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les poèmes délabrés deux mille onze

les poèmes délabrés

 

les poèmes délabrés

sont les poèmes qui sont écrits

pour durer pour que

ça dure un bon coup porté

à l'écriture un bon coup non de

reviens-y mais de c'est cuit

dans l'écrit

 

 

les poèmes qui durent

ont la peau la vie la dent

longue ils sont cuits

à point pour ne point

qu'on les lise

trop trop vite

 

car souvent les poèmes

sont à lire vite et

de travers quand on a

la pêche qu'on n'est pas

comme moi allongé rétamé

par terre en attendant

que ça cuise

 

oui, ça cuit je veux dire

sort ça finit par nous mettre

plus bas les poèmes c'est plus bas

que l'endroit même où je les ai

rétamé

 

 

je suis allongé par terre

je ne peux rien faire

je suis allongé

j'attends de pouvoir faire

je suis allongé là

depuis un bon moment

j'attends de faire

il me faut une autre

langue il me faut

un autre appareil

digestif ou

dentaire il me faudrait

les guiboles sinon

je suis cuit je

m'attends j'attends

qu'il passe

il ne passe pas

il est long il vient

il me regarde

il me dit : je te regarde

puis il s'en va

dégoulinant de sagesse

 


je suis en train de souffler, de m'essouffler, je m'essouffle pour pas m'essouffler encore plus, il faut tenir, bien mettre ses mains sur ses côtes, je tiens mes côtes, je n'ai pas envie de rire, je rigolerai plus tard, pour le moment je suis essoufflé, je reprends ma respiration, je n'en peux plus de respirer, qu'à cela ne tienne, il faut pourtant respirer, c'est-à-dire s'essouffler, coûte que coûte, je n'en peux plus, je vais m'allonger, ce n'est pas le moment de lâcher une blague, bien écouter son corps, prendre son temps, je n’entends rien, je continue de m’essouffler, bien m’essouffler surtout, surtout pas de blague, bien pousser l’air au fond et puis tirer à nouveau l’air des poumons, une bonne chose les poumons, penser à ça, une bonne chose de s’essouffler, surtout ne pas pouffer de rire, bien contrôler la situation s’allonger tout doux, rester à terre, bien s’allonger, rester bien quelques temps et attendre, il faut retrouver sa respiration, quelqu’un vient me voir, il va vouloir me chatouiller, rester concentré, oublier les ragots, les ragots viennent des regards, oublier ce type qui va me regarder avec ses regards plein de ragots, oublier la parole, oublier les gestes sauf l’essoufflement, tout doucement on s’essouffle, on reprend l’essoufflement tout doucement, on reprend jusqu’à perdre haleine, on reste bien allongé, on est regardé, surtout ne pas défaillir, l’autre s’approche, rester digne, ne pas pouffer, ne pas éclater de rire, ouvrir grand sa bouche, ouvrir plus grand encore, ouvrir encore plus grand, encore plus grand que grand, l’autre me regarde encore, puis il me laisse, je peux mourir de rire maintenant si je veux, l’autre a le dos tourné, je peux maintenant partir d’un éclat de rire si je veux.

 

 

 

Je tombe

Je n’en finis pas

Je tombe je finis pas

Demain peut-être

Je finirai de tomber

Demain tout sera fini

Je serai tombé

J’aurais fini par

joindre les deux bouts

ou l’utile à l’agréable

ou une pierre deux coups

je tombe c’est le bon moment

je n’ai pas raté ma chute

il y a des chutes

qui arrivent trop tard

ou trop tôt

la mienne tombe à point nommé

je tombe à point nommé

je n’en finis pas d’être à point

mais ça va se terminer

encore un moment

à la pointe et hop

je dévale les courants

une rigole

une petite rigole

on la suit

on se ramasse à la suivre

elle n’en finit pas

elle nous mène chez nous

c’est-à-dire dans un trou

c’est là qu’ils se terrent tous

mais moi j’ai choisi au départ

un petit monticule

j’ai pris un autre chemin qu’eux

j’ai pris la butte

mais je me suis sauvé aussi

j’ai dévalé la butte plus vite

que les autres sont entrés dans le trou

et là ils y restent toute la vie

dans mon souvenir certains

sont restés toute la vie

à l’intérieur de cette

bouche d’égout

car la rigole ne mène qu’à ça

on ne peut rien faire d’autre

dans la vie

que déboucher sur un espace

qui n’est qu’une bouche d’égout

 

 

 


je glisse

je glisse sur le côté

je me remets

je suis à la même hauteur

je disparais

je reviens

je glisse à nouveau

je descends vite

puis je remonte plus haut

j’espère rester longtemps

 

ça veut dire quoi espérer

qu’est-ce qu’on met dans espérer

on met une grosse couche

entre soi et la fin

on tire un fil

on espère que le fil sera long

qu’on n’en voit surtout pas le bout

pas trop vite

espérons que si je tire le fil

il ne se casse pas non plus

je vais tirer fort sur le fil

de toute mes forces

je m’agrippe

je tire pour voir le bout

j’espère rester en équilibre

pour voir le bout

je suis à un certain point

du bout

je gagne un point

et j’espère voir l’autre

l’autre bout et moi

c’est toute une histoire

l’autre bout et moi

c’est tout une vie fabriquée

avec des bouts de chandelle

comme on dit, et parfois

on gagne des points


je n’ai rien à percer en ce moment


je perce mes oreilles

je perce mes yeux

je perce mes dents

je perce mon appétit ( ?)

je perce ma chaussette

je perce qu’est-ce que je perce ?

je perce je perce

qu’est-ce que je perce ?

je ne sais pas qu’est-ce qui faut percer

il faut percer il faut percer


 

je vais dans l'ennui

 

je m'ennuie, je veux m'ennuyer encore plus, je veux être fort ennuyant et m'ennuyer fort, je veux redoubler d'ennui, aller au fond, tout au fond et faire un gros tas d'ennui, je redouble mes efforts, je fais de l'ennui, j'en fais partout, j'en cause, j'en peux plus de causer de l'ennui, nuit et jour je m'ennuie ferme, je retrousse mes manches, je vais à fond maintenant, l'ennui ne me fait plus peur.

 

Ne plus sa laisser aller à prendre des décisions.

 

l'exercice n'est pas fini

L'exercice n'est pas fini, rasseyez-vous sur vos chaises, ouvrez le bureau et prenez une feuille, reprenez votre stylo et écrivez ce qui va suivre : l'exercice n'est pas fini, rangez votre stylo et remettez votre feuille dans le bureau, refermez-le et levez-vous de la chaise, repoussez-là contre la table et écoutez : l'exercice n'est pas fini, tirez votre chaise et asseyez-vous, ouvrez votre bureau, reprenez votre feuille et votre stylo et écrivez à nouveau : l'exercice n'est pas fini, prenez cette feuille et rangez-là, rangez aussi votre stylo, levez-vous et remettez bien votre chaise et écoutez enfin ceci : l'exercice n'est pas fini, alors rasseyez-vous de suite sur la chaise et fouillez dans votre bureau pour retrouver le stylo et la feuille où c'est déjà marqué deux fois l'exercice n'est pas fini et inscrivez ceci à la suite : l'exercice n'est pas fini, puis levez-vous sans broncher, remettez la chaise sous votre table et écoutez attentivement ceci : l'exercice n'est pas fini...   

 

le béguin

Voici un son retrouvé pour un travail fait avec les participants du centre social du vieux Cambrai (le quartier de Selles) que j'ai rencontré durant 6 mois avec Cécile Richard, notamment. Ce travail (dessins, videos, textes, photos) était soutenu par la Drac Nord pas de Calais. Un livre devait se faire avec les services du patrimoine et de la médiathèque de Cambrai. Ca fait deux ans, il n'a toujours pas vu le jour et ne le verra sans doute jamais, ce qui est un beau foutage de poire vis-à-vis des habitants du quartier du chateau de Selles,...

Mais passons : Heureusement il reste un son, qui a permis un texte (qui s'appelait "le béguin") et ce texte je n'ai de toute façon pas hésité un seul instant à l'insérer dans Comprendre la vie, édité chez POL, à la page 218.

Ce son explique un peu la genèse du texte. 

 

loupé

 

Nous sommes dans l'art, nous ne sommes pas ailleurs, il n'y a pas d'ailleurs en art, il n'y a pas de possible artiste, l'ailleurs n'existe pas, l'artiste non plus, il est à chaque fois une nouveauté de la vie, la vie n'existe pas, l'éternité non plus, il n'y a rien qui tient la route assez longtemps pour l'art, l'art n'est pas la vie, l'art et la vie se donne la main pour vivre, l'art et le vivant ne sont pas là pour être éternels, cependant créer une intensité vitale, il n'y a pas d'intensité si vitale ailleurs, ailleurs c'est la tromperie des intensités, il y a des intensités mais qui sont vite trompées, l'art est trompé, la vie est trompée, tout est trompé par des intensités à vue courte, car nous avons toujours la mémoire courte dedans, c'est la mémoire qui nous cause le plus de tracas, nous oublions l'art, nous oublions la vie, nous n'avons soif que d'intensités fausses, les fausses intensités c'est ça qui produit l'existence, notre existence se veut durer, et pour durer il faut inventer, pour durer il faut se projeter et exister, on se projette dans un tas de mots, on fait durer par les formules, c'est ça l'intelligence de la formule, on croit avec ça durer mieux, il n'y a rien à faire durer, il n'y a que des loupages en formule, comment louper sa formule et malgré tout durer, rien qui dure, tout se loupe avec intensité.

Recherche traducteur pour l'allemand merci de répondre via ce site

J'ai envoyé un mail à Claude et lui ai demandé de me tenir au courant ou de te réécrire. J'ai rien compris au message et je ne comprend pas l'allemand, et il y a même certains poètes du terroir que je ne comprend pas, et je ne comprend pas ma mère, mon père mes frères et mes soeurs, et je ne comprend pas ma crotte quand elle disparaît au fond des toilettes sans l'avoir vue, et je ne comprend pas les petits commerçants, les commerçants, les commerces, les comères, les cons. Mais toi je te comprend, en fait tu voulais savoir ce que disait le message en allemand. Eh bien, je ne comprend pas l'allemand.