notre épuisement, car la nuit arrive pour tout le monde et on la sent très vite monter en soi-même. En soi-même la nuit monte. En soi-même la vie s’éteint progressivement et donc vivre est une lutte, vivre c’est être dans la révolte. Si la révolte n’est plus comprise par l’artiste, alors c’est la mort qui l’habite déjà. La mort habite beaucoup d’artistes qu’on dit « vivants ».