les poèmes délabrés
les poèmes délabrés
sont les poèmes qui sont écrits
pour durer pour que
ça dure un bon coup porté
à l'écriture un bon coup non de
reviens-y mais de c'est cuit
dans l'écrit
les poèmes qui durent
ont la peau la vie la dent
longue ils sont cuits
à point pour ne point
qu'on les lise
trop trop vite
car souvent les poèmes
sont à lire vite et
de travers quand on a
la pêche qu'on n'est pas
comme moi allongé rétamé
par terre en attendant
que ça cuise
oui, ça cuit je veux dire
sort ça finit par nous mettre
plus bas les poèmes c'est plus bas
que l'endroit même où je les ai
rétamé
je suis allongé par terre
je ne peux rien faire
je suis allongé
j'attends de pouvoir faire
je suis allongé là
depuis un bon moment
j'attends de faire
il me faut une autre
langue il me faut
un autre appareil
digestif ou
dentaire il me faudrait
les guiboles sinon
je suis cuit je
m'attends j'attends
qu'il passe
il ne passe pas
il est long il vient
il me regarde
il me dit : je te regarde
puis il s'en va
dégoulinant de sagesse
je suis en train de souffler, de m'essouffler, je m'essouffle pour pas m'essouffler encore plus, il faut tenir, bien mettre ses mains sur ses côtes, je tiens mes côtes, je n'ai pas envie de rire, je rigolerai plus tard, pour le moment je suis essoufflé, je reprends ma respiration, je n'en peux plus de respirer, qu'à cela ne tienne, il faut pourtant respirer, c'est-à-dire s'essouffler, coûte que coûte, je n'en peux plus, je vais m'allonger, ce n'est pas le moment de lâcher une blague, bien écouter son corps, prendre son temps, je n’entends rien, je continue de m’essouffler, bien m’essouffler surtout, surtout pas de blague, bien pousser l’air au fond et puis tirer à nouveau l’air des poumons, une bonne chose les poumons, penser à ça, une bonne chose de s’essouffler, surtout ne pas pouffer de rire, bien contrôler la situation s’allonger tout doux, rester à terre, bien s’allonger, rester bien quelques temps et attendre, il faut retrouver sa respiration, quelqu’un vient me voir, il va vouloir me chatouiller, rester concentré, oublier les ragots, les ragots viennent des regards, oublier ce type qui va me regarder avec ses regards plein de ragots, oublier la parole, oublier les gestes sauf l’essoufflement, tout doucement on s’essouffle, on reprend l’essoufflement tout doucement, on reprend jusqu’à perdre haleine, on reste bien allongé, on est regardé, surtout ne pas défaillir, l’autre s’approche, rester digne, ne pas pouffer, ne pas éclater de rire, ouvrir grand sa bouche, ouvrir plus grand encore, ouvrir encore plus grand, encore plus grand que grand, l’autre me regarde encore, puis il me laisse, je peux mourir de rire maintenant si je veux, l’autre a le dos tourné, je peux maintenant partir d’un éclat de rire si je veux.
Je tombe
Je n’en finis pas
Je tombe je finis pas
Demain peut-être
Je finirai de tomber
Demain tout sera fini
Je serai tombé
J’aurais fini par
joindre les deux bouts
ou l’utile à l’agréable
ou une pierre deux coups
je tombe c’est le bon moment
je n’ai pas raté ma chute
il y a des chutes
qui arrivent trop tard
ou trop tôt
la mienne tombe à point nommé
je tombe à point nommé
je n’en finis pas d’être à point
mais ça va se terminer
encore un moment
à la pointe et hop
je dévale les courants
une rigole
une petite rigole
on la suit
on se ramasse à la suivre
elle n’en finit pas
elle nous mène chez nous
c’est-à-dire dans un trou
c’est là qu’ils se terrent tous
mais moi j’ai choisi au départ
un petit monticule
j’ai pris un autre chemin qu’eux
j’ai pris la butte
mais je me suis sauvé aussi
j’ai dévalé la butte plus vite
que les autres sont entrés dans le trou
et là ils y restent toute la vie
dans mon souvenir certains
sont restés toute la vie
à l’intérieur de cette
bouche d’égout
car la rigole ne mène qu’à ça
on ne peut rien faire d’autre
dans la vie
que déboucher sur un espace
qui n’est qu’une bouche d’égout
je glisse
je glisse sur le côté
je me remets
je suis à la même hauteur
je disparais
je reviens
je glisse à nouveau
je descends vite
puis je remonte plus haut
j’espère rester longtemps
ça veut dire quoi espérer
qu’est-ce qu’on met dans espérer
on met une grosse couche
entre soi et la fin
on tire un fil
on espère que le fil sera long
qu’on n’en voit surtout pas le bout
pas trop vite
espérons que si je tire le fil
il ne se casse pas non plus
je vais tirer fort sur le fil
de toute mes forces
je m’agrippe
je tire pour voir le bout
j’espère rester en équilibre
pour voir le bout
je suis à un certain point
du bout
je gagne un point
et j’espère voir l’autre
l’autre bout et moi
c’est toute une histoire
l’autre bout et moi
c’est tout une vie fabriquée
avec des bouts de chandelle
comme on dit, et parfois
on gagne des points
je n’ai rien à percer en ce moment
je perce mes oreilles
je perce mes yeux
je perce mes dents
je perce mon appétit ( ?)
je perce ma chaussette
je perce qu’est-ce que je perce ?
je perce je perce
qu’est-ce que je perce ?
je ne sais pas qu’est-ce qui faut percer
il faut percer il faut percer
je vais dans l'ennui
je m'ennuie, je veux m'ennuyer encore plus, je veux être fort ennuyant et m'ennuyer fort, je veux redoubler d'ennui, aller au fond, tout au fond et faire un gros tas d'ennui, je redouble mes efforts, je fais de l'ennui, j'en fais partout, j'en cause, j'en peux plus de causer de l'ennui, nuit et jour je m'ennuie ferme, je retrousse mes manches, je vais à fond maintenant, l'ennui ne me fait plus peur.
Ne plus sa laisser aller à prendre des décisions.