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lacan et la machine à respirer (et celle à causer).

lacan dormait dans la pièce à côté de moi, il respirait très fort, tout au moins il semblait respirer comme il parlait, car il parlait aussi très fort, mais il ne parlait pas depuis la pièce d’à côté où il dormait, il parlait dans un livre que je lisais en même temps, et ce livre s’écrivait en même temps que lacan parlait et en même temps qu’il respirait dans la pièce d’à côté, lacan parlait avec sa grosse voix de moi, ou plutôt il parlait de son moi dédoublé à qui il voulait trouver la réponse, il l’a trouvait dans sa voix mais pas seulement, car pendant qu’il parlait à son moi sa respiration roulait dans la pièce d’à côté, on aurait dit une machine, sans doute même était-il aidé d’une machine posée à côté de lui pour l’aider à respirer, car il lui fallait respirer bruyamment pour continuer cet écrit dans la pièce où moi je me trouvais, et je lisais ainsi lacan dans la pièce où il ne se trouvait pas pendant qu’il respirait dans un endroit où ça n’écrivait pas pour autant, lacan disait grosso modo ceci dans la pièce tandis que dans l’autre je l’entendais ronronner avec sa machine à respirer, il disait qu’il y avait un moi dédoublé, ce moi était là et brassait les réponses, il conversait avec son moi et ces deux là brassaient ainsi de l’air, c’est-à-dire qu’ils ne se l’envoyaient pas dire, ils se disaient ainsi nous ne leur enverrons pas dire, moi et moi, et je me demandais, tout au long de l’écrit, pourquoi il y avait ce moi et cet autre moi qui parlaient dans le texte, pourquoi donc lacan employait deux moi pour se parler, en même temps ce n’était pas deux moi qui parlaient c’était deux moi qui s’écrivaient l’un l’autre, pour en quelque sorte se renvoyer la balle dans le jeu des réponses, tout en sachant, disait lacan, qu’il y fallait surtout trouver la question, et c’est ainsi que j’ai compris que c’était la question qui était au cœur de l’écrit de lacan qui se déroulait devant moi, devant moi comme une machine à respirer l’écrit de lacan prenait forme et à l’intérieur de cet écrit, de cette machine écrivant et respirant, il y avait cette question qui battait la chamade, comme un cœur qui bat la question et envoyait paître les moi, dos à dos elle les renvoyait à leurs réponses, comme deux pisse-copie qui n’ont rien compris au sujet, de quel sujet s’agit-t-il ?, disait lacan, il s’agit d’un sujet où ces pauvres moi ont encore cru qu’il y avait à souffler quelque chose, alors qu’il n’y a rien à souffler à la question, elle se souffle bien à elle-même, elle sait bien se dissimuler dans un débat entre les deux moi, car entre les deux moi mon cœur balance, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un débat dans lequel il y aurait eu les deux moi de lacan qui se parlait, alors qu’ils se parlaient déjà à trois, puisqu’il y avait ce moi aussi, dans l’autre pièce, qui écoutait battre le cœur de lacan, par machine interposée si je puis dire, car la machine se remplissait et se vidait et ça faisait cette grosse respiration, ce gros son tout respirant qui remplissait la pièce à lacan, et moi qui était dans l’autre pièce et qui voyait se dérouler un texte sous la pression de cette parole, une dictée comme une poussée qui montait et montait, comme une voix qui apparait dans une grande pièce, pour monter à la tribune, une voix de tribunal et qui montrait ainsi les pièces du dossier, qui les exposait au vu et au su de la raison, et la raison elle-même se défilait, il n’y avait pas plus fin détracteur que cette voix qui traquait ses deux moi, les deux moi étaient pris à parti avec le mien aussi, sans doute mon moi à moi était l’accusé et sans doute les deux moi étaient tantôt la défense, tantôt l’accusation, c’est-à-dire la partie civile, celle qui défend en lieu et place les intérêts d’un état, voire d’une tierce personne, il ne s’agissait pas d’en rester là avec moi, comment moi pouvait continuer à se croire ainsi seul projeté dans une histoire où tout se dédoublait, où tout se parlait et se répondait et cherchait dans ce battement de carte, car il s’agit finalement de battre les cartes durant l’audience, pour savoir laquelle va finir par tomber, de quelle couleur sera le valet ou la dame, le roi ou le cavalier, ou si c’est un numéro quelconque, à moins qu’il ne s’agisse d’un as, il n’agira pas tout seul cet as, il aura sûrement des complices dans la place, et ces complices on connait déjà leur nombre, il suffit de se laisser guider par la plaidoirie des lacan, car il s’agissait finalement bien de plusieurs lacan qui œuvraient, dans la pièce voisine et dans la mienne il y avait des lacan qui poussaient de différentes manières et je ne savais finalement où se trouvait le bon lacan, est-ce celui qui dort ou bien est-ce celui qui écrit, est-ce qu’il y a une différence entre un qui dort et un qui dicte, un qui respire fort les yeux fermé et un autre qui fait rouler la question, car ça roulait comme un tonneau qui roule dans une rue pavée, tandis que l’autre continuait d’inspirer et d’expirer à mesure que la voix perçait dans ma tête et mes oreilles, il y avait cette voix qui disait à peu près ceci : nous aurons bientôt fait de nous réaliser moi et moi, car c’est à moi et à moi qu’il convient d’en finir une bonne fois avec cette question, car il s’agit bien d’une question où moi et moi nous nous y entendons, et nous nous y entendons bien pour y élucider la question où ça s’entend de toute façon fort bien, même si les autres n’y comprennent rien et moi non plus, l’un des moi n’y comprend que dalle, tandis que l’autre aura tôt fait de tout comprendre pour les deux, et c’est ainsi que ça se présente à l’oreille de l’entendant, l’entendant ou celui qui débat, car celui qui débat n’a pas forcément vu se dérouler la question, mais qui a bien vu cependant que ça battait la chamade dans du papier, tandis que la machine respirait à côté de lui, c’était dans la pièce d’à côté et pourtant ça respirait tout près, toute cette machinerie qu’on se demandait même si ça n’était pas aidé finalement, aidé par une seconde machine, une vraie cette fois, alors qu’on pourrait déjà se demander, qu’est-ce qu’une vraie machine, sinon un truc à moteur et que dans tout moi il y a un vrai mécanique en branle, un moteur qui bat la mesure et donc on ne sait pas quelle est vraiment la machine qui aide l’autre à respirer et quelle est cette machine, durant tout ce temps que ça fait du bruit dans l’espace à côté du mien, qui fait rouler l’écrit et par là-dessus la question, et si cette question qui roule dans l’air n’est finalement pas le cœur de toute cette machinerie qui brasse des réponses à tout va, avec ses moi en veux-tu, en voilà, et que tout ça finira bien par nous renvoyer en cassation si ça continue, comme a fini par lâcher un des deux lacan, voir un des trois vu que la machine à respirer semblait ne faire qu’un avec celui qui dormait et respirait à grand bruit, dans la pièce d’à côté, et que sans doute c’est ainsi que s’est terminé le grand débat, chacune des parties de lacan se renvoyant la balle au final, car il y a toujours un final, une arrivée, une place de premier et une place de second, un second couteau qui pourtant n’a pas démérité, il y en a des qui suivent et qui pourtant ne sont pas forcément des lacaniens, ce sont peut-être des moi tout rabotés et qui regardent pousser l’écrit, comme ça pousse dans un champ de blé, ça regarde ainsi de loin passer les coureurs, avec les maillots à pois ou les maillots de couleur, et ça laisse vivre les questions, ça se les laisse souffler et ça laisse aussi les gens dormir, même si dormir fait du bruit, surtout quand ça a besoin de machine pour respirer, pour parler, pour écrire ou pour éteindre une pensée, car finalement ça les rallume, et il a fallu que je me relève et que je pose le livre, que j’aille voir dans la pièce d’à côté et je n’y ai vu qu’un ordinateur qui soufflait à grand bruit, ça soufflait ça soufflait et moi j’étais tout nu dans ma nuit et le livre n’était pas fait, rien n’avait encore était fait et c’était à moi, à moi seul maintenant de me taper tout le boulot qui restait à faire, c’est-à-dire à retrouver le nœud du problème et ensuite à le laisser respirer dans un texte, qui ne serait malheureusement pas un texte de lacan, mais un texte de moi que j’ai vu sortir de la bouche et de la main d’un lacan qui se trouvait dans deux pièce différentes et avec une machine pour penser, une pour causer et une autre pour respirer. 

Haïkus noirs de Françoise Lonquety

 En rapport au calendrier de l'armée noire, les 3 premiers jours de l'année ici, en haïkus noirs :

 

 

Haïku noir

Premier jour de l'an
dans ma vieille tête chauve 
- toujours enfermé

                                              ("l'enfermé", surnom d'Auguste Blanqui, mort un 1er janvier)

 

Haiku noir - 2 janvier

Soulevant le voile
Gros Couyon voit la lune -
même pas pleine

                                                         (gros couyon, en hommage à un texte d'Edith Azam)

 

Haiku noir - Journée expérimentale

Pédalant tombant
tombant pédalant tombant -
recommencement

 

                                                                     Françoise Lonquety.

 

dans la série "on aura tout vu" (et surtout entendu...)

 Pamphlet contre la mort aux Grosses Têtes, de RTL

 

Avis

L'ARMÉE NOIRE a décidé de passer outre les avis divers et divergents et les envies de rester sur son pré carré pour dire c’est moi qui l’est fait en 1914 avec Marcel Duchamp en 1935 avec Antonin Artaud que ça a été étudié par Gill J. Wolman en 1952 et que les diplômes ont déjà été obtenus en juin 1958 par La Monte Young que le jeune branleur Yves Klein ramène la performance en France après avoir vu Gutaï que Maurice Lemaître parle du Général de Gaulle de son vivant puis qu’Isidore Isou dessine encore en 1970 des dessins façon Pierre Richard qu’on ne connaît toujours pas.

 

le pamphlet est sorti

 Et ce texte ne sera pas dedans :

 

 

 

Dégommer

 

Aujourd'hui j'ai décidé d'écrire sans plus arrêter, d'écrire le plus longtemps possible, d'écrire jusqu'à avoir les mains en sang, mais je n'aurai jamais les mains en sang à cause de ça, j'ai déjà du sang en commençant, car rien qu'en commençant je pense sur quoi ou à qui je pourrais écrire et donc j'ai déjà du sang sur les mains, car c'est à toi seule que j'écris et je t'écris rien que pour tu me répondes, un jour ou l'autre tu finiras par me répondre car tu en auras marre, là je vais écrire jusqu'à ce que tu n'en puisses plus, tu ne répondras pas et malgré tout tu n'en pourras plus, alors moi je continuerai d'écrire jusqu'à ce que tu lâches, c'est comme une voiture, je vais écrire pour te voiturer l'esprit, je vais prendre ta tête dans un étau et ta cervelle va s'écraser, tes petits bouts d'os du crâne vont finir par craquer et ta cervelle va se comprimer et elle va splatcher dans toute la pièce, ça sera dégueulasse, du coup tu as intérêt à me répondre, tu as intérêt car sinon tu ne ressembleras plus à rien quand j'en aurai fini avec toi, là pour le moment tu as encore une bonne gueule, pour le moment on peut dire que l'on ne s'aperçoit de rien ta petite gueule est toujours aussi belle, ton intelligence est intacte, le vernis de ta culture semble encore te tenir hors de l'eau, mais bientôt tu vas faire le grand plongeon, bientôt tu vas passer l'arme à gauche, tu vas te noyer dans ta bêtise crasse, tous les êtres que tu rencontreras seront dans la bêtise crasse avec, tous les ignobles individus que tu promènes de ville en ville, seront comme des rats, et toi tu ne seras qu'une rate parmi des milliers de rates, je pourrais voir plein de rates bien plus belles que toi, les faire venir dans mon trou à rat et leur donner bien plus qu'à toi, à toi je t'ai déjà beaucoup donné, beaucoup trop je t'ai donné, la vie pour que tu me méprises, tu es le mépris incarné, tu méprises tous les hommes que tu croises car ce que tu veux c'est te débarrasser d'eux pour qu'on ne voit que toi, mais je pourrais faire en sorte que tu disparaisses une bonne fois, je résiste encore car j'aime te regarder, j'aime voir tes petits doigts dodus, j'aime voir tes petites paupières comme un bébé, j'aime voir tes belles dents toutes blanches comme un bébé, mais là ta dentition commence légèrement à se tordre, on voit déjà que ta bouche va se plier bizarrement et te faire un palais trop incurvé, on devine déjà les dégâts de la vie en toi, on voit que tu vas y passer, c'est-à-dire que tu vas vive faire ta vie de petite rate au foyer, une rate de foyer avec un petit mari tout rat et tout marri qui va bien te faire mariner dans son jus glauque de mari-rat, un petit mari tout marri-rat mais qui croit encore aux « valeurs universelles » que sont le mariage, le ménage et les couches, tu vas bientôt te coucher et enfler et bientôt mettre des robes de ratte à fleur, tu vas cultiver tes tomates de ratte et écouter la bonne musique ratte, petite animal bourgeoisant, tu vas bientôt vivre tout platement et bourgeoisement, ça te pend au nez, au museau ça te pend, bientôt tu vas ne plus fréquenter les alcooliques et les maboules, ni les pervertir dans les chiottes des bars mais tu vas bouffer le ronron de la vie en couple et t'intégrer à la platitude culturelle de tes amis couples et tous ces couples comme toi seront grossiers, on voit déjà ta grossièreté pointer, on devine déjà qu’il n’y a plus rien qui t'intéresse, car tu as cru brûler la vie mais tu n'as rien brûlé du tout, tu t'es juste servie de moi, de ton rat crevé, tu as piqué la vie du rat crevé et son pognon et toutes ses idées, tu as massacré mes idées et toute la fibre et la folie et l'innocence de moi quand je te voyais pour simplement vivre et emmener les choses, quand je voulais simplement respirer dans la vie et foncer avec toi, tu as tout fait pour flinguer ma personne c'est pour ça que je vais ici continuer à écrire à creuser à meurtrir les pages jusqu'à ce que tu te manifestes, tu vas finir par ouvrir la bouche et me demander pourquoi j'agis ainsi, pourquoi je te fous pas la paix, mais si je te fous la paix tu arrêteras simplement de souffler petite bête à bon dieu, si je m'arrête s'en sera fini de toi, de ta belle face de ratte, il vaut donc mieux que tu t'arrêtes de vivre autrement, c'est-à-dire que tu exploses littéralement sous mes doigts, que ta face de ratte se défasse autrement, mais en de défendant, ne te laisse pas faire, résistes un peu sinon, dès que je pose ce stylo, je vais pas te rater,