J’étais sa créature à l’ombre d’une sauvage qui le terrorisait.
Il trouvait de la laideur en moi et il me le disait
Et ça me repoussait.
Et alors je devais attendre qu’il me dise de revenir et je devais revenir.
Il aimait mon cul par-dessus tout.
Je me disais parfois, bien au fond, de mon silence, que j’aurais aimé être lui, non, être sa bite, être son corps, sentir ce qu’il sentait, ce que son corps pouvait sentir, de sa bite, à son cerveau, et toutes les diffusions et toutes les sensations de toucher, de peau de frottement de caresse, du tissus si doux de sa bite au contact des parois étroites, musclées, serrées de mon cul et respiration ouverture aspiration avalement, du grand trou noir ensuite, doux, mystérieux en son contour, chaud, souple, velours, l’origine du monde. Tout ce que je savais de mon cul c’est dans le sien que je l’avais appris avec application.
J’aurais aimé sentir ce que sentait sa bite, être prise, comme prisonnière de sa bite, prise dans son étau, turgescente il disait ce mot-là, gonflée et tenue à la fois, de cette forme de fermeté qui n’existe que dans une bite qui bande fort, et aussi quand ça se relâche quand ça ramollit et que ça remonte quand ça revient ainsi me sentir et ainsi dans sa bite, faisant corps avec elle : prendre mon cul, y rentrer, le pénétrer, l’ouvrir, Ah j’aurais tout donner pour vivre ça, et qu’alors j’aurais pu m’aimer et qu’alors j’aurais pu comprendre et qu’alors j’aurais pu jouir dans mon cul, sentir ça, ces sensations là, par où elles passent comment elles cheminent, quel flash, quelles étoiles nerveuses, comment c’est cette grande longue décharge et saccades diminuant s’espaçant ensuite et être le flux qui allait de sa bite dans mon cul à son cerveau dans mon cerveau, dans tout mon corps devenu sien, ah sentir ça j’aurais tout donné. Une fois j’y étais. Mais la surprise d’y être, de me dire, tiens j’y suis, m’en fit sortir. Et je redevins bête ayant entraperçu la lumière. Comme une fois, sa tête qui devint mon sein tandis qu’il me têtait, un sein de la taille son crâne de la douceur d’un sein, sa bouche me suçant, j’allais exploser en délice par ce sein et surtout ce sein, sa tête sa tête était mon sein que je lui donnais à têter, un sein énorme, de la taille d’une tête à la taille de mon coeur au comble dilaté. Mais il me refusa la jouissance qui commençait à m’étourdir et me demanda de le branler et de le faire éjaculer.
Ensuite, il me laissait, fier de sa jouissance, se pavanant en elle, s’y trouvant beau ou fier de la jouissance qu’il pensait me donner s’y trouvant fort, ou me tournant le dos ou s’endormant si lourd, jamais avec moi, jamais perdu quelque part entre nos deux corps.
J’aurais aimé jouir dans mon cul, mais il n’avait malheureusement aucune sensualité, il ne savait pas danser. A part la langue, qu’il avait savante comme un quadrille. Jouissait-il ? Quel plaisir était le sien ? Je le regardais dans la fascination de ces questions et de l’incertitude des exigences de son prochain désir. Murissait-il ses programmes, les subissait-il, jouait-il de son inspiration ?
J’étais sa créature, il n’en démordait pas. Pas l’ombre d’un doute sur son visage lointain.
J’étais sa créature et je ne savais pas être autre chose que sa créature.
J’étais sa créature. Il échouait à m’aimer.
Et mon amour servile et ma soumission totale, sans borne, renvoyés souvent sans plus d’égard, se transformaient, se forgeaient quelque part au fond d’un volcan.
J’étais vide en un sens. Tout se passait ailleurs que dans moi. Me semblait-il. Ca se passait ailleurs et ce qui se passait en moi était étrange.
Il me sentait vide, il me trouvait vide, c’est ce qu’il sentait, c’est ce qui l’excitait et le dégoûtait au-delà de tout.
C’est qu’il ne connaissait de moi que la créature abrutie que je peinais à animer
Il ne distinguait pas la jungle. Ni ce qui me tenait captive, qui me tenait en laisse, le mors aux dents, il n’entendait pas le bruit et la fureur, toute la controverse des sentiments si multiples si mouvants que je n’avais pas la fluidité pour nommer. Il ne sentait pas le désespoir brutal de ne pas avoir les mots, d’être juste assez pour sentir que quelque chose n’allait pas, que ça ne collait pas, que je n’avais pas les mots pour dire que je ne devenais pas celle qu’il transformait jour après jour. Que quelqu’un résistait, se butait et devenait autrement, jour après jour, murissant dans le secret de sa réserve, là où personne ne venait jamais la chercher, ni la prendre ni l’écouter, derrière le seuil, où vivait tapis ce dont elle sentait bien que le moindre petit mouvement d’approche ou juste de positionnement provoquait une forme d’effroi.
Il essayait de me remplir, il me faisait des lectures, il m’attachait, il me fouettait, il me fessait, il m’étourdissait à force de drogues et d’alcool, il me tirait les mamelons jusqu’au bout des élastiques, il voulait m’ouvrir des perceptions des portes des sensations des intuitions des réflexions, il me mordait le clitoris, il m’enculait par surprise et il disait : « il est bon ton cul, ton petit cul serré boudeur, secret, fermé, c’est bon de t’enculer » et alors entièrement raidie, la nuque hennissante, les dents serrées, je comprenais le sens du mot « enculé », ça faisait sens alors je comprenais la leçon. Il me montrait des images de sexe. Je regardais les images de sexe et j’imitais et il semblait satisfait. Il m’enfermait dans des cabines imbibées de sperme, il me montrait des images de sexes et il me parlait et il me frappait les fesses pour me réchauffer car les images de sexe qu’il me mettait dans les yeux me faisaient froid.
Il me rendait jalouse. Il me montrait des vraies femmes. Il me disait voilà une vraie femme et il me refusait alors tout regard. Alors je regardais, je regardais lui et la vraie femme avec avidité je voulais voir c’était quoi la différence. J’observais comment elle était que je n’étais pas. Je m’imprégnais de tout ce que je n’étais pas jusqu’à me sentir hantée, jusqu’à la désirer. La moue, le rire, le tempérament, la peau, la peau, les reflets de lumière sur la peau, les vêtements, le corps, les bijoux, les cheveux, les yeux, le regard. Je les pénétrais du regard. Il y avait mon regard pénétrant et il y avait moi comme je me sentais bête et ça faisait mal de me sentir si bête. Puis, de nouveau seuls, ils me baissait ma culotte, triturait mon sexe avec ses doigt, me donnait la fessée et me sortait sa bite en signe de cadeau et il me fallait mettre sa bite dans ma bouche et sucer et il me disait aspire aspire bordel, et il me disait comment faire et ça durait longtemps, je sentais que je ne suçais pas bien parce que je pensais à la vraie femme, j’en avais trop dans les yeux et je me disais c’est elle qu’il désire en me regardant le sucer et alors et il m’enfonçait sa bite dans le fond de ma gorge ça me donnait envie de vomir pendant qu’il gémissait car sa bite était vraiment énorme dans ces moments là et j’avais honte d’avoir envie de vomir et je me voyais comme sur les images de sexe et quand ça commençait à venir, il me caressait un peu les cheveux avec douceur et disait c’est bien c’est bien continue comme ça, puis il me faisait le don suprême de son sperme. J’avalais tout et il me garantissait la qualité de sa semence en signe d’une bénédiction dont je m’efforçais de recevoir les bienfaits la larme au coin de l’œil. Alors il repartait très satisfait semblait-il. Et moi je restais.
Il essayait de me remplir. Il m’attachait, il me bloquait sous son corps, il m’étouffait, j’aimais ça, il m’étranglait jusqu’à ce que j’ai peur. C’est lui qui décidait du mouvement, du début, du milieu et de la fin. Il fallait que je devine.
Quand il me prenait par le grand trou, il me disait des paroles, il disait c’est pas un trou que tu as c’est un garage, un garage.
Et puis il pissait, il pissait dans ma bouche, il pissait sur mon corps, il pissait sur mon sexe, il pissait dans mon sexe.
Je me demandais si la pisse pouvait faire un bébé.
Il me rasait, il m’épilait et il salope, salope, c’est une chatte de salope que tu as.
Et il voulait que je lui pisse dessus. Mais ça je n’arrivais pas à le faire.
J’essayais, j’essayais, je poussais, mais je n’y arrivais pas.
Alors de nouveau, il m’enfermait.
Il m’ignorait.
Il pensait que j’étais vide, il voulait me remplir, m’agencer. Il faisait tourner ses doigts dans mon cul, il l’écartait, l’élargissait, me défonçait, je ne pouvais plus m’asseoir, je ne disais rien, je ne sais pas quoi dire, Jusqu’à ce que soudain l’été dernier.
Je me mis à hurler, à rugir, à cracher du feu, à pleurer des yeux, à m’enfuir.
Il me rattrapa et me punit.
Il me battit avec tous les mots de la langue que je ne comprenais pas, avec les menottes et tous les verrous d’une syntaxe que je ne pouvais pénétrer, jusqu’à ce que je redevienne tout à fait muette. Il tournait si bien ses phrases d’une manière que je ne les comprenais qu’après le coup. Longtemps après. Pendant qu’il parlait, j’admirais et je me concentrais. Alors je redevins son esclave, je l’avais toujours été, et alors il pouvait me mépriser. Et alors il continuait à me battre avec du silence tandis que résonnait en moi et qu’infusaient tous les mots de sa langue.
A l’ombre une autre pleurait de ne comprendre que trop tard pour se faire aimer.
A l’ombre, une autre déchiffrait.
A l’ombre une autre mijotait.
A l’ombre une autre faisait bouillir la marmite.
A l’ombre une autre murmurait des paroles et des stances incompréhensibles.
Plusieurs fois, je tentai de fuir, sans l’avoir programmé, sans l’avoir pensé, sans le décider, je rugissais et je fuyais et ainsi je restai son esclave, la sienne, sa créature.
Quand le silence et l’indifférence avait été suffisants, il programmait en moi d’autres modèles, d’autres clichés, d’autres schémas, il martelait pour que ça rentre et que ça prenne puis il m’interrogeait. Il me disait allez improvise.
Alors j’étais dans la plus grande confusion.
Alors il me méprisait, affichant de très loin dans l’indifférence sa déception.
Alors il accélérait pour me perdre davantage et je courais derrière et je lui collais le pas.
Je ne savais plus que faire, je devins singe savant et alors il disait que je marchais trop vite et il me laissait encore très loin déçu. Il me laissait errer jusqu’à ce que je supplie et supplie et pleure en suppliant car alors, s’il ne voulait plus, qui s’occuperait de moi ?
Il y eu des bébés dans mon ventre, mais ils furent aspirés.
Je devins brute
Je finis par ne plus jamais m’adoucir, même quand il daignait me donner quelques caresses.
Je n’en démordais plus. Je ne sentais que la bête furieuse dans mon cœur. Mes yeux ne voyaient plus, ma bouche ne se desserrait plus, je ne respirais plus.
Ainsi fut faite mon éducation sentimentale.
C’est alors il voulut m’épouser.
Mes dents se serrèrent dans un grand sourire, je n’osais pas y croire.
C’est alors que je m’enfuis pour de bon.
Ce n’est qu’alors que je vis son extrême solitude.
ENCORE CRIONS CAR LE CORPS EXISTE
*
Entretien post partum
- Mais enfin exprimez-vous. Vous avez conscience que si tout le monde réagissait comme vous, la vie de la cité en serait bouleversée ? Si l’amour provoquait chez tous les sujets ce tsunami que vous décrivez, alors l’organisation sociale toute entière serait menacée, voire rendue impossible. Les individus cesseraient de travailler, de communiquer…Ce serait une révolution permanente qui rendrait le monde impraticable. Vous en avez conscience ? Le monde n’est pas fait pour les révolutions permanentes et les mystiques car vous vous considérez comme une mystique n’est-ce pas ? Vous tournez la tête, pourquoi ?
- Je m’ennuie
- C’est le mot mystique qui vous gêne. Alors disons « hystérique » peut-être. Vous tournez la tête, pourquoi ?
- Je ne sais pas. Vous avez posé une question ? Je n’ai pas compris la question.
- Quand vous tombez amoureuse, vous perdez le contact avec la réalité, c’est bien ça ? Vous vous perdez en vous-même, c’est bien ça ?
- Je ne me souviens pas avoir dit ces choses-là. Ce n’est pas ça non.
- Mais vous êtes amnésique, ne l’oubliez pas. Si ce n’est pas ça, alors, c’est quoi ?
- Je parlais de politique en fait.
- De politique ?
- Oui
- C’est-à-dire ?
- Ce serait comme de recevoir des milliers de perfusions et de télégrammes en même temps. Sensations, informations, sons, timbres, odeurs, codes, équations, situations, facteurs, expressions, impressions. Tout ça, qui arrive en simultané. Le monde qui arrive par blocs, par décharges, par courants continus et discontinus, par perfusions longues ou par piqures, avec des rythmes et des intensités différents, beaucoup de décalages / différés, mais beaucoup des synchronismes aussi ou de simultanéités. Tout ça, qui pulvérise. Tourbillons, effervescence, agitation Et avant que ça retombe, que ça se dépose, il faut du temps, sans compter, il faut du temps, qui ne peut pas se calculer. Et alors on a changé de forme, de contenu, de pensée, de passé, de présent, de voix, C’est ça que je dis.
- L’amour rend poreux c’est ça ?
- C’est bien pour ça qu’on utilise des scaphandriers non ?
- Mais quand vous parlez de télégrammes, de perfusions, vous parlez de voix, de drogues ? Tout ceci paraît bien confus. Vous vous en rendez compte ?
- Je n’ai pas parlé de drogue.
- Et le sexe dans tout ça, l’attirance physique, sexuelle, la sexualité, les pratiques sexuelles ?
- Vous voulez parler des échanges de chaleur ?
- Quel rapport avec la question ?
- Pourtant c’est tout ce dont nous parlons depuis tout à l’heure, d’amour et de politique. Vous n’avez pas suivi ? Il n’y a rien de plus politique que l’amour.
- C’est très romantique.
- Mystique, hystérique, amnésique, romantique, vous pouvez bien utiliser les mots que vous voulez.
- Quel est le problème ?
- Ce sont les rabat-joie.
OUI IL EST BEAUCOUP PLUS POLITIQUE DE FAIRE PARTIE DE LA CATEGORIE DES MYSTRIQUES DES HYSTERIQUES ET DES ROMANTIQUES D’ OÙ UNE TENTATIVE DE NEUTRALISATION PAR LA DENOMINATION.
PREUVE PAR L’OEUF.