autrefois il publiait un fanzine reliant la musique indus avec la poésie et il invitait tout ce beau monde à des conventions du disque, à Bernay. Maintenant il fait un blog en toute simplicité, un vrai lecteur, de vraies oreilles aussi. Le blog indispensable pour celui ou celle qui s'inquiète encore aujourd'hui...
le harcèlement textuel vous connaissez ? des gens qui se font harceler textuellement parlant, des écrivains, les écrivains sont des harcelés du texte, c’est pas que les éditeurs qui les harcèlent, on pourrait même dire que les éditeurs les harcèlent pas trop, pas assez, il faudrait que ça harcèle plus de ce côté là, pas de danger, les éditeurs leur problème c’est justement d’avoir des auteurs, et du coup ça leur ôte l’envie d’écrire les éditeurs, l’auteur leur hôte l’envie d’être eux-mêmes des auteurs, du coup ce sont des ôtés, pas des auteurs les éditeurs, des ôtés qui prennent des hauteurs en prenant de haut les auteurs, et la meilleure façon de prendre de haut un auteur c’est de pas l’éditer, c’est-à-dire de lui ôter l’envie d’être harcelé, il y a plusieurs façon de harceler un auteur, déjà en l’éditant, ou en voulant qu’il écrive des textes pour les autres, à la place des autres, en leur ôtant les mots de la bouche, que les auteurs ôtent les autres, qu’ils leur prennent le pain de la bouche, ça les autres ils veulent pas, les autres c’est-à-dire les ôtés, les auteurs leur ôte les mots comme le pain qu’ils disent les ôtés, tant pis pour eux, ils ont qu’à être éditeurs, comme ça ils seront vraiment harcelés par les auteurs qui ne demandent et qu’on leur foute la paix, car les auteurs veulent qu’on leur foute la paix, qu’on les laisse se harceler eux-mêmes, et les auteurs demandent qu’à être harcelés par le texte, car c’est le texte seul qui harcèle un auteur, il est pris en otage l’auteur, par un texte, un texte qui met du temps à venir, un texte qui n’en finit pas de venir et qui finira par ôter à l’auteur l’envie qu’on l’y reprenne, qu’il s’y reprenne à reprendre les mots d’auteur des autres qui sont pas des auteurs, et tout ça pour le bien de son harcèlement quotidien, ce harcèlement permanent qui bourdonne dans la tête à l’auteur, car ça bourdonne tout le temps dans la tête à l’auteur, c’est fait un tout gros bruit dans la tête à l’auteur,
un beau cerceuil. un cercueil tout beau. tout propre. un cercueil bien plein. avec rien dedans. y a rien mais il est plein. il attend. il attend d’être rempli. il est plein d’attentes d’être rempli. il est plein aussi d’air. c’est un cercueil plein qui se remplit d’air. tout beau tout neuf. bien plein de l’idée qu’il va servir. qu’il y a un but. le but à remplir. c’est ça qui remplit le cercueil. qui le gonfle. le cercueil se gonfle avec rien. il est plein alors qu’il semble vide. qu’il ne sert à rien. qu’il n’y a rien qui va faire qu’il se mette à être. à avoir une existence. il l’a déjà. son existence est déjà au vu et au su de tous. tout le monde peut voir le cercueil, même si tout le monde pense qu’il sert à rien. qu’il n’est rien. il n’est pas rien puisqu’il est là. se remplissant des regards de ceux qui ne croient pas en son existence actuelle. ils ne le voient que dans le futur. quand le cercueil aura rempli sa fonction. c’est-à-dire quand il y aura un mort dedans. quand il y aura un mort on ne pensera pourtant pas à lui. on ne pensera qu’au mort. le mort est pourtant déjà dedans. n’importe lequel. c’est un mort quelconque. c’est vous et c’est moi. on se trouve tous dedans. c’est pour ça qu’il est très présent. c’est qu’il y a chance. C’est qu’il y a possiblilité. La possible chance d’avoir n’importe quel mort dedans. un mort comme vous et moi. on peut tous être dedans. C’est notre possible. Nous serons la chance de ce cerceuil. Il nous attend. n’importe lequel d’entre nous. On peut tous y être. tant qu’il n’y a pas un vrai mort à l’intérieur. Un chanceux. Les autres regarderont. mais ceux qui le regardent dès à présent le voient-ils mieux ? ils ne voient pas le beau cercueil. le cercueil tout neuf et tout beau qui se présente à eux dans un joli présent. comme un cadeau. une promesse. un devenir-caveau. Non, ils ne voient que le mort qu’ils pourraient être. il voient un mort n’importe lequel. jamais ils ne voient ce cercueil pour ce qu’il est. un vrai présent qui s’offre à eux. quelque chose de dur qui n’existe que pour ce qu’il est. un cercueil plein de vide et d’air et de regards qui ne le regardent pas. en quelque sorte ils transportent le cercueil. ils sont déjà en train de le porter. ils portent le mort en eux. rien qu’en regardant le cercueil. la mort de vous et moi existe enfin. et grâce à lui. elle nous apparaît maintenant. lorsqu’on regarde fixement le cercueil pourtant on ne voit rien. on ne fait que se transporter. on ne porte même pas le cercueil. on se porte soi-même en lui. on lui apporte un corps. c’est le corps de nous qu’on lui remet. on ne s’en remet pas. alors que le cercueil ne fait rien. il est posé simplement sur le sol. et il y aura d’autre sols et d’autres cercueil. il y aura plein de morts aussi. et il y en a déjà. il y en a plein qui se remplissent. ils jonchent de partout et pourtant on ne voit rien. on ne voit que la représentation de ce qu’on est lorsqu’on ne sera plus. alors qu’on n’est déjà peut-être plus. peut-être déjà le cercueil nous emporte quelque part. il est déjà en train de nous mener. c’est sûr qu’il nous mène en bateau. on est dedans. tranquille. à se faire transporter. quelqu’un d’autre est déjà là. quelqu’un a pris la place de quelqu’un d’autre dedans. on ne s’en est même pas apperçu. on s’est pas rendu compte du changement. pourquoi le mort est-il un autre maintenant. pourquoi je suis vivant tout en laissant mon mort partir ? si je le laisse, c’est que j’ai des réserves. je sais que déjà quelqu’un pousse. quelqu’un qui vient pour prendre la place du mort en cours. le moi le mort qui prenait trop de place à l’intérieur. pourquoi l’autre vient prendre sa place ? pourquoi je ne peux pas vivre dans un mort qui s’en va ? et un autre qui vient. pourquoi quand je vois un cercueil je me vois là-dedans ? je vous vois vous et moi. je vois le vous de moi en mort dedans. et vous le voyez aussi. vous vous voyez sortir de vous ou de moi. vous ne savez pas qui va rentrer. qui sera dedans. qui sera le dernier sorti. qui remplira le cercueil le premier. vous en voyez plusieurs rentrer. ils veulent tous la place du mort. ils se battent. plusieurs en vous et moi ça fait du monde dans le petit cercueil tout beau tout neuf et posé là calmement, sans demander son reste. il nous faut faire un choix. on ne vient pas acheter un cercueil tous les jours. il faut réfléchir longuement. on est mal à l’aise. on a du mal à se décider. c’est juste pour un enterrement. très sobre. pour ça il faut tuer quelqu’un. il faut que quelqu’un vienne remplir sa fonction de mort à l’instant T. juste quand on a décidé d’acquérir un cercueil il faut tout de suite mettre quelqu’un dedans. et ça peut être n’importe qui. c’est peut-être vous ou moi. c’est n’importe qui qu’il faut qu’on voie là-dedans. pour se faire une idée. une idée du mort qu’on porte. car c’est bien le mort qu’on a dans la tête qu’on va mettre dedans. c’est pas n’importe quoi. il faut qu’on place quelqu’un là-dedans et rapidement. qui est-ce que je pourrais bien mettre ? qu’est-ce que vous mettriez, si vous vous étiez moi ? si vous étiez à ma place ? qui pourrai-je mettre si j’étais vous, à votre place ? mais là je ne suis pas vous. je suis à ma place. tout au moins c’est ce que je crois. je crois que je suis le moi qui suis rentré là pour acheter un cercueil. alors que c’est plus tout à fait ça. je suis celui qui pense maintenant. qui se demande qui il doit foutre là-dedans. pour faire un choix décisif. Pour ne pas me tromper. pour être au plus juste avec mon désir. mais il ne faut pas parler de cela maintenant. car sinon on va croire que le désir naît du manque. alors que le manque est déjà bien plein comme ça. qu’il actionne ses sonneries à lui. et le désir de tuer par exemple c’est autre chose. il y a d’ailleurs plusieurs désirs comme il y a plein de manques. comme ça on a le temps de choisir. on a le temps de mesurer tous les pleins et tous les vides. voir tous les cercueils et désirer voir plusieurs morts. des morts qui manquent à nos désirs. c’est des désirs de tuer. comment tuer un mort ? comment tuer quelqu’un qui manque ? et puis tuer le désir ? il faudrait que ça nous travaille. que ça tenaille la tête. que ça chatouille les pensées des heures durant. il nous faudrait peser les pour et les contres. voir où ça peut nous mener, ailleurs que dans le cercueil où je suis. car faute de mort à tuer j’essaie avec mon corps. je le place tranquillement dedans. parfois il est trop grand. parfois c’est trop serré. parfois trop espacé. et en les essayant je peux continuer à réfléchir. il faut que je mette quelqu’un qui est comme moi. qui a ma corpulence. je pense alors à mon père. mon père n’avait pas ma corpulence. mais c’est plus facile si c’est lui. c’est pas tout à fait ça. c’est pas tout à fait lui. c’est lui qu’il faut tuer mais ce n’est pas que ça.il faut savoir pourquoi. pourquoi c’est pas tout à fait ça ? et pourquoi il me faudrait le tuer ? et aussi pourquoi je pense à lui ? il faudra élucider ça. on a souvent très vite les clefs du pourquoi. pourquoi on a tué son père ? c’est plus compliqué quand c’est un chat. je pourrais très bien tuer le chat de mon père, mais là il y a un problème technique. si je tue le chat, il ballottera dans le cercueil. ou alors il faut que j’achète un cercueil d’enfant. dans ce cas il vaudrait mieux que je tue le fils. au moins, je serai sûr des proportions. ça pourrait être une idée pour la suite. je reviendrai acheter le cercueil pour mon fils quand j’aurais mis le père en terre. avec le chat. car après tout, je peux tout caser. tuer le chat de mon père et je coince le tout entre ses deux jambes. ou bien juste dessus. ça fera comme avant. quand mon père était vivant. le chat était sur ses genoux et mon père le caressait. ça fera plus vrai. c’est d’ailleurs pour ça qu’il faut que je tue le chat. car mon père avait toujours son chat sur lui. le chat était un peu le père et le père était un peu le chat. ils avaient la même tête. toujours ensemble dans le même endroit et dans le même silence. on comprendra fort bien pourquoi j’ai descendu les deux en même temps, avec une carabine. ça sera la carabine du père. on aura vite les clefs. car si je ne tue pas le chat, je ne tuerai pas l’homme complètement. c’est à ça que je pense en m’allongeant dans le cercueil. il faut tuer tout ce qui bouge. tout ce qui rentre en moi et tout ce qui sort autour du père. ce n’est pas moi qui sort du cercueil. c’est lui qui sort de moi. c’est l’idée du cercueil remplie de tous les morts qui peuplent le père. mais ces morts se peuplent en moi maintenant. maintenant que le père est descendu, ils montent en moi. ils me remplissent. même la carabine elle fait partie du père. tout ce qui est en son endroit. ça touche de près ou de loin au père. et mon regard aussi. quand je vois le cercueil je vois mon père. il est tout beau tout neuf. il est dans la pensée. avec le chat. et souvent j’ai l’impression que le chat lit dans mes pensées. il faudra donc tuer la pensée du chat. avec la carabine. Et puis tuer tout ce qui se rapporte au père. Tout ce qui porte sur lui. Lui et ses nerfs. et puis tuer le regard aussi. le regard vers toute chose qui va sur le père. il faudra me tuer aussi du coup. tuer l’idée du père en moi. c’est pour ça que je tuerai le fils. comme ça on a fait le tour. la boucle est bouclée, comme on dit. on en aura fini avec l’idée du mort en moi. et on pourra recommencer. on recommence à penser. comment trouver l’espace. une place pour la pensée. c’est comme la place du mort.